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N.W.A. › Straight Outta Compton

cd | 13 titres | 60:24 min

  • 1 Straight Outta Compton
  • 2 Fuck Tha Police
  • 3 Gangsta Gangsta
  • 4 If It Ain't Ruff
  • 5 Parental Discretion Iz Advised
  • 6 8 Ball (Remix)
  • 7 Something Like That
  • 8 Express Yourself
  • 9 Compton's N The House (Remix)
  • 10 I Ain't Tha 1
  • 11 Dopeman (Remix)
  • 12 Quiet On Tha Set
  • 13 Something 2 Dance 2

enregistrement

1987-1988

line up

Eazy-e (MC), Ice Cube (MC), Dr. Dre (MC, production), MC Ren (MC), DJ Yella (production, MC)

Musiciens additionnels : The D.O.C. (MC), Arabian Prince (MC)

remarques

La réédition Ruthless de 2007 contient 5 pistes bonus (4 reprises : "Fuck Tha Police" par Bone Thugs-N-Harmony, "Gangsta Gangsta" par Snoop Dogg/C Murder, "Dopeman" par Mack 10 et "It Ain't Ruff" par WC + 1 version live de Compton's In The House")

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
gangsta rap

"You are now about to witness the strength of street knowledge." Allez, un bon gros cliché bien culte pour la route, ça ne fait jamais de mal. Quand vous lancerez pour la première fois "Straight Outta Compton" le titre, certaines parties de votre corps se mettront soudainement à DURCIR. Quand cette petite furie a fait irruption en 88, le politicard afro-centriste new-yorkais mégalomane et pète-sec, trop occupé à échaffauder ses plans de guerre culturelle, a dû sentir l'effet. L'effet de quelque chose de gratuit, d'adolescent et de belliqueux, genre pétard zèbre sous les valseuses. Un beat en chien fou, et par-dessus trois couplets fougueux qui ne laissent aucune place au doute critique. Le "damn that shit was tough !" final est aussi définitif que le "I got blisters on my fingaz !" lançé par Ringo en 68. Ecoutez ça vivant, ou crevez, comme disent ces cons de scribouillards-classificateurs... S'en suivent deux bastos à fragmentations, tout aussi sujettes à la surrenchère verbale. Je me tais, mais n'en pense pas moins. Straight Outta Compton ne souffre d'aucun coup de mou, et ce qui lie le tout, ce sont les instrus bricolées par Dr Dre, qui étaient alors sous-estimées, mais dont on se rend compte avec le recul qu'elles étaient tout aussi expérimentales et chiadées que celles du Bomb Squad, en étant bien plus accessibles à l'oreille vierge de hip-hop. Plus consises aussi, rivalisant chacune d'intuitivité et d'audace... parce qu'il n'y a sûrement pas que l'agression écervelée de gangsta à retenir de Niggaz Wit Attitudes, mais aussi de la mélodie et du doigté. La fin pianistique de "Parental Discretion Iz Advised" par exemple, mais pas que. Le Docteur, déjà aguerri, est épaulé par DJ Yella ("l'homme au charisme de mozarella", comme le démontrent les photos du livret). Il procède par stratagèmes habiles pour mettre en place un puzzle complexe de classiques funk/soul empilés dans son studio, moduler les voix et les rythmiques, expérimentant sans cesse toutes les techniques à sa portée sans que cela ne nuise une seconde à la fluidité de la musique (p'tit message aux frileux : écoutez un peu ce qui se passe derrière les flows, sur "Something Like That" ou "Dopeman" - maintenant revenez me dire en face que le rap aussi mainstream et bas-du-front soit-il ne peut pas avoir sa place dans nos pages quand il est conçu par du fin limier). Un équilibre parfait entre beats définitifs, scratching lénifiant et sampling aux agencements complexes, à dégoûter n'importe quel nouveau venu du business crêpier. Du très très lourd. Ce qui lie toute cette entreprise de domination, ce sont aussi les MC's, mais je ne m'étendrai pas trop là-dessus. Disons juste : c'est jeune, c'est con, ça le fait, et faut pas trop chercher plus loin. Aucun d'entre eux n'avait d'idées précises. Sinon braquer, et tirer. Se vautrer dans la débauche provoc rock'n'roll, grand-guignol, jouissivement débile et libératrice, avec l'argument un peu faux-derche du compte-rendu social brut, typique d'une certaine catégorie de rappeurs préférant le gris des douilles à celui de la matière. Le gangsta a commencé ici, dans la fraîcheur d'un matin de L.A. aux promesses sanglantes et poudreuses. Les flows se tirent la bourre, avec évidemment une attention particulière sur la grumpy attitude d'un Ice Cube au caractère déjà insupportable, et le flow maigre et disgracieux de Eazy-E : la touche épicée et pas très nette du crew, l'exquis déchet et le boss de l'ombre fondateur de la maison-mère Ruthless, qui se chauffera la même année sur son chaudement recommandable premier solo Eazy-Duz-It, album-frangin de celui-ci. Derrière l'aspect outrageusement funky et ensoleillé (en un mot : californien) ce gangsta rap des origines traduisait un sentiment d'urgence, de provocation débile et d'agression débridée, une sorte d'équivalent hip-hop du punk ou du thrash-metal. Difficile de passer à côté de cet arsenal à l'ancienne en cabriolet Impala rouge sang, exhalant la menace et le fun, aussi excessive soit la manière dont son culte est entretenu... Dire que c'est probablement de là que résident les germes de la médiocrité du rap actuel (l'attitude "rien à branler, pas besoin de lyrics" et "nique la police yo")... et pourtant, quel putain d'album ! Avouons-le : Straight Outta Compton appelle difficilement autre chose que l'excès.

note       Publiée le mardi 27 mars 2012

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dariev stands › dimanche 18 octobre 2015 - 01:21  message privé !
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Ouais, j'élargis à 87-94 moi. La house music, le hip-hop à samples qui explose, madchester, la house music encore, l'acid house, les machins ambient-dub inclassables mais encore bien frais voire drôles, KLF, la house music, Psychic TV qui sort 50 albums, l'eurodance (ben quoi ? qui n'a jamais eu 7 ans en 92 me jette la pierre) Skinny Puppy qui vire dégueu, l'indus qui effectivement mute avec tout ça, etc etc... y'avait encore une "unité", ce que 1994 allait définitivement enterrer.

Dioneo › samedi 17 octobre 2015 - 22:12  message privé !
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Oui, je pense qu'on est d'accord là-dessus... Ça partait vraiment dans tous les sens et les producteurs (au sens de ceux qui faisaient la musique) de cette période se permettaient des trucs bien plus fous - dans un contexte "mainstream", j'entends - que ce qui s'est fait ensuite... Les trucs du Bomb Squad entre autres, oui, c'était quand-même sacrément audacieux, de sortir ça sur un label dont l'idée était nettement de cartonner niveau ventes etc. (et ça a beau être un, euh "exemple extrême", ça ne fait pas tache dans ce qui a pu sortir par ailleurs à ce moment là).

Coste › samedi 17 octobre 2015 - 22:03  message privé !

C'est vrai que le propos, le contexte social n'est pas exactement le même mais l'énergie est la même. La fin des années 80 quoi...quelque chose d'ultra-téméraire qu'on ne retrouve plus du tout dans les productions lissées d'aujourd'hui.

Notez bien cette période : 88-92. Quelque chose de fou, de totalement spontané dans la production à mettre en parallèle avec l'indus de la même période.

Dioneo › samedi 17 octobre 2015 - 21:07  message privé !
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En moins délinquant, pour le coup, Terrordome... Mais oui, ce morceau est bien cintré, sinon (dans une veine "putain j'en ai ras-le-cul, je nique tout").

Coste › samedi 17 octobre 2015 - 20:44  message privé !

C'est bien vrai que le titre éponyme est une sacré tuerie. La voix nasillarde de Eazy-E est une incitation à la délinquance.

Dans la même veine couillue sous-crack : Welcome to the Terrordome de Public Enemy.