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The Congos › Heart of the Congos

lp • 12 titres • 00:00 min

  • 1Fisherman
  • 2Congoman
  • 3Open Up The Gate
  • 4Children Crying
  • 5La La Bam-Bam
  • 6Can't Come In
  • 7Sodom & Gomorrow
  • 8The Wrong Thing
  • 9Ark Of Covenant
  • 10Solid Foundation
  • bonus tracks
  • 11At The Feast
  • 12Nicodemus

2ème cd ou lp bonus • 5 titres • 00:00 min

  • 1Congoman (12" Mix)
  • 2Congoman Chant
  • 3Bring The Mackaback
  • 4Noah Sugar Pan
  • 52-5 Solid Foundation (Disco Cork Mix)

enregistrement

Enregistré au Black Ark en 1976/77. Masterisé à la Town House, Londres. Restauration numérique à Room 63, Abbey Road Studios, Londres.

line up

The Congos : Cedric Myton, Roydel Johnson, Watty 'King' Burnett (chant graves et chœurs)

Musiciens additionnels : Sly Dunbar (batterie), The Meditations (choeurs),Geoffrey Chung (basse), Boris Gardiner (basse), Geoffrey Chung (basse sur Fisherman), Mikey 'Boo' Richards (batterie), Paul Douglas (batterie sur Fisherman) Ernest Ranglin (guitare lead), Robert 'Billy' Johnson (guitare rythmique), Winston 'Brubeck' Wright (orgue, basse sur Congoman), Lee Perry (percussions, production, composition des 2 premiers titres), Noel 'Skully' Simms (percussions), Uziah 'Sticky' Thompson (percussions), Keith Stewart (piano), Candy McKenzie (choeurs sur Children Crying), Barry Llewellyn, Earl Morgan, Gregory Isaacs (choeurs sur La La Bam Bam)

remarques

La version ici chroniquée est la réédition du label Blood and Fire, datant de 1996. Le son y est bien meilleur que sur la plupart des versions antérieures, sans perdre un pouce du grain sale et magique qui fait tout le suc du travail de Lee Scratch Perry.

chronique

Styles
black music
reggae
dub
Styles personnels
roots reggae

Au fin fond du Black Ark, l’air semblait chargé ; pas seulement d’épaisse fumée de ganja : mais de vaisseaux de fantômes, de fréquences étranges, de grillons en ferraille qui virevoltent au-dessus de la mer, quelque part sous les rayons de la lune. Lee Scratch Perry a toujours voulu endosser ce rôle de gourou, voire de chaman, et le voilà qui organise cette cérémonie à la ferveur sans pareille au monde, convoquant les esprits des anciens de telle sorte que la portée universelle du résultat ne fait aucun doute. La basse, superbe de mélodie et d’assise, forme le lien avec la terre, si petite dans cet océan. L’incessant cliquetis des percus, au son de boîte à rythme, joue le rôle du fil d’Ariane qui guide la caravane des vocalistes le long des siècles, alors que leur radeau bricolé et béni de leur dieu remonte le temps et l’espace vers les origines africaines. Des origines qu’ils voient en rêve tandis que leur chant semble provenir de très, très loin… Ces chœurs qui viennent harmoniser, et qui semblent résonner au fil des siècles et des siècles… Je n’en ai jamais entendu des comme ça… C’est quasiment du gospel jamaïcain. Du reggae on semble bien loin, du dub il y en a, mais pas que, du Nyabinghi aussi… Rythme traditionnel africain adapté au style Jamaïcain par un certain Ras Michael, à la cadence imitant le rythme cardiaque. C’est lui qui apporte cette pulsation métronomique inimitable à l’album. Ras Michael eut un rôle de mentor pour les Congos, qui firent partie de son groupe les Sons of Negus. On est dans quelque chose de plus africain que du simple reggae roots, où le naturel mystique aurait fait irruption dans le studio au galop de ces noix de coco entrechoquées, de ces sons désuets qui filent le tournis aux derviches, dont les voix s’envolent dans les aigus. Heart of the Congos est décrit par Cedric Myton comme un "album spirituel", ce qui s’avère être un euphémisme ! C’est une musique de dévotion et de prière, émanant indiscutablement de morceaux comme "Rivers of Babylon" des Ethiopians ou "People Get Ready" de Curtis Mayfield & the Impressions. En plein dans une époque où la musique populaire devient l’un des plus puissants instruments de sécularisation, les Congos développent une osmose incroyable entre sentiment religieux et musique. Dès l’intro, on plonge en apnée dans cette mer des caraïbes dont la proximité semble avoir tant influencé le groupe. Les effets, portant lourdement l’empreinte du studio Black Ark, nous font pénétrer d’emblée dans un autre monde. Dans cette nuit d’ébène, les sortilèges de Lee Perry nous font comprendre qu’on est loin du reggae "à la Bob", mais plutôt de l’autre côté du prisme, dans un espace intérieur halluciné où des anges en dreadlocks nous lancent des cantiques d’une pureté bouleversante. Il faudrait être de pierre pour résister aux recoins de ce Congoman - à l’origine un hymne de l’église Nyabinghi - où dansent des milliers d’ombres, à ce Open Up The Gate en forme de lever de soleil dissolvant un horizon brumeux… Les Afro-Américains avaient inventé le Gospel pour retrouver dans le Christ une forme de divinité qui leur avait été arrachée ; les Congos, eux, harmonisent sur des textes bibliques pour créer un pont au-dessus (ou au-dessous, par les courants marins ?) de l’Atlantique, pour retrouver directement l’essence de cette Afrique qu’ils conçoivent comme une terre promise. N’est-ce pas le brame des bêtes colossales de la savane qu’on entend au fond de Children Crying ? Pas d’exhortations souhaitant la chute de Babylone ici, la musique parle d’elle-même, et l’on sent la terre trembler à mesure que les voix s’entrelacent sur Can’t Come In ou Fisherman… Même quand ils parlent de Sodome et Gomorrhe qui brûlent éternellement, les Congos le font sur le même ton que le reste de leurs fables bibliques : détendu et déclamatoire, comme d’une légende lointaine qui pourtant menace de se répéter. Cas rarissime, on tient là une réédition supérieure à l’originale jusque dans la tracklist. Loin d’en amoindrir l’impact, les bonus forment une sorte de coda rallongée à l’album, une coda débarrassée de ses tourments religieux, mais s’épanouissant dans les jeux vocaux de Myton, Ashanti et des autres… Leur apparente insouciance vient comme le baume idéal après les intenses suées provoquées par l’album lui-même, qui laisse exsangues devant tant de merveilles. Ceux qui trouvent que j’exagère ne manqueront pas, eux aussi, de tomber en pâmoison devant ce diamant noir, aujourd’hui enfin considéré avec la déférence qui lui est due comme un Everest Jamaïcain.

note       Publiée le mardi 28 janvier 2014

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Note moyenne        11 votes

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moustache › mardi 1 avril 2014 - 15:56  message privé !

Vous avez peut-être réussi à me convertir au Reggae les gars...

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22goingon23 › mercredi 5 février 2014 - 21:57  message privé !

Superbe chronique envoûtée ! Musique forgée sur talisman : comme pour le diptyque made in Apes des Upsetters & Scratch, esprits, génies, spectres et houris s'invitent à la danse !

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Klarinetthor › samedi 1 février 2014 - 22:34  message privé !

je l'ai vu a 40 £, en version repressee, j'ai fait non. Enfin bref, ils ont une belle collection reggae, chez Plastic Wax, Bristol.

MaxwellsDemon › samedi 1 février 2014 - 18:34  message privé !

Je zappe tout le temps Congoman!

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Dioneo › jeudi 30 janvier 2014 - 03:49  message privé !
avatar

Bon, du coup... Arrivé dans mon périple de chroniques-vert-jaune-rouge-etc. jusqu'au Blackboard Jungle des Upsetters avec le même Scratch bien en haut de sa forme cinglée, je me dis : "Je vais la lire, tiens, tous comptes faits, sa chro des Congos, à DjahDjah ; voir quand-même s'y reste de la place pour ajouter". Eh bien c'est chose faite et... Pourquoi en remettre ! Tout est dit dans toutes ses dimensions : disque éblouissant de ferveur, voix incroyables - clair qu'on n'entend pas ça partout, cette alliance là, entre le falsetto de Myton et le gros timbre de Burnett, et puis ces chœurs qui flanquent la chair de poule - profondeur impossible de l'espace... Et l'Afrique délirée qu'ils font remonter à chaque seconde du truc, avec leurs percussions qui pompent aux phréatiques. Et oui, la basse est magnifique, aussi, tout le long, tiens, chantante, ronde, colonne de feu qui couve autant que vertébrale...

Pas besoin d'y rajouter la mienne, de fait ; la messe yardie est belle et bien dite, sur ce coup ! I and I, on se contentera d'approuver et de signer !

Et de noter donc. J'en vois pas d'autre possible, pour celui-là, hein :

Note donnée au disque :