Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesVVajra › Ring (金環食)

Vajra › Ring (金環食)

  • 1997 • Psf PSFD-77 • 1 CD

cd • 1 titre • 41:02 min

  • 1金環食 (Ring)41:02

extraits audio

  • Il y a des extraits audio pour ce disque. Vous devez être membre pour les télécharger : devenez membre.

enregistrement

Enregistré au studio J par Takeshi Yoshida. Produit par Hideo Ikeezumi.

line up

Keiji Haino (guitare, guitare kayagum, shamisen, tom, voix), Toshiaki Ishizuka (percussion), Kan Mikami (voix, guitare)

remarques

chronique

Styles
folk
jazz
avant garde
rock
psychédélique
world music
Styles personnels
séisme astral

Une éclipse solaire, les éruptions de la couronne qui se détachent sur la profondeur des ténèbres, crachant leurs jets par milliers de kilomètres. L’image est explicite. Le cercle de flammes. Ce second rituel de Vajra se veut fusion cosmique. Sans rien lâcher en intégrité, en cohérence et azimuts – le disque est cette fois ci encore monté d’un seul tenant, les fragments soudés pour qu’on ne puisse l’embrasser que d’un bloc – la forme se fait ici encore plus subtile et plus violente dans sa manière d’amalgamer, de trancher, aussi. La puissance qui s’y consume et flambe, qui s’y coule – nuit noire céleste ; explosions d'astres aveuglantes, éblouissantes – se fait encore plus ambigüe, les courses d’un pôle à l’autre plus insaisissables. Les moyens s’y permutent et s’y fondent, des genres investis, appropriés comme voies d'accès, caractères, cosmogonies. Les déplorations, les imprécations, les prières de Mikami, dans ce qu’elles empruntent le plus explicitement aux traditions – à la chanson Enka, aux vociférant du théâtre de marionnettes Bunraku, aux psalmodies bouddhistes – épousent très exactement les syncopes et sinuées d’une guitare jazz qui cette fois ci ne verse même pas dans le free pour clamer l’échappée. Haino s’empare d’un shamisen – l'instrument par excellence dans ce théâtre d'histoires terrestres mais si souvent hantées qu’on appelle kabuki, où ses cordes scandent les scènes ; instrument de geishas, aussi, dans les quartiers spéciaux d'antan – pour en éclater l’art, lancer depuis là ses traits en trajectoires libres et sidérantes, qui pour dénuder l’œil attaquent les paupières. Et là-dessus, les voix se répondent encore dans cette panique surnaturelle, aux vibratos tellement précis, inducteur si maîtrisés de chutes et de propulsions aux voûtes. Libération, déferlement. La vie brute est seul motif, seul objet du culte, qu’elle dissout en l’absorbant, en le fondant à elle. Ishizuka – particulièrement brillant, là, sa frappe incroyablement exacte et vigoureuse tout au long de celui-ci – trouve l’élan, dans ses roulements, des festivals shinto, ceux qui saluent l’été, le solstice, en pleine rue. Les guitares des deux autres y relâchent des flots d’abrasion, à l’instant juste où les contenir serait geste contraire. Au milieu de l’espace résonnant d’un temple, à une autre adresse, s’élève et sourd une sorte de gospel inédit, prenant, poignant, vibré en fond de gorges et qui se pare de brillants, piqués à la surface, pris à la geste locale. La place est investie, quarante et une minutes et deux secondes durant. Sur un point du pourtour, une aube semble poindre. Elle s’élève devant nous, son rayonnement nous baigne et veut nous traverser. Les résistances se pulvérisent. Toute glose est futile qui croirait enserrer. L’attente flotte autour de l’instant où le coup de tambour va sonner l'éveil. Les astres, en haut, se sont remis en place. Le lieu où l’on existe, au moment écoulé, est devenu face cachée, regardé depuis le ciel.

note       Publiée le samedi 23 février 2013

réseaux sociaux

tags

Vous devez être connecté pour ajouter un tag sur "Ring (金環食)".

notes

Note moyenne        2 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Ring (金環食)".

commentaires

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Ring (金環食)".

Dioneo › lundi 4 novembre 2013 - 23:26  message privé !
avatar

Ben les autres groupes, j'ai surtout consulté discogs... Mais au moment où je me suis procuré tous les Vajra (qui me manquaient, quoi), j'avais en effet déjà noté quelques trucs.

(Et bien évidemment, ça va m'intéresser, ton trio, là).

GinSoakedBoy › lundi 4 novembre 2013 - 23:15  message privé !

Je vois que t'as déjà un peu potassé le sujet Dio. C'est vrai que ses collabs avec Urabe (musicien que j'apprécie beaucoup déjà) sont alléchantes. J'ai vu qu'il avait aussi un peu travaillé avec Kazuki Tomokawa, autre grande voix japonaise que je ne connais que trop peu. Et j'écoute actuellement Daihanyjo par un trio formé d'Ishizuka, Mikami et d'un pianiste fantastique (joueur d'ocarina), du nom d'Aketagawa...et ça commence très, TRES bien (téléchargeable facilement).

Note donnée au disque :       
Khyber › lundi 4 novembre 2013 - 19:17  message privé !

Amusant, je m'étais justement donné comme tâche d'écouter ce disque cette semaine.. À suivre..!

Dioneo › lundi 4 novembre 2013 - 17:18  message privé !
avatar

Eh eh... Depuis le temps que tu parlais de t'y mettre ! (Merci, en passant, pour la chro).

Ishizuka est incroyable, oui. Ici (avec Vajra en général et - donc - spécialement sur ce disque), avec Urabe (sur Natsu No Sebone)... Faudra d'ailleurs que je trouve un jour à jeter l'oreille sur le trio qu'il a formé le temps d'un disque avec Urabe et Mikami (sous le nom de groupe Sanjah... sorti sur PSF aussi, en 2006) et... Ben en fait il joue dans pas mal de groupes, souvent éphémères voire "one shot" comme ledit trio - Zuno Keisatsu, Jo-Ran, Jokers (avec entre autres un certain - ou une certaine ? - Yokai Takahashi qui a joué, pour sa part, avec les Realizes Denudes ou Daisuck & Prostitute)... Sans compter les innombrables disques où il est simplement crédité comme sideman, avec des titres et noms d'artistes principaux parfois donnés en japonais seulement sur discogs... Pas évident de s'y retrouver ! Mais ouais, en voilà un du côté de qui ça peut être bien d'insister un peu dans le farfouillage, clair.

GinSoakedBoy › lundi 4 novembre 2013 - 16:37  message privé !

Quelle tension incandescente! Quand elle n'est pas totalement enflammée! Je ne saurai décrire mieux que cette chronique parfaite...Bravo Dio. Musique transportée et transportante, jusqu'au vacarme et la "panique". Un extrait est bien trop peu, si je peux me permettre, Ommnilash, vu la richesse sonore de la pièce dans son ensemble; les envolées bruitistes sont plutôt minoritaires d'ailleurs. (Et puis ouais, quel batteur!! il mérite une investigation).

Note donnée au disque :