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David Axelrod › Song of Innocence

cd • 7 titres • 26:45 min

  • 1Urizen3:56
  • 2Holy Thursday5:30
  • 3The Smile3:25
  • 4A Dream2:26
  • 5Song of Innocence4:32
  • 6Merlin’s Prophecy2:43
  • 7The Mental Traveler4:03

extraits audio

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enregistrement

Enregistré par Joe Polito. Produit par David Axelrod.

line up

David Axelrod (composition, arrangements, production), Arnold Belnick (violon), Harry Bluestone (violon), Vincent Derosa (cor), Gene Estes (percussions, vibraphone), Harry Hyams (violoncelle), Carole Kaye (basse), Arthur Maebe (cor), Earl Palmer (batterie), Nathan Ross (violon), Al Casey (guitare), Allen Di Rienzo (trompette), Alvin Dinkin (alto), Anne Goodman (violoncelle), Benjamin Barette (cordes), Bobby Bruce (violon), Douglas Davis (violoncelle), Freddie Hill (trompette), Gareth Nuttycombe (violon), Gary Coleman (vibraphone, percussion), Harold Schneier (violoncelle), Henry Roth (violon), Henry Sigismonti (tuba), Howard Roberts (guitare), Jack Shulman (cordes), Lex McCreary (trombone), Marshall Sosson (violon), Myron Sandler (alto), Ollie Mitchel (trompette), Pete Wyant (guitare), Raphael Kramer (violoncelle), Richard Leith (trombone), Sid Sharp (violon), Tibor Zelig (violon), Tony Terran (trompette), Bill Hinnshaw (cor)

remarques

Song of Innocence est le premier des deux disques – le suivant, Songs of Experience, paraitra l’année d’après – consacré par David Axelrod à l'œuvre du poèt, peintre et graveur anglais William Blake (1757-1827). Des extraits des poèmes qui donnent leur titre à chacune des sept plages de ce volet sont reportés à l’intérieur de la pochette.

chronique

L’innocence… En l’an mille neuf cent soixante huit, sur cette côte californienne, elle se clamait à toutes les portes - comme une naissance de chaque seconde. Littéralement : à tous les coins de rue. Table rase et savoirs nouveaux, créés dans l’instant. Délires. Visions. Fertiles, fugitives, échafaudant leurs constructions à la vitesse du Néon. San Francisco, un peu plus tôt, décrétait l’âge du verso – enfance voulue, qui ne passerait pas un été de plus mais proclamait pour l’heure la conciliation de l’Espèce et de l’état de Nature. Plus au sud, à Los Angeles – cité du songe en industries, en studios, en cultes façonnés – la Prophétie, c’était fatal, lustrait d’autres Ors sa Légende. En assemblages byzantins, en monuments sur quoi l’on venait prêcher couvert d’étoffes éblouissantes et de parures impeccables. Rites païens somptueux en inventions technicolores ; baptêmes proclamés en faire-parts platine. David Axelrod, lui, n’était pas de ces jeunes gens rêveurs à peine venus au monde. Né dix ans avant eux, il avait connu la ville – Los Angeles, donc – en Haut Lieu d’un certain jazz : sophistiqué, fastueux… Civilisé, délibérément. Feutré, éclatant, velouté, scintillant. Il y vivait encore – dans cette cité, dans cette musique. Arrangeur – au sens de l’écriture et dans celui des plannings – de séances pour des jazzmen passé côté soul – Lou Rawls et Cannonball Aderley, notamment. Directeur de session pour les bandes-son d’Hollywood. Cette année là, précisément, créateur innomé aux yeux du public – et contre le gré, d’ailleurs, du groupe qui en récoltera toutefois la gloire immédiate – de la Messe en Fa Mineur chantée tout en latin par les Electric Prunes, déformée par les effets, liturgie pop hallucinée en teintes sans défaut. Coup audacieux. Succès à risque. Assez impressionnant pour que les pontes de Capitol Records – son principal employeur – lui donnent carte blanche pour un nouveau disque, cette fois-ci sous son propre nom. Et c’est chez William Blake – dans ses poèmes d’une autre Mystique – qu’Axelrod, en homme lettré, en esprit mobile, décida de puiser la matière, l’inspiration, la trame de cette première œuvre signée... L’Innocence, dans la mythologie de Blake, n’est pas naïveté brute, ignorance vulnérable. Elle est Paix vive, d’avant la Chute. Où rien ne peut être souillure. La trace d’un temps perdu, d’avant même l’état sauvage. Un Eden incarné plutôt qu’un Paradis sur Terre : en chacun le Cosmos… Pour l’offrande en retour, l’écho renvoyé au Génie admiré – Axelrod écrivit sept pièces, inspirées de sept poèmes. Peaufinant pour chaque pupitre des parties contrastées – amples bouffées des cordes, répons de cuivres, lignes limpides pour les solistes. Carole Kaye et Earl Palmer – section rythmique agile et puissante – se virent confier le swing sur quoi l’orchestre devait basculer, rouler, quand le battement l’exigerait. Ancrage et propulsion. Des motifs, des thèmes, se répondaient d’une pièce à l’autre, se faisaient indices, correspondances. Les harmonies, les intervalles, avaient cette évidence d’hymnes ; les virements et apaisements du rythme, la liberté souveraine de l’intuition. Le vibraphone de Gary Coleman – tout jazz, encore, pleinement, subtilement – faisait reflets, enluminures, à la voix du clavecin qui, lui, disait sa mélodie délicatement ombrée. Et l’Innocence du jour présent, au cœur du cycle ouvragé, élevait en jaillissements sa ferveur électrique ! Par surprise, d’un index sur l’autre, une guitare – celle d'un certain Pete Wyant – lançait sa voix fulgurante, admirable ; saturée, ses traits mercuriels modulés, sculptés par les ondulations de fréquences de la wha. Chant d’absolue gratitude, lumière de plein midi presque trop intense. Lyrisme presque douloureux aux points de son débordement… Cette musique – écoutée quelques quarante cinq ans plus tard – réalise toujours pleinement son ambition, ses visées, sa pleine dimension. Elle induit, sécrète des images. Puissamment. Au point d’y englober le lieu d’où on l’écoute. Il ne se joue rien, dans ses formidables alliages de timbres, appariement de genres, de styles, de modes, de moyens, d’écritures… qui soit concession faite au vague syncrétisme, aux fusions maladroites à quoi, ailleurs, s’adonnait parfois l’époque. C’est sa grande force – sa grande subtilité, aussi – de ne pas narrer, de ne souligner aucune péripétie. Ses épisodes sont des caractères, des complexes d’émotions, des états prophétiques, des détails saisis – un rêve dont rien n’est dit. Un sourire passe comme un éclair sur les lèvres et dans la rétine ; effleure un instant les reliefs ; en s'éteignant, plonge dans l’ombre le décor, fait de sa trame le véhicule d’évocations nouvelles. Cette musique n'énonce ni ne dépeint des scènes isolées. Car en cette Innocence tout est continuité, écoulement sans pause d’un monde où rien n’est défloré ; où rien n'est scellée par le sens ; où rien ne lui paraît sombre menace ni ennui. Au bout du cycle, pourtant, elle aperçoit une route. Elle sent que point l’aiguillon du départ, l’inconnu frisson de l’impatience. Passe le Voyageur Mental. Vienne l’Expérience. Et bien tôt, tout sera changé.

note       Publiée le jeudi 28 février 2013

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SEN › dimanche 3 février 2019 - 13:59  message privé !

Un grand disque ! Pauvre Axelrod, il est mort dans l'indifférence la plus totale !

Note donnée au disque :       
David Locke › mercredi 11 juillet 2018 - 15:12  message privé !

Le LP est réédité par Now-Again Records et vient de sortir: https://www.nowagainrecords.com/song-of-innocence-1968-2018/