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Foetus › Hide

cd • 10 titres • 50:51 min

  • 1Cosmetics
  • 2Paper Slippers
  • 3Stood Up
  • 4Here Comes The Rain
  • 5Oilfields
  • 6Concrete
  • 7The Ballad Of Sisyphus T. Jones
  • 8Fortitude Vincemus
  • 9You're Trying To Break Me
  • 10O Putrid Sun

enregistrement

Produit par JG Thirwell - Enregistré et mixé aux Self Immolation Studios, Brooklyn, NY

line up

J. G. Thirlwell (tous instruments et vocaux sauf musiciens additionnels mentionnés plus bas)

Musiciens additionnels : Steven Bernstein (Trompette et Saxhorn sur les pistes 2, 3, 7), Abby Fischer (voix sur pistes 1, 5, 7, 8), Leyna Marika Papach (violon sur 3, 7, 10), Elliot Hoffman (batterie sur la 1), Ed Pastorini (piano sur la 10), Jeff Davidson (batterie sur la 10), Christian Gibbs (guitare sur la 7)

remarques

artwork par JG Thirwell

chronique

Pour JG Thirwell, plus que jamais, le monde se divise en trois catégories : ceux qui ont un pistolet chargé, ceux qui creusent, et ceux qui ont bien l’intention de trouver l’or sans creuser ni sans faire creuser qui que ce soit, c'est-à-dire par le grand-œuvre alchimique. Je pense qu’on peut affirmer que l’australien n’en a jamais été aussi proche. Ça y’est, le point de fusion entre Steroïd Maximus, Manorexia et Fœtus – qui reste le principal véhicule d’expression de l’homme, mais jusqu’à quand ? – a enfin été atteint ; nous ne sommes plus en terre Indus, ni orchestral, ni électronique, ni même un hybride de tout cela. Nous sommes simplement emportés tel le proverbial arbuste rond par le vent du désert de l’Arizona, soulevés par l’impétueuse bourrasque de la Virtuosité. Hide est un aide-mémoire pratique, en ces temps d’arrangements électro petit-bras, sur le bon usage – et non-usage, à l’avenir – du mot « impressionnant » en musique. Le père Thirwell y est allé des grands moyens, pas en mode Hollywood-putassier, mais en mode [There will be blood], en mode Terence Malick, en mode Scott Walker. D’où vient l’argent ? Sûrement de cette mallette pleine de poudre qu’il a empoigné hier soir en se levant du canapé, avant que ce baron russe ne pique sa crise et décide de faire cuire tout le quartier façon méchoui. Et maintenant notre homme est introuvable, hurlant sa vengeance dans son studio-tour d’ivoire, quelque part à New York, entouré d’une armure de cordes en acier rugissantes. Le voilà chevauchant fièrement vers des horizons western/flamenco stupéfiants sur The Ballad of Sysiphus T. Jones, empruntant ce noble chemin ou le précédent les Secret Chiefs 3 Traditionnalists. Le voici en ange déchu venu pourrir le sommeil déjà fort ballonné de Trent Reznor d’une voix de Cyborg aux dents de verre (You’re trying to Break Me). Il y a trop de choses réussies, impossible de tout évoquer. L’intro est une bonne grosse calotte hommage à l’art pompier qui annonce la rougeoyante couleur, tout de lipstick et de sang, pour cacher quoi, ça on le saura plus tard. Quasiment pas une seconde à jeter dans le reste. Les chœurs sont énormes, étourdissants. Les enluminures orientales sont gracieuses et inquiétantes, et y répondent les plans western baroques. Le constat au cœur de cet album bien nommé se cache en plein milieu : « Armageddon is by your side / There’s a fireball in the sky », vision imminente d’un grand barbeuc’ dans les pays du golfe, et la voix de Thirwell fait littéralement des ronds autour de cette angoisse, vautour prêt à fondre sur sa proie dès le dernier souffle expiré. Car JG Thirwell contemple le champ de ruines à venir avec l'œil extra-lucide du vieux truand blasé. Il toise nos corps comme autant de futurs cadavres, qu’il dépouillera encore chauds, comme dans le clip de Here comes the rain. Longtemps personnage bizarre et infréquentable, Thirwell a aujourd’hui une dégaine de docte dandy, emprunt de ce flegme australien qui n’appartient qu’à lui. Sa route, il l’a toujours tracée seul, en loup solitaire, devant les autres. Il a mérité de savourer seul l’air pur de ces landes pré-apocalyptiques, et à ce train-là, m’est d’avis qu’il nous pondra bientôt son « L’Imprudence » à lui. Tout est déjà là : les arrangements en panomascope (j’invente des normes, c’est plus rigolo) de Steroïd Maximus, les chausses-trappes de Manorexia, les rouages de chair de Love (Oilfields, Here comes the rain), sur lesquels le maître n’aura jeté qu’un frêle linceul de mélodies qu’il tressa lui-même (ces voix androgynes), couvrant à peine cette peau diaphane, elle-même n’ayant pas assez vu le soleil pour cacher les muscles bien peu féminins et les nerfs même de ce disque… On les entend/voit dans les dernières secondes du générique/dernier morceau : c’est à une machine que nous avons à faire, et en tant que forme de vie pensante, elle réclame l’asile politique.

note       Publiée le mercredi 18 avril 2012

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Note moyenne        5 votes

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heirophant › mercredi 30 mai 2012 - 20:49  message privé !

C'est du André Rieu quoi.

Raven › mercredi 30 mai 2012 - 17:01  message privé !
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Love n'aurait pas la même assise sans les envolées John williams de Alladin Reverse, entre autres détails qui n'en sont pas. Ici, c'est un peu le même toppo : du Foetus dolby surround, qui en met partout, qui monte sur ses grands chevaux, qui lustre, qui se répand. Système digestif béton requis.

Wotzenknecht › mercredi 30 mai 2012 - 10:34  message privé !
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Merci pour vos réponses, c'est un peu l'effet que ca me fait, les Foetus récents ; j'aime beaucoup Love mais je vois aussi ce côté pompeux/orchestral sur la seconde partie

taliesin › mercredi 30 mai 2012 - 09:38  message privé !

@Wotz : pour résumer, il me paraît moins inspiré, il m'ennuie vite, il n'y a rien - ou pas grand-chose, qui me fasse dire "waaouw !"

Note donnée au disque :       
cyberghost › mardi 29 mai 2012 - 17:39  message privé !

J'avoue être un peu du même avis que Nerval, les deux derniers albums m'ont pas mal déçu, pas que ce soit mauvais, mais niveau son, ça me parle bien moins. À réécouter, celui-là, parce que la dernière fois que je l'ai tenté il m'avait quand même fait un certain effet, mais je préfère malgré tout le Thirlwell indus et psycho, qu'il avait plutôt chouettement fait évoluer jusque là...