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Ensemble Sequentia › Edda, Myths from Medieval Iceland

cd • 10 titres • 76:52 min

  • 1Leikr elds ok ísa (The song of Fire and Ice)2:15
  • 2Veit ek at ek hekk (Óðinn's Rune-verses)5:40
  • 3Hlióðs bið ek allar (The Prophecy of the Seeress)10:10
  • 4Vreiðr var pá Ving-Þórr (The Tale of Prymr)13:51
  • 5Nú erum komnar (The Song of the Mill)12:18
  • 6Baldrs minni (In Memory of Baldr)3:35
  • 7Senn vóru æsir allir á þingi (Baldr's Dreams)9:32
  • 8Þat man hón fólkvíg (The Prophecy of the Seeress)6:26
  • 9Ragnarok (The End of the Gods)1:28
  • 10Á fellr austan um eitrdala (The Prophecy of the Seeress)11:33

extraits audio

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enregistrement

Enregistré par John Newton et Jeff Baust du 5 au 9 novembre 1996 à Skàlholt, Islande. Production musicale : Elizabeth Ostrow. Montage : Jeff Baust.

line up

Benjamin Bagby (voix, lyre, reconstruction de la musique vocale), Barbara Thornton (voix), Lena Suzanne Norin (voix), Elizabeth Gaver (violons, reconstruction de la musique pour violons)

remarques

chronique

Styles
moyen-âge
contemporain
Styles personnels
vitoð er enn, eða hvat ?

Il ne peut pas exister de Musiques Anciennes (médiévales, renaissance, baroques, pour s’en tenir à celles que nomme ainsi l’usage commun) qui nous arriveraient "pures". Qui nous parviendraient inaltérées, ressuscitées telles quelles ; les cultures, les sociétés, les mondes où ils avaient éclos intacts devant nous, autour de nous, tirés inchangés d’un oubli entretenu parfois plusieurs siècles durant. Ceux-là, certes, n’ont jamais cessé net aux commencements des ères nouvelles, sombré dans le néant – corps et âmes – lors que les dieux, les rois, les régimes changeaient, les frontières s’annexaient sous telles ou telle puissance. Les règnes ne peuvent rien effacer en un coup. L’histoire n’avance pas ainsi… Les peuples conservent, adaptent, font passer leurs usages dans ceux de l’occupant. Les monarques ont beau se convertir, ils tiennent à leurs ancêtres, les honorent, gravent leur geste dans la langue nouvelle – imposée, oui, presque toujours, mais gardée en même temps comme un butin volé aux allégeances. Et les conquérants mêmes, par une ruse qui parfois les abuse à leur tour, s’emparent des formes locales – musicales, théâtrales, jeux de cour ou récits populaires – afin d’y loger leur idée, de mieux la répandre, d’ancrer loin leurs victoires par delà champs de batailles et édifices dressés… Toujours est-il que par biais de ces brisures, contrebandes et cheminements, rien – nulle part, en nul champs ou disciplines – ne peut se reprendre au point exact où l’on pensait avoir perdu la trace. Sans doute, d’ailleurs, personne ne le prétend vraiment. Et tous ceux qui tentent d’enjamber les temps pour en ramener des répertoires, des histoires… Doivent bien savoir ce qu’ils risquent d’erreurs dans l’interprétation ; d’approximations ; d’altération dans la lumière qu’ils jettent, leur projet réalisé, sur ce qu’ils entendaient au départ mettre au jour. L’ensemble Sequentia – comme d’autres formations aux préoccupations proche – se défie, dans son approche, de tout formalisme figeant. D’une modernisation de surface qui affecterait en profondeur le matériau – en jouant par exemple sur des instruments aux intervalles adaptés, tempérés pour l'oreille contemporaine – comme à l’illusoire prétention à tout jouer à la lettre – de détenir à la fin une vérité retrouvée, littérale, rétablie – qui serait l’autre écueil d’une telle mise en travail. Et de travail – passionné, amoureux, acharné – en aval de ce qui s’entend là, il fut bel et bien question ! Recherches, tri, croisées d’indices, fouilles que l’on devra peut-être abandonner comme fourvoiement, des heures et des mois, pourtant, déjà passées dessus ; voyages en des terres où s’égaillent, se perdent, se répondent les échos probables d’une piste que l’on cherche à remonter sans se bercer de l’illusion que persiste l’image de la source telle qu’aux premiers jours, à ces ondes qui vivent dans l’air d’aujourd’hui ; travail matériel du bois, des boyaux, recréation d’instruments depuis des traces fossiles, des cadres exhumés, des esquisses et gravures trouvés dans leur resserres. En l’espèce, les musiciens–chercheurs ne disposaient d’abord que d’une matière forcément éparse, obscure par larges zones. Le terme d’Edda lui même – pris souvent, à tort, comme une cosmogonie complète, l’entière mythologie des peuples Scandinaves d’avant le christianisme – ne désigne en fait que deux textes connus. L’un, écrit en prose, au treizième siècle – c’est à dire assez tardivement, somme toute – par un seigneur Islandais, Snorri Sturluson ; poète, historien, meneur politique, relatant quelques mythes, les commentant, entendant enseigner à qui s’y attèlera l’art poétique ancien. L’autre – le Codex Regius – établi à peu près à la même époque, regroupant, fixant des poèmes transmis depuis des siècles par tradition orale, adaptés aux manières locales, changés par l'art pariculier de chaque conteur. Textes parfaitement déchiffrables, encore, quant au sens ; mais dont la métrique, l’accent, la longueur tenue aux voyelles, s’est depuis lors perdue, la langue transformée. Quant aux sources musicales… Il n’en reste à ce jour… Rien. Nulle notation quant aux mélodies, aux modes, polyphonies ou monodies qui soutenaient, se faisaient le vaisseau des déclamations. A partir de là, l’Ensemble n’avait le choix que d’une recréation. En se plongeant à ces sources littéraires, certes. Mais à d’autres formes traditionnelles de récitations, aussi, de chants de sagas arrivés jusqu’à nous – en Islande, bien sur, mais pas seulement ; dans des traditions sœurs poussées sur la même souche : en Pays Baltes pour le chant, en Norvège pour les curieux violons "à bourdons"… S’imprégnant des légendes. Etablissant peu à peu des limites formelles qui seraient lancée plutôt que cadre contraignant… En cherchant l’énergie propre, le souffle de ces mots et périodes, par delà la phonétique incertainement rendue, le Sequentia a agencé un cycle, sa version, sa vision de l’Edda. Dessiné des motifs – sur ces violons anciens, sur la harpe-lyre à l’ambitus réduit, au son clair. Des mélodies expressives en ponctuation, transitions, soulignement du verbe. D’étranges polyphonies, tendues, dissonantes à nos oreilles, presque, par moment. Benajamin Bagby – en charge des recherches et de la direction concernant la part vocale de ce programme – parle d’une approche "modale". Mais dans un sens étendu du terme. C’est à dire non seulement, pour chaque pièce, pour la détermination de chaque note, des intervalles ; mais aussi une intention, une couleur sonore qui serait une ambiance morale, une nuance de la lumière dramatique, la forme d’un affect, d’un faisceau d’émotion dans les lignes qu’y s’y liaient, s’y coupaient, y lançaient leur unissons ou bien leurs divergences. Et c’est à l’arrivé une brillante réussite. Car dans cette réinvention des mythes – assumée comme telle, libre et cohérente, tenue mais ouverte – foisonne le sentiment d’un monde autre, certes, tenu par des forces – spirituelles, morales, encore une fois – aux noms aujourd’hui sans usage courant ; mais que l’on nous dévoile animé d’existence, suivant les phases d’un drame mouvant, où se détachent des voix en paroles distinctes. L’allure du cycle est remarquable, son équilibre, la progression qui s’instaure à son fil. Les chanteurs – également récitants – alternent de longs extraits d’une dite "Prophétie de la Voyante" (Vǫluspá) et divers épisodes mythologiques, péripétie divines ou faits d’armes des héros. Et tandis que le long texte ainsi morcelé avance son inexorable eschatologie – de la naissance du monde, se resserrant jusqu’à l’advenue de Ragnarok, la fin des dieux – les plages insérées nous narrent des colères, des jalousies, des larcins que se font les créatures surnaturelles… Morceaux d’épopées, pointes comiques ; travestissements et hécatombes… Odin ne saura pas son sort ni celui de son fils Baldrs de la bouche de la Voyante. Loki, Métamorphoses, Ambigu, traverse le texte de point en point, de part en part, jusqu’à l’heure finale de lâcher les Géants contre les dieux et les hommes. Une tension s’édifie, alors que s’approche à chaque index l’inévitable destruction. La tragédie comme les fantaisies – parfois mêlées – s’édictent en timbres clairs, durs dans les heurts, solides dans le rire, cristallins même quand ils parlent au cœur de ténèbres épaissies. Et chaque verset – entendu dans son plein mystère ou lu livret en main – se fait plus captivant. Il n’y a là rien qui se réclame d’une intouchable authenticité. Il y a, donc, un travail profond, une question à l’œuvre. Elle s’érige en forme forte, pleine, intrigante encore, sans doute, même pour ceux qui nous la livre. Chacun de ses mouvements est une course précise, tous s’enchaînent sans trébuchement sur nul poids mort. Lorsque se noie la Prophétesse et que s’éteint sa voix, on jurerait sans mentir avoir vu son visage.

note       Publiée le mardi 23 octobre 2012

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CeluiDuDehors › vendredi 2 janvier 2015 - 14:53  message privé !

Possible! Il y a une telle importance donnee a l'imagination dans la re-creation de musiques dont on ignore presque tout qu'il serait bien impossible de trouver ce qui contentera l'imaginaire de chacun! N'attrape pas froid tout de meme! :-)

Note donnée au disque :       
Twilight › vendredi 2 janvier 2015 - 14:44  message privé !
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Selon les régions, ils roulent beaucoup les 'R', oui...

Dioneo › vendredi 2 janvier 2015 - 13:45  message privé !
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Bah... On ne doit pas faire commencer le Nord à la même distance/latitude par rapport à la Loire, voilà tout... (Et bon, certes pas grand-chose à ajouter non-plus, donc... Je vais quand même foutre un peu de chauffage, au cas).

CeluiDuDehors › vendredi 2 janvier 2015 - 13:35  message privé !

Ce n'est pas du plain chant evidement, mais il est evident que ca a influence la maniere d'aborder le chant ici et que l'etrangete tient beaucoup de la langue en question, cette "dissonance" n'est pas unique a ce disque par ailleurs, de nombreux ensembles de musique medievale ont interprete la musique profane europeenne de l'epoque d'une maniere pour le moins exotique. Apres c'est evidement une question de gout et je ne cherche pas a justifier le mien par la science, je ne trouve pas mon compte dans cet album parce que ca ne m'evoque rien de nordique et me rappelle trop fortement des choses deja entendues ailleurs, y compris par ce meme ensemble, et c'est la raison principale de ma note moyenne. Ca n'empeche pas de questionner la musique de Sequentia qui est a la base un des fers de lance de la "performance historiquement documentee", une telle creation va forcement susciter des reactions sur l'authenticite et la mise en musique de ces mythes, mais on en connait ou devine les limites et je ne souhaite pas entrer dans ce debat, la litterature sur le sujet est bien assez abondante!

Note donnée au disque :       
Dioneo › vendredi 2 janvier 2015 - 12:22  message privé !
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Aussi : l'Ensemble ayant de toute façon beaucoup travaillé sur des répertoires du nord de l'Europe, je ne trouve pas choquant que ce travail puisse en rappeler certains autres des leurs. (Je ne dis pas que la "culture nordique" doivent se rattacher indistinctement à un "ensemble européen", c'est certain que non... Mais bon, il s'en est un peu passé entre temps qui fait que peut-être on aurait du mal à considérer "tout ça" comme parfaitement étranger - "erreurs" induite entre autres via la reprise des mythes au XIXème par Wagner ou d'autres ou pas...).