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PJ Harvey › White Chalk

cd • 11 titres • 33:57 min

  • 1The Devil02:58
  • 2Dear Darkness03:10
  • 3Grow Grow Grow03:23
  • 4When Under Ether02:25
  • 5White Chalk03:13
  • 6Broken Harp01:59
  • 7Silence03:11
  • 8To Talk To You04:01
  • 9The Piano02:37
  • 10Before Departure03:49
  • 11The Mountain03:11

informations

Produit par Flood, John Parish & PJ Harvey

Artwork : Maria Mochnacz & Rob Crane

line up

PJ Harvey (chant, piano, guitare acoustique, cithare (autoharpe), basse, claviers, harmonica, broken harp, cigfiddle), John Parish (batterie, chant, basse, banjo, guitare acoustique, percussions, verre à vin), Jim White (batterie, percussions), Eric Drew Feldman (piano, optigan, mellotron, claviers, mini-moog)

Musiciens additionnels : Nico Brown (concertina, choeurs 10), Andrew Dickson (choeurs 10), Briget Pearse (choeurs 10), Martin Brunsden (choeurs 10), Nick Bicât (choeurs 10),

chronique

  • celle qui chuchotait dans les ténèbres

Est-ce bien Polly Jean Harvey cette femme sans âge dans une longue robe blanche austère, les mains posées sur les genoux dans une posture d'attente, le regard froid et perçant fixant droit devant lui. Elle semble être assise au milieu des ténèbres, mais inondée de lumière au point que la surexposition empêche de vraiment déterminer si il s'agit d'une vieille femme aux rides gommées par la blancheur cramée de son visage, ou une jeune fille dont le sérieux monotone et la tenue exhumée de l'Angleterre victorienne camouflerait la vitalité adolescente. A l'image de ce fabuleux portrait, la voix de Polly Jean est méconnaissable tellement elle oscille entre différents espace-temps, à la fois fantomatique et puissante, suraiguë telle une enfant angoissée ou une ancètre aigrelette, elle habite l'album en imposant sa quasi-absence, venue d'ailleurs, d'un autre-monde. L'outre-monde, sans aucun doute, qu'elle convoque, avec qui elle échange, un pays des morts familier. Jamais le qualificatif "spectral" n'aura sonné si juste. Dès les premières notes. Polly Jean a fait sa révolution, après un album en demi-teinte, elle qui s'était épanouie dans une trentaine à la féminité solaire, semble s'être muée d'un coup en une autre femme, en rejetant tout ce qu'elle avait appris, tout ce qu'elle savait déjà trop bien. En se plantant devant un piano qui lui reste étranger, et une autoharpe à laquelle elle s'enivre de notes cristallines antédiluviennes. A ce niveau là, ce n'est même plus une remise en question, c'est une violence faite à elle-même, à sa propre voie et à sa propre voix qu'elle même ne reconnait plus, habitée par quelque chose de plus grand, qu'elle aura invoqué de toutes ses forces. Mais comme elle ne peut assumer un tel choc toute seule, c'est bien son homme de l'ombre, son mentor John Parish qui reste à ses côtés pour cette renaissance, toujours lui, le singulier et tortueux bristolien qui l'avait introduite à son grand amour, Captain Beefheart. Et même si dans la forme on est très loin du blues destructuré de Van Vliet, c'est bien son esprit Malin auquel on pense alors que la fille du Dorset tord le cou aux idiomes rock qu'elle avait jusque là poussé à bout. Tiens, d'ailleurs un rescapé du dernier Magic Band est aussi présent à ses côtés, avec ses claviers en tout genre, mellotron, optigan, mini-moog, Eric Drew Feldman, autre compagnon de pistes sans balisage. Et un batteur compliqué, l'Australien Jim White échappé une nouvelle fois de ses Dirty Three. Il lui fallait au moins ça pour mettre en place son théâtre d'ombres. Non, pas théâtre, car Polly Jean ne joue plus, elle n'incarne plus de personnage comme elle avait pu le faire lors de ces glorieuses années quatre-vingt dix, Polly Jean est devenue une autre. Sa voix, cette nouvelle voix blanche de vieille enfant qui s'élève parfois, miraculeuse et terrifiante, c'est désormais bien la sienne, il faudra s'y faire. Elle la sert sur un plateau d'argenterie poussiéreuse, le chant hululé du fond d'un vieux salon plongé dans le néant, Polly parle au Diable, Polly berce les morts, converse avec sa grand-mère déjà décédée. Une atmosphère éthérée et lugubre paradoxalement ciselée par une production très organique, qui ancre solidement les morceaux dans la terre, voire même sous la terre. Dans la nuit noire on perçoit tous les souffles, les touches du piano se relever lentement, les percussion bégayer des pulsations minimalistes, des arpèges de harpe ensorcelés et des banjos sinistres se chevaucher, des choeurs masculins escorter cette voix odieusement envoutante en frôlant d'anciens murs vermoulus. Lovecraft avait inventé le conte d'horreur matérialiste, où la trace physique était l'élément déclencheur de la terreur. PJ Harvey invente le folk spectro-organique, où des esprits se meuvent dans les interstices bien palpables entre des instruments dont on pourrait presque sentir l'odeur de moisi, de vieux, de pourriture. Et la même sublimation, la même sidération lumineuse et abominable quand retentit dans toute sa splendeur ce chant sub-humain de banshee tournoyant au dessus de la campagne endormie du Dorset. Par quoi, mais par quoi donc Polly Jean Harvey a-t-elle bien pu être hantée pour produire une pareille musique ?

note       Publiée le dimanche 24 février 2013

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Aladdin_Sane Envoyez un message privé àAladdin_Sane

Toujours intense

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varg Envoyez un message privé àvarg

parce ça fait longtemps, parce que Jim White, parce Broken Harp, parce que.

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Ramon Envoyez un message privé àRamon

Comparé au précédent, c'est un sommet, et au suivant (England, pas chroniqué), c'est juste pas mauvais.

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SEN Envoyez un message privé àSEN

Il m'a fallut quelques écoutes avant de me l'approprier celui là !

Note donnée au disque :       
Dun23 Envoyez un message privé àDun23

6 boules pour ce changement de cap extraordinaire, pour ce bouleversifiant recueil, pour cette voix (voie?) absolument pas reconnaissable, pour cette prise de risque salutaire. Absolument incroyable.
Et encore une fois, un plaisir de te lire, N°6!

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