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Luciano Berio (1925-2003) › Sequenzas (1958-1995)

cd1 | 6 titres | 53:22 min

  • 1 Sequenza I pour flûte (1958) [6:02]
  • 2 Sequenza II pour harpe (1963) [8:18]
  • 3 Sequenza III pour voix de femme (1965) [8:16]
  • 4 Sequenza IV pour piano (1966) [11:06]
  • 5 Sequenza V pour trombone (1965) [6:58]
  • 6 Sequenza VI pour alto (1967) [12:13]

cd2 | 4 titres | 47:44 min

  • 1 Sequenza VII pour hautbois (1969) [6:54]
  • 2 Sequenza VIII pour violon (1976) [12:57]
  • 3 Sequenza IXa pour clarinette (1980) [13:33]
  • 4 Sequenza X pour trompette en ut et piano résonant (1984) [14:03]

cd3 | 4 titres | 56:46 min

  • 1 Sequenza XI pour guitare (1987-88) [15:19]
  • 2 Sequenza XII pour basson (1995) [18:31]
  • 3 Sequenza XIII pour accordéon « chanson » (1995) [8:15]
  • 4 Sequenza IXb pour saxophone alto (1981) [14:19]

extraits audio

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enregistrement

Enregistré au studio de l’IRCAM, Paris, en octobre 1994, juin et juillet 1996 et juillet 1997 par Jürgen Bulgrin (I-IXa, X-XII) et Klaus Behrens (IXb, XIII). Montage et production des enregistrements par Helmut Burk.

line up

Solistes de l’Ensemble InterContemporain : Sophie Cherrier (flûte), Frédérique Camberling (harpe), Florent Boffard (piano), Benny Sluchin (trombone), Christophe Desjardin (alto), Laszlo Hadady (hautbois), Jeanne-Marie Conquer (violon), Alain Damiens (clarinette), Pascal Gallois (basson), Christian Wirth (saxophone alto)

Musiciens additionnels : Luisa Castellani (voix soprano), Gabriele Cassone (trompette), Eliot Fisk (guitare), Teodoro Anzelloti (accordéon)

remarques

De courtes descriptions de chaque Sequenza par Berio lui-même – conception, dédicataire de l’œuvre, éventuelles précisions techniques… – sont reportées à l’intérieur du livret. Chacun est précédée d’un bref poème de l’écrivain Teodoro Sanguineti. Ces textes, écrits en 1994-1995, sont parfois récités lorsque les Sequenzas sont données en concert, en guise d’introduction à la pièce jouée.
L'édition triple CD Deutsche Grammophon de 1998 représente le permier enregistrement intégral (avant que le compositeur n'y ajoute la Sequenza XIV, pour violoncelle) du "cycle" de quatorze Sequenzas écrit par Berio entre 1958 (Sequenza, I pour flûte) et 1995 (Sequenzas XII et XIII, respectivement pour basson et accordéon). Outre les irréprochables interprétations données par les solistes de l'Ensemble InterContemporain, on y entendra quelques invités choisis par le compositeur lui même - la soprane Luisa Castellani - et pour les plus récentes, souvent dédicataires des pièces - le guitariste Eliot Fisk et l'accordéoniste Teodoro Anzellotti. Les versions ici entendues des Sequenzas XII et XIII constituent les premiers enregistrements mondiaux de ces œuvres.

chronique

Styles
musique classique
contemporain
moderne
Styles personnels
c'è musica e musica

Il serait tentant de dépeindre Berio en Monstre de la Muse. Il se trouvait certes, dans son tempérament de feu, son vertigineux recul, aux incongrus miracles que cinquante ans et plus il n’a eu cesse de nous livrer – on écoutera, au hasard, ses Laborintus, Sinfonia, Voices of London – une qualité de choc spectaculaire, d’abord, qui rencontrerait bien la facile métaphore. Mais il y avait plus chez cet homme, ce cerveau, ce drôle de corps comme disaient nos aïeux. Il s’y rencontrait cette insondable et subtile science dont les êtres de génie seuls ne font pas lettre morte ; cet engagement, cette implication totale qui par un tour de cœur et d’esprit – ô combien rare – ne se figeait jamais en dogme, ne s’étalait jamais en gratuite parade de vanité ; cette fluidité du geste à l’impulsion pourtant profonde. Un Champion, alors, comme on disait naguère des Chevaliers qui pour les Dames accomplissaient des exploits qui étaient Actes de Grâce ? Pas tout à fait, encore, car le vif Luciano, avec son imagination sans limites, sa distance souveraine aux tragédies, aux convulsions, n’a sans doute jamais donné dans ce travers romantique qui veut que par amour on s'annihile, on se détruise pour défaire l’impossible. Berio ne mourrait pas : il vivait pour son art, nourrissait sa substance en pleine existence même. Voilà : il était l’Amant de la Muse ; parfait ; vivant et changeant, pourtant. Fort et délicat. De son histoire intime, de ses détours et accidents, de ses continuités, il connaissait tous les recoins, les surgeons, les lieux secrets à ciel ouvert. Comme celles d’autres Singuliers Modernes, mais forcément à ses seules manières – je ne citerai en exemples incidents que Kagel ou Scelsi – sa musique trace entre des formes anciennes, médiévales, renaissance, et des précipités inventés dans l’instant, des correspondances, des échos et croisées d’où l’on part, qui une fois effleurées s’éploient en évidences. A ses seules manières, disais-je, car toujours ses cheminements éviteront – au simple motif du goût ? – la Mystique (fut-elle immanente) de Giacinto, l’autre Italien… Et guère plus – jamais sans doute, même – son écriture n’adoptera ce pas d’errance par quoi aimait bondir Mauricio l’Argentin… Car chez Berio tout est ouvert mais plein. Toute énigme se donne et par là reste entière, généreuse et continuée. Alors, lorsque que comme ici nous est livré un cycle dont la vie coure sur plus de trente cinq ans, on s’attend forcément à y être emporté. On y plonge prêt aux apparents paradoxes qui ne trouvent conciliations qu’en ne concédant rien. On redoute, peut-être – oh, à tort, on le saura bien assez vite car on a beau s’y attendre, cet homme reste déroutant et ses œuvres irréductibles – que ne s’émousse la surprise, qu’elle se perde au fil de chapitres épars. Voici que des doigts, des bouches, des poumons… Des solistes de l’InterContemporain (et quelques invités mais pour cette fois sans Pierre Boulez) nous échoient les Sequenzas : quatorze pièces virtuoses pour instruments seuls (avec parfois une discrète extension du procédé par voie d’un espace résonant, d’une fréquence tenue ajoutée en substrat) ; une sorte de somme – forcément très personnelle à leur auteur – de musiques de chambre poussées au cœur et confins de leurs logiques. Quatorze plages de timbres et phrasés, constructions et flux, allures naturelles où Berio cherche à saisir le souffle, la voix unique, l’âme de chacune de ces mécaniques où les humains, un jour ou l’autre dans l’histoire, avaient décidé de venir loger les leurs. De telles prémisses, bien entendues, mises en de telles mains, nées en telle chair, ne pouvait guère grandir qu’en fantastique subjectif, qu’en frappantes pertinences. Berio ne combine pas les épisodes de son savoir, des fragments laissés là par tous prédécesseurs. Il en avise les motifs, en esquisse les contours, les fait siens, s’en irrigue, en insuffle ses danses et ses méditations, en images humaines, en mille dimensions. A ce jeu, les partitions pour vents sont celles, peut-être, dont la mise au jour révèlent le plus vite les chatoyances, la merveilleuse richesse. Par raison, surtout de l’infinité de timbres accessibles à ces cuivres, bois - avec leurs réverbérations, leurs innombrables prises d'anches et d’embouchures, leurs brillants et matés naturels. Berio lui-même parle pour ceux-là d’une volonté de "polyphonie virtuelle"… Par ces troublantes proximités, aussi - qu’on peut leur faire rendre - avec les voix chantées ou parlées. Par ces rappels, bien sûr - comme en réminiscences, en fulgurances à peine conscientes, comme transformées pour s’affirmer, n’avoir plus à se dissimuler - de ces sonorités poussées hors des académies : en jazz, en d’autres peuples. Et l’on fera silence, à ce titre, pour mieux entendre cette trompette jouée dans la caisse d’un piano de concert, qui éveille à ses métaux d’inépuisables harmoniques – qui en outragent les limites et libèrent les forces, les coulées souterraines qui les minent et fondent les promesses qu’on peut quand même en sortir neuf. Souci d’être partout où rien n’est clos, d’ailleurs, qui passe par le choix d’instruments "limites", qu’une certaine modernité à son tour figée voudrait condamner comme désuets, hors noblesse, exotiques ou presque – la guitare, l’accordéon. Et puisqu’on parle de voix humaine, écoutons la, la primordiale, l’étrange, la familière. Laissons entrer son trouble, l’absence des mots qu’elle défait et module, la question qu’elle nous pose en amie, ironique et proche… A partir de là – de n’importe où ailleurs, de fait, au cours des index – rien ne sera plus négligé. Les cordes se révèleront, dévoileront, avoueront en phrases délestées qu’en leurs vélocités, en parcourant les siècles, elles désiraient toujours s’arracher à la brillance vaine de la démonstration, se confondre aux affleurements, aux jaillissements d’affects qui changeaient de tons et de circonstances mais jamais de vitesse, de poids moléculaire. L’alto entonne son caractère dur, campé, son touché matériel ; campe l’épine dorsale où son frère orgueilleux – c’est le violon – a toujours appuyé son fil adamantin, accoté ses coulures et lové ses tendresses. Il s’ouvre une voie où rien ne le pourrait trébucher, douze minutes durant, cingle des heurts, délie des débuts de phrases qui s’achèvent en courts vibrés. Et le violon, lui, s’obnubilant de phrasés impossibles, glisse par delà, par-deçà, aux interstices de ces rôles où si souvent on l’avait cantonné, en devant de scène, chuchotant enfin sans mièvrerie aucune ce qui est pour l’oreille sise loin des scènes trop publiques. Baroque impromptu, renaissance continuelle, brèches spontanées dans l’illusion du Nouveau… On ne peut décrire exhaustivement les Sequenzas sans que l’inventaire commenté ne trahisse - par maladresse, par une lourdeur d'accumulation absolument absente de la musique elle-même - la substance qui s’y goûte, y change, dit et redit autrement sans jamais se répéter puisque l’inflexion du propos, toujours, en éclaire autrement l’essence. Il serait fastidieux de les prendre une par une, d’en décrire tous les points, de les disséquer ici en analyses – même si celles-ci, n’en doutons pas, ne sauraient les figer, en affaiblir la puissance, la séduction… Le génie. Voilà, je le redis : Berio est le Génie de la Muse ! On choisira ou non de considérer les majuscules. On entendra rarement mieux qu’ici, peut-être, comment il savait tutoyer tous ses noms et connaître son pouls.

note       Publiée le mercredi 17 octobre 2012

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NevrOp4th › dimanche 20 janvier 2013 - 09:23  message privé !

Un régal cette chronique à lire. Un vrai travail artistique, bravo ;) Et sinon je n'ai pas écouté ce disque en question et qu'est ce que j'attends d'ailleurs?

Dioneo › jeudi 18 octobre 2012 - 00:14  message privé !
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En même temps, contester le droit à la contestation en dessous d'une chro de Berio... Ce serait un peu un triste paradoxe.

(Parce que bon, on ne vient pas pour se conformer, nous ou lui, en ce lieu).

Moonloop › mercredi 17 octobre 2012 - 23:49  message privé !

Merci pour la chro. Jamais été un grand fan des Sequenzas (hormis les II, III et V peut-être) et plus généralement de la musique de Berio, décidément j'ai envie de dire, mais ça n'est pas pour faire le contestataire pénible (suis loin d'avoir tout écouté d'ailleurs). Je réécouterai à l'occasion, ces mises à nu instrumentales... Un instrument par jour, tiens, pourquoi pas...

Dioneo › mercredi 17 octobre 2012 - 21:32  message privé !
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(Ah ah... Hum... Non, euh... Ah. Euh... Merci. Hum... Oui ?).

"La rédaction tient à préciser qu'elle laisse à l'entière responsabilité des lecteurs les propos qu'ils pourraient poster en commentaire...".

Bon, en vrai ça me semble assez net que l'ensemble du truc aie de très très grosses chances de te causer, à toi, sinon, hein, Mr Abs... "Évidemment" ?

absinthe_frelatée › mercredi 17 octobre 2012 - 21:28  message privé !

Super chro !! Hâte de lire celle de Dariev.