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Paul Ellis › I Am Here

cd | 3 titres | 68:04 min

  • 1 She Who Watches [ 19:39]
  • 2 Chinook Wind [ 19:49]
  • 3 1 A.M. On An Island in the Columbia River [ 28:33]

line up

Paul Ellis (Voix, guitare, synthé, séquenceur et effets électroniques)

remarques

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chronique

Délaissant la quiétude des paysages sonores de “From Out Of the Vast Comes Nearness”, Paul Ellis attaque “I Am Here” avec une étonnante rage rythmique. Des rythmes lourds et menaçants qui pulsent en tout sens sous les morsures de dizaines d’ions indisciplinés forgent l’étonnant paysage sonore de “I Am Here” qui est aussi nappé de surprenantes impulsions de synthé aux violentes couches poly formiques où les réminiscences de Tangerine Dream et Jean Michel Jarre abondent. Une œuvre étonnamment puissante, et ma foi très dérangeante, “I Am Here” s’apprivoise avec toute la patience que Paul Ellis a du y mettre afin de tisser ce canevas musical surréaliste qui s’inspire des peintures que les hommes préhistoriques peignaient autrefois sur les murs des cavernes de la Columbia River Gorge. Prêts? Sautez sur vos écouteurs car ça va brasser comme rarement pour une œuvre de MÉ composée par un Nord Américain, la terre des poètes sereins. Un coup de percussions éveille une étrange chorale aux souffles d’argents lorsque des lames de synthé aux arômes très Dreamiennes recouvrent les premiers hochets des ions séquencés de "She Who Watches". Ces séquences se dandinent timidement dans le vide, étreintes qu’elles sont par un tourbillon de couches de synthé qui en contrôlent la lascive ascension. Cette intro est d’une richesse sonore implacable avec un rythme qui tourne sur lui-même sous un dense panorama synthétisé. Les lourds coups de semonces des puissants accords résonnent, auprès des séquences devenues chétives, sous les tortueuses brises d’un synthé aux souffles poly formiques. Et doucement "She Who Watches" change de peau rythmique, suspendu dans les torsades d’un maelström stationnaire d’où fuient des gaz métalliques avant que la 2ième partie se déchaîne sous les coups de gros tambours. Le vent tourne et les souffles des synthés tourbillonnent avec force, décuplant la vélocité des séquences et de ces lourds accords résonnants qui s’échapperont pour former un rythme fluide et harmonique qui coule de ses courbes pétillantes sous de mélodiques solos de synthé. Les vents de "Chinook Wind" chantent de leurs voix discordantes, mais envoûtantes, sur un lit de carillons qui tintent parmi des gaz métalliques. Tournant en boucles minimalistes, ces vents hurleurs s’agrippent aux lourdes impulsions d’un synthé implosif pour créer une puissante tempête sonique d’où fuient une multitude d’ions sauteurs. Le mouvement se calme vers la 7ième minute pour embrasser des reliefs plus éthérés avec des vents sourds qui soufflent au-dessus des lamentations d’un shaman berbère isolé entre les flancs de montagnes. Près de 3 minutes après le silence des âmes perdues, le mouvement reprend sa force d’origine mais avec des séquences plus furieuses qui palpitent en tous sens sous des chants cycliques qui me rappellent étrangement les acerbes incantations de Meredith Monk. Je dois avouer que c’est un morceau difficile à apprivoiser. Et l’ambigüité, tant des rythmes que des ambiances, reste toute entière avec "1 A.M. On An Island in the Columbia River". Ce long titre de 30 minutes déstabilisera plus d’une oreille. L’intro est truffée de vents contraires qui soufflent en une étrange multiplicité vocable. D’étranges tonalités pulsent alors que des froissements qui bruissent sur des parois métalliques ajoutent encore plus au désarroi auditif qui envahit l’auditeur. Au loin, une pulsation faite de vapeur augmente tranquillement sa force pour résonner de tout son timbre échoïque dans un vide temporaire avant de forger un rythme lourd et pulsatif qui cogne dans un espace-temps emplit de tonalités connexes. Une autre phase rythmique s’installe et serpente cette lourde pulsation alors qu’un tendre mellotron pousse les souffles de sa suave flûte au-dessus d’une lourde rythmique résonnante. Et ainsi est fait "1 A.M. On An Island in the Columbia River". Fortement inspiré de la période Stratosfear de Tangerine Dream, ce long titre fleuve évolue par segments inter-reliés qui nous amène aux confins des ambiances taciturnes du Dream et des atmosphères cosmiques de Jarre. Le mellotron est enchanteur, les pulsations glauques dérangeantes et ces lignes de séquences qui sillonnent un univers en continuel mouvement ajoutent une touche désarmante à un titre aussi rageur que poétique qui rage et tempère aux grés des visions ancestrales de Paul Ellis. “I Am Here” est une œuvre intense. Ce 13ième opus de Paul Ellis est un véritable feu roulant de rythmes anarchiques qui bouillonnent dans d’intenses enveloppes magmatiques de synthés moulées dans les fluides de la colère. J’ai rarement entendu une œuvre aussi intense et puissante délivrée les incrédulités et les peurs des premiers peuples sur un continent érigé sur le mystère des bouleversements planétaires. C’est du Berlin School intense et dramatique qui tourbillonne dans un fascinant amalgame des vieilles et nouvelles orientations musicales d’un genre qui ne semble jamais tarir. Les oreilles avant-gardistes et audacieuses vont en faire un vrai délice.

note       Publiée le vendredi 12 octobre 2012

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