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Vajra › Sichisiki (七識)

  • 1997 • Psf PSFD-88 • 1 CD

cd • 9 titres • 34:34 min

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extraits audio

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enregistrement

Enregistré au studio J par Takeshi Yoshida. Produit par Hideo Ikeezumi.

line up

Keiji Haino (guitare), Toshiaki Ishizuka (batterie), Kan Mikami (voix)

remarques

chronique

Styles
blues
jazz
avant garde
rock
noise rock
Styles personnels
fumées lourdes

Ce rire dément qui nous accueille ! Et ce riff exaspéré qui dérape en grincements d’harmoniques, se tend en sifflant vers le haut du spectre ! Qui gronde en bas pendant que le troisième martèle ses cymbales et cogne ses peaux à s’en bleuir les doigts ! Deux minutes, en ouverture. Intenses. Rien d’autre que cette explosion, cet ébouillantement d’émotions comprimées, ce déchirement d’enveloppes et d’ossatures qui craquent. Changement de stratégie, pour ce troisième album du trio, quant à l’agencement général des lieux, le plan des machines du choc et de l'assaut : plutôt que des chansons amalgamés en une seule longue plage mais identifiées – avec leurs titres propres sur Tsugaru, le premier, regroupés sous le seule nom de Ring, sur le suivant – ce sont là neuf plages, chacune sous leur indice… Mais dont rien ne nous est dit, qu’aucun mot ne désigne. Il faut saisir l’entendement, ne l’attaquer jamais sous un même angle. Et ces moyens qu’on croyait commencer à connaître surviennent bien, l'ébranlement de ce premier morceau passé. Mais séquencés autrement. L’apaisement de nappes où la batterie s'enroule surgit au cœur du cycle, quand on l’attendait à la fin, pour dénouer les tensions. Et puis d’ailleurs, à bien y écouter, c’est cette fois-ci autre chose, cette cinquième plage qui s’étire sur plus de dix minutes : la même musique hurlante, habitée de cris de démons, de divinités courroucées, oui ; mais perçue comme au ralenti, dans une interminable chute au milieu des fumées, particules en suspens qui piquent l’épiderme. L’espace-temps qui s’accroche en filaments fondus. Le jazz aussi – comme sur le disque précédent – est cette fois encore une présence indéniable, dans les lignes de guitare, dans la frappe d’Ishizuka. Comme sur le précédent ? Minute… Pas tout à fait. Ses motifs, ici, sont plus courts, plus serrés, plus… Riffs, encore une fois. Ses obnubilations plus irritées, plus douloureusement concentrées ou relâchées tour à tour. Ses embardées moins souples, plus cassantes. Plus loin leur son se charge, s’enfle et s’écharde de fuzz mal ébarbé. Cette obsession du rythme cogné lourd et sec, cette profondeur du sillon sans arrêt enfoncé … Mais c’est du Blues, qu’il s’agit ! Ça ne fait pas de doute, en fait, au septième stade, au septième trébuchement. On y est bien : dans une forme mutante, dans cette acception toute particulière, singulière, appropriée, que sait si bien lui donner Mikami. Le Blues qui trouve son terrain partout, s’y adapte, le change, s’y rend méconnaissable. Le Blues comme cri métaphysique des corps qui se tiraillent et tendent sous les poussées. Les jours insupportables qui s’engouffrent dans les chairs, les tourmentent, les macère. Les misères quotidiennes, les renoncements, les élans brisés. Qui se nouent, couvent, enflent. Et tout ça, le soir, qui jaillit en cri de vie contrariée mais entière, affirmée, clamant que son impossible est debout devant nous. Le blues, une sorte de – une autre – car en vérité, il se répète partout mais il l'est toujours, autre. Sa matière, là, est opaque, touffue, impénétrable. Ces trois-là s’en emparent, la laisse les envahir. Il n’y a rien sur le livret que ce titre noir qui luit comme une lame sale, fumée de suies, lorsqu’on le penche pour l’exposer, sur fond d’anthracite mat. Et lorsque l’on déplie le feuillet, c'est un camaïeu des mêmes émanations, comme un fluide plus lourd, d'indice différent mais de même nature, qui s’étend dans l'eau noire. Ce sont cette-ci fois moins de trente cinq minutes. Elles nous plongent aux forges, aux bouffées corrosives. J’ignore encore, des terres où elles m’ont pris, le sens du mot que porte leur fronton.

note       Publiée le samedi 23 février 2013

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