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Bertrand Loreau › Journey Through the Past

cd | 9 titres | 76:32 min

  • 1 Le Ciel est Jaune d'un Liquide Inconnu PII [ 5:35]
  • 2 Le Ciel est jaune d'un Liquide Inconnu PI [ 14:24]
  • 3 Summer [ 9:16]
  • 4 DX Seven Age [ 18:30]
  • 5 Mickie Love Song [ 7:20]
  • 6 Moog on the Moog [ 7:16]
  • 7 Welcome to the Show [ 5:35]
  • 8 L'Arpège a Tord [ 3:23]
  • 9 Meeting You [ 4:55]

enregistrement

Composé entre 1983 et 1988, remasterisé par Christian Schimmöller et Olivier Briand en 2012

line up

Bertrand Loreau (Moog et Poly Moog, Séquenceur numérique et effets électroniques)

remarques

Voici un lien pour en apprendre plus sur Bertrand Loreau et la musique de Journey Through the Past, y lire des commentaires et entendre des extraits MP3: http://www.bertrandloreau.com/fr/cdjourney.htm

chronique

Finalement, la fine musique de Bertrand Loreau traverse les frontières françaises. Fasciné par la renaissance d’une MÉ française en constante effervescence, Lambert Ringlage a décidé de rendre son oreille plus curieuse afin d’entendre un peu plus un univers musical qui transcende les frontières dessinées par Jean Michel Jarre. Et le maître à penser de Spheric Music à succombé à l’immense approche poétique de Bertrand Loreau. Comme son titre l’explique, “Journey Through the Past” est un survol de la carrière du synthésiste de Nantes où Lambert Ringlage a fait une judicieuse sélection de 9 titres composés entre 1982 et 1998. Des pièces qui étalent toute la versatilité de Loreau qui est autant à l’aise dans un style psychédélicosmique que Berlin School progressif et de synth-pop électronique. Présentés avec une nouvelle enveloppe musicale qui respecte toute la profondeur poétique de ce forgeur de mélodies intemporelles, ces titres de Bertrand Loreau sont plus qu’un voyage au cœur d’une musique oubliée au détour d’une trop rapide évolution du numérique. C’est une excursion artistique dans l’univers d’un compositeur qui redéfinit les barèmes de la mélancolie sur une MÉ qui fait le pont entre les œuvres de Klaus Schulze, Tangerine Dream, Vangelis et Jean Michel Jarre. Comme un pianiste de jazz électronique seul avec son chagrin, les premiers accords de "Le Ciel est Jaune d'un Liquide Inconnu PII" flottent dans l’air comme la peine dans des vapeurs d’alcool. Très différent de la version que l’on retrouve sur Réminiscences, "Le Ciel est Jaune d'un Liquide Inconnu PII" offre un duel entre la solitude et la compagnie avec des strates de synthé joyeuses qui virevoltent entre des passages d’un clavier électronique aux accords esseulés. Un intense synthé recouvre la valse des émotions mixtes, ajoutant une perplexité à un mouvement de dualité. Ce premier titre donne le ton à un album divinement lyrique, marque de commerce de ce Vangelis de la French School. On peine à reconnaître "Le Ciel est Jaune d'un Liquide Inconnu PI" dont on a retenu que la seconde portion, versus celle qui niche sur Réminiscences. Cette pure merveille est une ode à la Berlin School avec un rythme beaucoup plus fluide où les séquences se bousculent en un superbe mouvement d’une symétrie minimaliste. Telles des frappes d’un xylophone de verre, les séquences moulent une marche rapide sous des stries de synthé qui zigzaguent avec d’obscures voix. C’est un mini festival de carillonnements qui fouille nos oreilles avant d’embrasser une phase plus lunaire un peu après la 5ième minute. Le mouvement devient alors une profonde exploration d’un univers galactique abstrait avec des lames de synthé qui freinent leurs harmonies dans un vide sidéral où s’amoncellent de lentes laves fusionnelles aux rayonnements très près des sentes exploratrices de Synergy sur Chords. Et c’est appuyé de délicates percussions électroniques que le rythme se libère de ce joug intergalactique, fonçant de sa cadence à la Klaus Schulze vers des harmonies plus célestes. C’est un solide morceau dont on retrouve les vestiges rythmiques sur "Moog on the Moog" et son approche très Schulzienne qui navigue sous de très bons solos torsadés. "Summer" coule dans nos oreilles avec une envoûtante approche harmonique. La mélodie hypnotique est tissée dans une série d’accords dont les ombres se juxtaposent en un fascinant écho pour rouler en boucles superposées. Et on se laisse bercer par cette approche sérielle qui allie magnétisme et tendresse dans une enveloppe musicale en constante ubiquité des airs. Des cliquetis de percussions, qui voltigent comme des frappes de dactylo, viennent ennoblir ce rythme mnémonique dont l’intra évolution ne cesse de s’enrichir d’éléments externes qui surdimensionnent une étonnante comptine électronique riche d’un puissant ver d’oreille. "DX Seven Age" est le titre épique de “Journey Through the Past”. L’intro propose des couches de synthé qui pleurent dans une ambiance de vielle musique baroque. Ces jérémiades qui valsent de leurs chagrins dans un cosmos étoilés de poussières ocrées s’évanouissent peu à peu, dévoilant une approche séquentielle qui fait dandiner ses touches sous l’égide d’un synthé aux solos et torsades antiques. Les séquences cahotent sur un rythme lunaire avant d’être harponné par des percussions électroniques, plongeant "DX Seven Age" vers un solide rock électronique où des spirales en ballerines de verres et des distords acuités s’essoufflent sur un rythme qui peu à peu se perd dans des vapeurs de nostalgie cosmique. Nous sommes à la 9ième minute et de fragiles accords percent des nuages de cristal, dessinant des romances fugitives dans des errances mélodieuses à la Vangelis (Apocalypse des Animaux et Ignacio) où de délicats accords hésitants se font des révérences dans des brumes cosmiques aux délicats arômes cinématographiques. C’est très beau et c’est un merveilleux mélange des univers harmoniques et cosmiques qui font les délices des mouvements électroniques des années analogues. "Mickie Love Song" est justement une ballade aux parfums analogues des années Space Art avec un rythme lent qui pulse sous un synthé aux lignes de brume mellotronnée et aux rayonnements mélodiques. La batterie de "Welcome to the Show" moule un nerveux rythme de free jazz qui roule sous les boucles d’un synthé aux airs chérubins avant d’épouser une structure plus lourde et vivante qui s’apparente à du rock cosmique entraînant. Nerveux, "L'Arpège a Tord" est un autre titre inspiré de la French School de Space Art avec un rythme roulant comme un escalier mécanique sous un lit d’arpèges dont les oisives ondulations charment un feu d’artifice aux sonorités cosmiques analogues. "Meeting You" clôture ce premier recueil de poèmes électroniques de Bertrand Loreau hors des territoires de la France avec une magnifique ballade lunaire qui nous donne le goût de creuser un peu plus en profondeur ces rendez-vous de la mélancolie. Les larmes de clavier flottent de leurs pas de danse éthérée, formant par instants des vrilles acrobatiques qui tournoient comme un ballet neurasthénique dans un carrousel de regrets. C’est très beau, même intimiste. Un peu comme si Bertrand Loreau avait cette capacité de voir en chacun d’entre nous. Ah…J’oubliais combien belle est la musique de Bertrand Loreau. Si vous ne connaissez pas encore ce superbe univers où la musique se lit du fond de l’âme, il est grandement temps de voyager à bord de “Journey Through the Past”. Cette très belle compilation des œuvres atemporelles du synthésiste Français est une fenêtre ouverte sur son magnifique monde de poésie astrale où les rythmes et ambiances peuvent être aussi progressives que mélodieuses, un peu comme si Vangelis mettait ses mélodies sur les structures de Klaus Schulze. Si on peut discuter la sélection des titres (il s’en trouve d’incroyablement délicieux qui ont été oubliés sur le comptoir du temps) on ne peut nier toute la richesse d’une MÉ qui n’a de frontières que son manque de visibilité. En attendant la suite….

note       Publiée le samedi 20 octobre 2012

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