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Gustav Mahler (1860-1911) › Symphonie n°5

5 titres - 72:17 min

  • Première partie
  • 1/ Trauermarsch. In gemessenem schritt. Streng. Wie ein kondukt. 12.52
  • 2/ Stürmisch bewegt. Mit grösster vehemenz 15.52
  • Deuxième partie
  • 3/ Scherzo. Kräftig, nicht zu schnell 18.52
  • Troisième partie
  • 4/ Adagietto. Sehr langsam 10.59
  • 5/ Rondo-finale. Allegro/Allegro giocoso. Frisch. 15.12

enregistrement

Enregistré à Vienne, Musikverein, Grande salle, mars 1996. Producteurs exécutifs : Roger Wright ; Ewald Markl. Recording producer : Christian Gansh. Ingénieur : Reinard Lagemann.

line up

Wiener Philarmoniker. Pierre Boulez (direction)

remarques

L'intégrale Mahler que Boulez est en train de graver au disque est, à mon humble avis, la nouvelle référence en la matière. Entre sa science empirique, son approche moderne de l'oeuvre et les dernières techniques d'enregistrements, chaque disque est une très grande réussite. Toutefois les chefs et versions recommandables sont très nombreux. Citons simplement les disciples du compositeur : Bruno Walter bien sûr, puis Otto Klemperer. Les Mahler de Haitink, Chailly, Abbado, Rattle (plus inégal...) font parties des valeurs sûres... et j'en oublie... et moi, d'abord, je dis Boulez!

chronique

Styles
musique classique
Styles personnels
symphonie-postromantique

Dramatique, monumentale, hallucinante, la cinquième symphonie de Gustav Mahler représente le stade ultime de l’écriture symphonique. Romantisme crépusculaire, tempêtes, et douleurs. Cette gigantesque partition de 70 minutes est sans doute l’une des œuvres les plus ambitieuses de l’histoire de la musique. Immense chef d’orchestre, Mahler a déjà derrière lui bon nombre de travaux, et il a atteint la maîtrise absolue de la gestion des différents pupitres. Après une quatrième symphonie dansante, viennoise en diable et même optimiste pour certains, le compositeur redevient cet esprit orageux, fin et exigeant (il l’était resté avec cette 4ème), terriblement ambitieux et puissant. Ca commence par les trompettes du destin, seules surgissant du silence, annonçant la couleur solennelle et pathétique… puis l’orchestre explose comme une déclaration de noirceur… on s’y attendait, mais il nous surprend quand même. Décrire l’ensemble de cette partition, parmi les plus vastes (aussi bien dans son déroulement que dans ses épaisseurs) est mission impossible. La première partie (pistes 1 et 2), est un océan symphonique en mouvement perpétuel. Le compositeur allie la science de la convergence à celle des glissements de plans… les cordes soufflent comme des bourrasques, les cuivres montent et descendent sur ces vagues, hurlent, surgissent et s’en détachent… les accalmies présentent des thèmes mélodiques magnifiques, imprégnés de l’esprit romantique viennois et allemand, mais avec cette transfiguration parodique par laquelle Gustav Maher a incontestablement sonné le glas du XIXème et de ses couches d’émotions. Surpassant Berlioz, aucun compositeur n’a jamais atteint une telle virtuosité face à de telles dimensions d’orchestres. Le nombre d’instruments ne sert pas que la puissance ou l’ampleur, mais aussi la pluralité des événements, des niveaux d’écoute; la partition se déroule comme une architecture purement stupéfiante, une véritable sculpture en trois dimensions avec ses ombres portées, ses plans et arrières plans, ses saillies, et ses fascinants dialogues de textures. Mais il n’est pas question ici de tourner lentement autour de l’œuvre, à son rythme, pour en saisir la globalité : le déroulement linéaire propre au langage musical emporte et submerge, et c’est en gérant les rythmes et les vitesses que l’immense Gustav va venir nous présenter tour à tour ou simultanément tous les tissus précieux dont il a confectionné son chef-d’œuvre. Emporté par les violons furieux on se voit soudain rattrapé par un chant de hautbois, une déclaration de flûtes, une scène décrite par les timbales… et pendant ce temps, on s’est senti par ailleurs et malgré soi violemment frappé, déchiré par les éclats immenses et dramatiques des cuivres… soyons clair : quand ça explose, ça EXPLOSE ! ! ! Après cette demi-heure Dantesque, même les plus gutsiens d’entre-nous ne trouveront pas à redire au merveilleux optimisme du scherzo… Gustav Mahler est un maître parmi les maîtres en ce sens qu’il a atteint au début du siècle dernier le degré de violence et de sauvagerie des Stravinsky à venir, la désincarnation et l’abstraction dans le culminant, mais tout en s’appropriant l’héritage énorme du romantisme et de l’orchestre Brucknerien, avec ses mélodies, ses douceurs, son académisme monumental. «Adagietto. Sehr langsam» ou l’extrait rendu célèbre par le «Mort à Venise» de Visconti, d’une finesse et d’une mélancolie nostalgique à faire pleurer, et sourire, un arbre. «Rondo-finale», ou le bouclage de la boucle dans un triomphalisme excessif qui, à la lumière des épisodes précédents, se charge de cynisme et noircit, à nouveau… on peut se tenir debout sous ces violences assénées par les cordes qui frappent toutes ensemble en plein dans notre estomac… que des armées de cuivres s’en mêlent aussi, frappant ailleurs, différemment, plus acérées encore commence à nous faire plier… comme des hordes de timbales balancent des coups de canons à décorner Satan et qu’il reste des instruments en centaine pour fermer les dernières portes on finit, forcément, à genoux… implorant… d’accord, Gustav, tu as souffert, toi aussi… Comment Pierre Boulez arrive t’il à ne pas se casser la figure du podium quand il dirige tout ça ? Lui dont la prestation ici est, pour moi, sans comparaison, malgré l’immense discographie sur le sujet : cultivée au plus haut point, précise comme il se doit avec un tel orchestre sous la main d’un tel chef, et avec cette conscience du rôle de Gustav Mahler dans la révolution du XXième siècle, insistant sur les retards d’accords, les glissements, l’incontestable recul que Mahler a déjà pris vis à vis du romantisme pur, et dans les formes duquel il se jette pourtant, pour mieux les faire exploser. Il s’agit là de quelque chose d’inouï, il s’agit de la cinquième symphonie de Gustav Mahler : l’art musical à son plus haut point d’accomplissement.

note       Publiée le samedi 1 juin 2002

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Autre-Huche › lundi 15 mars 2010 - 14:28  message privé !

Touchant...

Note donnée au disque :       
ellington › dimanche 22 février 2009 - 17:58  message privé !

j'ai bien compris my mistake , c'est la page de Mahler et elle doit etre glorieuse, bien sur. Le sieur Sheer-khan s'y entend pour remttre une couche de gloire. Je ne voulais offenser personne , mes pensées vont d'abord à la famille , etc.

PS: pour pas refaire la boulette, la page ou je peux pisser sur Boulez , c'est ou ?

Note donnée au disque :       
Coltranophile › vendredi 20 février 2009 - 17:53  message privé !

En tant que compositeur, il m'agace souvent mais effectivement "Répons", "Sur incises" (pas réécouté depuis longtemps cela dit) et certaines autres sont des oeuvres fantastiques.En tant que chef d'orchestre, il ne m'agace jamais. il peut me frustrer mais c'est autre chose. Et si je ne sauverais rien de ce que j'ai entendu de Grimaud, je n'en dirais pas de même de Herreweghe qui avant de devenir un chef do'rchestre consensuel a été pendant longtemps un vrai travailleur de l'ombre dans le domaine du renouveau de l'interprétation de l'époque baroque.

mangetout › vendredi 20 février 2009 - 17:44  message privé !

Et dire alors qu'on aime Boulez aussi bien en tant que chef d'orchestre (chez Schoenberg ou Varèse par exemple) ET en tant que compositeur ("Dialogue de l'ombre double", "Sur incises", "Répons"...) revient à s'auto-disqualifier, bon il faut dire que tout ça est aussi sorti après 1950, ceci expliquant cela...

Coltranophile › vendredi 20 février 2009 - 17:36  message privé !

"mettre dans un même sac Boulez, Grimaud et Herreweghe dont les approches sont toutes les trois TOTALEMENT différentes".

Cette phrase est fort difficile à contredire.