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Ice Cube › AmeriKKKa's Most Wanted

cd • 16 titres • 49:39 min

  • 1Better Off Dead
  • 2The Nigga Ya Love To Hate
  • 3AmeriKKKa's Most Wanted
  • 4What They Hittin' Foe?
  • 5You Can't Fade Me / (5½) - JD's Gaffilin'
  • 6Once Upon A Time In The Projects
  • 7Turn Off The Radio
  • 8Endangered Species (Tales From The Darkside)
  • 9A Gangsta's Fairytale
  • 10I'm Only Out For One Thang
  • 11Get Off My Dick And Tell Yo Bitch To Come Here
  • 12The Drive-By
  • 13Rollin' Wit The Lench Mob
  • 14Who's The Mack?
  • 15It's A Man's World
  • 16The Bomb

enregistrement

1989-1990

line up

Ice Cube (MC, production), Sir Jinx (production, voix), The Bomb Squad (production), Chilly Chill (production, voix)

Musiciens additionnels : Chuck D (MC), Flavor Flav (MC), Lil' Russ (MC), Yo-Yo (MC), Da Lench Mob (MC's, production), Al Hayes (basse, guitare), Vincent Henry (flûte, saxophone), Brian Holt (voix), Tim Rollins (piano), Jay Dee (voix), Shannon (voix)

remarques

La réédition 2003 chez Priority contient l'E.P. Kill At Will en bonus.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
gangstalitic

Claque dans ta gueule. Dans le genre référence archi-usée, c'est sûr, mais les classements et les tops 50 à portée historique ne peuvent pas toujours avoir faux. 1989 : Ice Cube envoie chier ses homies de N.W.A., pour se lancer dans sa vision du hip-hop : politique, vindicative, menaçante. Ce qui l'empêchera nullement de redoubler de vulgarité provocatrice. 1990 : sortie de AmeriKKKa's Most Wanted, avec trois K pour faire joli. Turlututu chapeau pointu. On peut dire sans trop s'avancer que tout Ice Cube est dans ce premier album, avant qu'il ne réitère honorablement l'effusion de sang sur Death Certificate puis devienne ce qu'il avait farouchement rechigné à être : un rappeur pour les ondes, statut qu'il méprisait peut-être encore plus que la police. Pas de ça ici. La vieillesse est toujours un naufrage dans le hip-hop, la jeunesse de Cube comme tant d'autres fût son climax - dans l'Insoumission et dans la Vengeance. AmeriKKKa's est le patchwork de celui qui fût l'un des personnages les plus imbuvables, paradoxaux et fascinants du rap, constamment entre provoc aveugle et dénonciation sociale à précision. A ses débuts solo, Cube a eu la chance de savoir s'entourer des meilleurs, après avoir noirci des pages pendant de longs mois de frustration et établi les bases de sa stratégie. Plutôt que Dr Dre, sollicité mais mentallement séquestré dans son cabinet par le patient instable Eazy-E, l'histoire voudra que ce soit l'équipe du Bomb Squad, les architectes-vandales du son de Public Enemy alors au sommet de leur règne, qui soit dépêchée en express de New-York (ils ammèneront dans leurs bagages Chuck D et Flavor Flav qui en profiteront pour poser sur l'album) et chargés des productions, mais c'est tout autant sinon plus un homme du nom de Sir Jinx qui façonnera le son d'AmeriKKKa's, constamment sur le qui-vive pour concevoir l'écrin suprême digne de ce crossover de gangsta et rap politique que Ice Cube a formenté comme un putsch définitif sur toute une scène. AmeriKKKa's est réellement sans précédent dans le hip-hop, en termes d'audace et d'énergie, et sa teneur en sentiments purement négatifs tels que la haine (politique mais aussi raciale) dépasserait allègrement les AJR du black-métalleux accompli. L'inspiration balance constamment entre le cerveau et le falzar, donc si tu calcules la moyenne d'angle ça se situe à peu près au niveau du torse : tu ressens les vibrations ? Zone d'efficience de l'invasion de beats homicides : 500 mètres à volume décent. Secteur quadrillé, le RAID a posté ses hommes aux points stratégiques, tu t'dis qu't'aurais dû enfiler un casque à coussinets épais. Violence funk mon gars. Tension sociale. Voilà en gros le programme, le propos, jusqu'à la crudité (terrible "Turn Off The Radio", basé sur des extraits choisis de Do The Right Thing, dont l'intro fait toujours son effet). Cube renvoie un miroir à la gueule des ennemis de ceux qu'il considère comme "son peuple", et comme Malcolm X le type n'est pas forcément partisan des débats en réunions tupperware. Plutôt de soigner le mal par le mal. Noir sur blanc. L'intro nous balance dans le couloir de la Mort : O'shea Jackson est extirpé de sa cellule, mené à la chaise. Electrique, naturellement. Les journalistes ont été conviés, les flashs crépitent, l'ennemi public numéro 1 peut prononcer sa dernière sentence. Il optera pour un moment de poésie à la délicatesse remarquable, avant que le courant ne soit envoyé, et qu'explose sans prévenir "The Nigga You Love To Hate" : des choeurs de cheerleaders scandent "fuck you Ice Cube !!!". Avant même que tu comprennes que tu vas adorer le haïr, le MC s'auto-dégueule au visage, une façon comme une autre de bien montrer qu'il en a absolument rien à foutre et qu'il ne fera aucun prisonnier. Et puis tout s'enchaîne comme dans un thriller parfait, sans temps mort comme disent les cinéphiles du dimanche. Côté émeute : l'incendie Fear Of A Black Planet a traversé le continent pour atterir à South Central, ses flammes lèchent "Endangered Species", l'un des raps les plus électriques et malades jamais sortis... Côté sexe : "Who's The Mack", suprématie machiste dans le pur style Max Julien sur un funk salement gaulé, et "It's a Man's World", duo savoureusement misogyne avec la rappeuse Yo-Yo (que ce destin déséquilibré a laissé dans l'ombre au profit de Queen Latifah). Question expérimentation sonore, le beat de la piste éponyme parle de lui-même, et ce n'est qu'un exemple dans ce fluidissime zapping. De part en part, AmeriKKKa's provoque le frisson. Cube nage entre les bancs de rythmes funk et les récifs de basses dodues tel un mako, dominateur, dictateur. Y a pas vraiment de hasard : derrière les airs de bras d'honneur opportuniste qu'on trouvera à ce disque, tout y a été minutieusement écrit, pensé, peaufiné, pour établir un coup d'état sur les enceintes et par la même occasion sur le Hip-hop. Conçu pour fesser les baffles avec vigueur tout en sollicitant le cerveau avant de le réduire à l'état de steak haché, conçu pour soulever la masse opprimée en exhibant la puissance du chrome, AmeriKKKa's Most Wanted est comme ça. Conçu pour défier. Conçu pour soumettre.

note       Publiée le mercredi 28 mars 2012

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notes

Note moyenne        8 votes

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DesignToKill › mardi 20 mai 2014 - 11:57  message privé !

J'ai aussi eu droit à la claque dans la gueule...mais j'ai tendu l'autre joue et il s'y est donné à cœur joie !

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NevrOp4th › samedi 19 octobre 2013 - 17:48  message privé !

Une référence dans le style. Indémodable.

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Raven › mardi 13 août 2013 - 12:32  message privé !
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Un massacre west coast qui vieillit pas.... juste un petit com bonus a rajouter a la chro : c'est un des rares albums de rap qui me force a dire merde a ma télécommande et à lever mon cul de feignasse avachie pour monter moi même le son, de plus en plus haut. Signe de qualité indéniable s'il en est, et de respect devant le tocard au bonnet, là, l'ordure opportuniste sur la pochette qui se frotte les mains de délectation rapace avant le pillage et les émeutes. Rough funky shit.

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Harry Dickson › mardi 18 juin 2013 - 11:23  message privé !

Proud.

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SEN › dimanche 2 septembre 2012 - 08:48  message privé !

Sans la chronique de RAVEN j'aurais jamais eu l'idée de me pencher sur les premiers Skeud d'ICE CUBE vu ce que je connaissais de la discographie du bonhomme... Comme quoi les préjugés sont parfois tenaces... Bref ce premier album est une tuerie... Je suis RAVEN pour la note : 6 Boules...

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