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David Axelrod › Songs of Experience

cd • 8 titres • 31:39 min

  • 1The Poison Tree3:10
  • 2A Little Girl Lost3:24
  • 3London2:47
  • 4The Sick Rose4:47
  • 5The School Boy2:30
  • 6The Human Abstract5:32
  • 7The Fly4:50
  • 8A Divine Image4:39

extraits audio

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enregistrement

Enregistré par Rex Updegraft. Produit par David Axelrod

line up

David Axelrod (composition, arrangements, production), Don Randi (direction d’orchestre). Personnel de l’orchestre non communiqué.

remarques

Songs of Experience est le deuxième disque du diptyque – après Song of Innocence, sorti l’année précédente – consacré par David Axelrod à l'œuvre du poète, peintre et graveur anglais William Blake (1757-1827). Contrairement à son prédécesseur, ce second volet ne donne aucun extrait, dans ses notes de pochettes, des poèmes qui ont donné leurs titres à chacune de ses huit plages.
Bien que les noms des membres de l’orchestre ne soient pas communiqués dans les crédits reportés sur le disque, il est probable que l’orchestre qui joue ici soit en grande partie le même que celui entendu sur Song of innocence. Les notes de pochette de l’édition Stateside (2000) attestent en tout cas la présence de la bassiste Carole Kaye, ainsi que le guitariste (classique) Howard Roberts – déjà entendus sur Song of Innocence.

chronique

L’Expérience est multiple. Éclatement, recoupements. Les sens s’attachent et voguent sur des objets divers. Des êtres se rencontrent. Le cœur trébuche et s’endurcit. Se relève et brille et se gonfle à nouveau. L’œil, des années plus tard, se pose ou passe, lucide, sur la fillette perdue, l’écolier qui va, grave ou insouciant. Avec nostalgie, indulgence ; ou bien envie, regrets, remords ; ou bien indifférence. Elle fait des êtres finis – ceux qui pour leur malheur la tiennent comme somme achevée, butin thésaurisé, jaloux. Elle fait les Blasés. Elle fait les Libertins. Elle fait des Décadents avec des Audacieux ou des volontés faibles. Elle fait les Visionnaires. Des Baudelaire, des De Quincey… Des Blake. Parfois, comme par faveur, elle fait la Force de l ‘Âge… Elle contemple ses stases et tous ses bonds passés, tout ce qu’elle a frôlé ou qui l’a pénétrée. Elle dessine la trame, l’invariable matière au fond des mutations. Connaissance gagnée au-delà des intuitions de la prime jeunesse. L’existence n’est plus vierge… En 1969, un an à peine après Song of innocence – premier volet d’un diptyque prévu s’inspirant des œuvres de l’Anglais William Blake – entre deux séances d’enregistrement pour le nouvel album de Cannonball Aderley, la bande-son du prochain coup d’Hollywood ou d’une quelconque série télé, David Axelrod s’apprête à donner suite. Une même foison de pupitres est mobilisée. Une écriture semblablement vaste, aérée, dense, détermine la forme, la dimension du nouveau cycle. Un même usage des genres, des styles, des techniques – contrastés et confondus. Une même puissance d’évocation l’anime – mais cette fois-ci traçant son plan selon une autre échelle. Song of Innocence s’attachait à révéler des détails, donnait à sentir des instants en leur conformation, leur poids, leur grain ; captivait le regard par voie d’orchestration – synesthésie, mon amie… – sur un mode parfois presque hallucinatoire. Le Voyageur Mental, à sa dernière plage, apercevait la route, vaguement inquiet, curieux. Début d’exil volontaire, premier pas de l’Initiation. Songs of Experience nous donne l’instant de son retour. La Chute a bien eu lieu, le désenchantement. C’est au pied de L’Arbre Empoisonné que nous le retrouvons. Mais ses tourments ne nous seront pas contés, les épisodes, la mécanique du processus où s’est défaite toute illusion. Sa vision décillée, à la place, nous échoit en partage. Les huit plages du cycle, globalement, ralentissent le pas. Imperceptiblement, alentissent, feutrent le battement. Élargissent la focale, en effet de recul. Ce sont, cette fois – plutôt que des impressions qui nous seraient transmises, passées – des lieux qui nous sont dévoilés, offerts. Des villes, des rues saisies dans leurs détails et leur ensemble ; leurs mouvements, leurs mécaniques, les failles de leurs architectures ; les directions de leurs accidents. Des personnages en cheminement – déambulations, errances, marches et stations au but – là où le premier volet campait des archétypes, terribles et fascinants avec leurs Livres de Métal, attirant au point d’effacer tout décor. Ils sont maintenant prochains… Ennemis, inconnus, semblables, camarades. La courtisane, sous sa beauté, ses parades plastiques, est une Rose Malade, prêtresse vénérienne, chair accueillante et vénéneuse. La poésie – auparavant sarabande d’images révélées, reflets arrachés aux reliefs – se fait symbolisme matois. Renversements compris, joueurs, malicieux. Charades hermétiques. Un trombone énonce, module, allonge, rétracte un motif, une courte phrase. L’explore, l’essaye. L’Abstraction Humaine déroule son équation métaphysique. Un parfum – à travers les étoffes, dans la foule – vient frapper l’odorat. L’esprit, de nouveau, est tiré au dehors. Song of Innocence était contemplation ardente, couleurs en arêtes vives qui imprimaient leurs traits aux pupilles grandes ouvertes, jaillissements impromptus de lyrisme électrique. Songs of Experience décline des timbres plus mats, des périodes aux variations d’abord à peine perceptibles. Rien n’y est terne, pour autant. L'expectative, le suspens, souvent, dessine son pas. L’Innocence, en partant, emmène les chatoiements – mais l’Expérience, par la grâce d’un discernement affiné, apparie les nuances, distingue les parties, s’absorbe aux dégradés. Les lignes instrumentales, ici, s’articulent autrement, en dialogues plus doux. En commerces tactiles délicats, en torsions harmoniques effleurées. En effacements discrets jusqu’au moment propice où elles se délieront. Les mélodies, les cellules qui d’une pièce à l’autre se répondent, se répètent, s’énoncent plus brièvement – en rappels furtifs, parfois presque inaperçus. Les levées lyriques des archets s’infléchissent cette fois d’orientalismes – comme on dirait en peinture : manière, modelé sensuels mais lumière mesurée, tamisée, assourdie délibérément par places. En courbures mineures, chromatismes ambigus. Une mouche bourdonne – l’herméneutique s’en mêle. Et l’ironie libère le tableau de son cadre, défait la Vanité dans le regard mobile. La chair est corruptible – l’homme est mortel. Mais pour l’heure elle se tient, campée dans son enveloppe. Rien n’est figé, rien n’est ennui au fil de ces huit plages. Mais l’enchantement, cette fois, est affaire d’alchimie, de science donnée comme telle, acceptée, pratiquée. Le jeu des émotions n'est pas plus qu’autrefois un simple ballet de masques. Mais l'ouvrage, maintenant, porte en un même instant zones ombrées et halos – par mesure, par justesse, pour ne rien épuiser. L’Expérience pose un choix : retourner au Monde en connaissance des gouffres, des pièges, des tricheries corps et âme. "And Love the human Form, Divine …". Ou bien poursuivre encore l’originelle pureté – au risque de la perdre et de la contrefaire. "And Peace, the Human dress". L’Expérience, quand elle ne trouve pas, n’admet pas les limites de son entendement, peut sceller l’existence, l’isoler hors la vie. Une note tenue, presque continue, une attente – une angoisse ? – tend la toute dernière plage, à l'achèvement du cycle. L’Image Divine est œuvre humaine, forme créée, beauté délibérée. L’intellect se dénoue au son du sang qui courre. "And all must love the human form, in heathen, Turk, or Jew ; Where Mercy, Love, and Pity dwell, there God is dwelling too". L’Art de Blake, une fois encore, rencontre cette époque à quoi rien ne le destinait. Axelrod, encore, fait le lien. L’Expérience, à nouveau, dépassant la butée, s’est faite inspiration.

note       Publiée le vendredi 1 mars 2013

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Note moyenne        2 votes

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Klarinetthor › jeudi 9 février 2017 - 16:44  message privé !

:( j'ai failli passer a coté de la nouvelle.

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SEN › mardi 7 février 2017 - 00:00  message privé !

David Axelrod vient de nous quitter, je me suis passé ce disque ce weekend et je me disais justement que je l'aimais toujours autant (avec le précédent) !

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Klarinetthor › samedi 18 janvier 2014 - 23:01  message privé !

pas encore, pas encore. Et j'imagine que ça va me prendre un petit temps avant de rentrer dedans, c'est souvent comme ça pour la musique de cette époque

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Dioneo › samedi 18 janvier 2014 - 19:30  message privé !
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Ouep, il est bien de ce genre... Le Innocence qui le précède est parfait pour les matins sans embuscade, par contre ! (Je ne sais pas si tu t'y es essayé... Je conçois mal l'un sans l'autre, en réalité).

Klarinetthor › samedi 18 janvier 2014 - 19:07  message privé !

C'est beau... je sais maintenant pourquoi il tronait sur ma pile de vyniles sortis. Il m'attendais pour me cueillir dans ma fatigue bien poussée

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