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Shurik'n › Où Je Vis

  • 1998 - Delabel, 7243 8 45961 2 5 (1 cd)
  • 2000 - Delabel, 7243 8 48937 2 9 (1 cd)

cd | 16 titres

  • 1 Samuraï
  • 2 Où je vis
  • 3 L.E.F.
  • 4 Mon clan
  • 5 J'attends
  • 6 Fugitif
  • 7 Les miens
  • 8 Rêves
  • 9 Mémoire
  • 10 Esprit anesthésié
  • 11 Lettre
  • 12 Oncle Shu
  • 13 Sûr de rien
  • 14 Y'a pas le choix
  • 15 Manifeste
  • 16 J'lève mon verre

line up

Shurik'n (MC, production)

Musiciens additionnels : Akhenaton (MC), Freeman (MC), Faf Larage (MC), Sat (MC), 3ème Oeil (MC), Sista Micky (voix)

remarques

"J'lève mon verre" est un bonus uniquement disponible sur la réédition. Hélas.

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
phocéen

Le flow de Shurik'n c'est celui d'un grand frère, ce qui veut dire d'un type un peu grave et un peu pontifiant - mais tellement franco qu'on l'écoute respectueusement, même si parfois on a envie de lui dire "mollo gros, tu frôle le MC Bohringer" (ce à quoi il répond peut être par un sourire en coin, quand il lance le délire "Oncle Shu", seul moment réellement déconneur de cet album d'ébéniste). Une voix un peu rauque, adulte, celle d'un MC philosophique revendiquant la vie de zonard comme la vie de famille, évoquant le poids du passé, des regrets, des conneries adolescentes, sans jamais virer dans l'egotrip alors qu'il y avait de quoi (rappelons qu'il a fait ses débuts dans le rap à peu près en même temps que Rakim). Mais pas le style de la maison. Shurik'n est fétichiste de la culture nippone et du tao, ça va sans dire ; c'est lui le vrai cousin frenchie du Wu, versant sabre rangé dans son fourreau et cérémonie du thé méditative. Vis-à-vis de Métèque et Mat d'AKH, premier et définitif album solo du crew IAM, Où je Vis a des airs moins ambitieux, mais je l'aime tout autant, et il est bien plus homogène. Même s'il n'y a ici ni titre aussi profond que "Prométhée", à part ce petit chef d'oeuvre qu'est le titre "Où Je Vis" (aussi beau qu'une scène nocturne de Heat), ni introduction du gabarit épique de "La Cosca", cet album est grand, derrière ses airs de purge austère, d'accumulation de rimes scolaires. Ici pas d'envolée épique, ni d'autobiographie métaphorique et complexe : plutôt le carnet de notes appliqué du guerrier, et beaucoup de questionnements intérieurs envoyés à l'auditeur comme des hirondelles blessées. Où Je Vis est axé sous le signe de l'introspection nocturne. Une nuit, en seize pistes, traçant le passé, le présent et le futur d'un MC posté au sommet d'un immeuble tel un Bruce Wayne avec pour seule arme le verbe, scrutant la cité qui l'a vu naître avec un pincement au cœur. Shurik'n a le flow du daron bienveillant, il s'adresse à lui-même et à nous. Ses rimes coupent finement comme la tranche d'une feuille, s'évaporent parfois dans le ciel étoilé, dans la brise douce-amère des violons, sous le poids des basses pulpeuses. Shurik'n signe lui-même ses instrus, tel un samouraï forgeant lui-même sa lame. D'ailleurs l'intro de Où Je Vis s'intitule "Samuraï". Le thème emprunté à Bruno Coulais (à l'époque où ses bandes originales n'étaient pas encore devenues le passage obligé du cinéma populaire "de goût" certifié TF1) nous ammène le doux pathos de Shu sur un plateau d'argent. Un morceau sincère, qui donne le ton d'un album très sincère, où le pathos est porté comme les cernes, fièrement, parfois avec excès de confiance dans le mélo ("Sûr de rien"), un album où chaque punchline est un idéogramme parfois un peu approximatif mais tagué sans narcissisme. "La conscience c'est comme les tâches, ça s'essuie". Shurik'n tisse le rap de sa vie, de son petit monde : on le croit dans l'aveu de désirs capitalistes, boulet doré chevillé au pied de 90% des rappeurs avant de comprendre qu'il incarne un condamné à mort ("J'attends"). On le suit dans ses réflexions existentielles, son attachement sans image d'épinal à ses terres et à sa clique me touche, en toute humilité. Les invités - Akhenaton inclus - sont là parce qu'ils doivent l'être selon les bonnes manières et les traditions, même si "Y a pas le choix" reste la seule et assez regrettable faute de goût de l'album (Sista Micky fait pitié comme à peu près toutes les choristes hip-hop françaises, c'est comme ça - elle sera plus percutante sur le "solo" de Freeman, cependant). Mais ces invités restent discrets, comme des ronins patibulaires dans le sillage d'un Zatoichi du micro avançant vaillamment, bedaine au vent et allure modeste. Ténébreux et marquant jusqu'au point final (la réédition est indispensable car elle contient "J'lève mon Verre" qui est aussi marquante que le couplet de son auteur sur "Demain c'est Loin"), Où Je Vis est l'album-frère d'ombre de l'Ecole du Micro d'Argent, avec des textes aussi denses et un habillage sonore tissé de musiques de film raffinées, aussi sobre qu'un kimono. Un album qui sent le vécu.

note       Publiée le mardi 30 juillet 2013

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(N°6) › vendredi 12 juin 2015 - 15:40  message privé !
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J'aime vraiment l'austérité (relative, il n'est pas dénué de chaleur humaine) de cet album, le flow tranchant et les paroles précises et pas démagos de Surik'n. La prod assurée par le bonhomme est à son image, pas là pour en foutre partout ni pour impressioner la gallerie, c'est souvent nocturne, géométrique, architectural, carré et prenant la plupart du temps. Quant au sample de Coulais, il a quand-même été le chopper dans la BO de "La rivière espérance", feuilleton de l'été de José Dayan pour F2 !! Et pourtant quel résultat, faut voir ce qu'il en fait, "Samuraï" est vraiment une intro très forte. (comme dit la chro, "Y a pas le choix" est d'autant plus regrettable, Sista Micky est carrément génante) Faut vraiment préférer la version avec "J'lève mon verre", assez énorme en guise de conclusion.

Potters field › vendredi 16 août 2013 - 18:15  message privé !

toujours eu bcp de sympathie pur le bonhomme, et ce disque là est vraiment énorme. il y a de très bons trucs sur le deuxième aussi (bombe le torse, mon fils etc... ) mais les instrus sont bcp moins cools helas.

nowyouknow › mardi 30 juillet 2013 - 17:20  message privé !

je suis pas spécialement fan de shurik'n que ce soit son flow (monotone sur ce disque) ou son univers mais l'album tout en étant très classique (piano/violon à fond, bon y'a cette touche asiatique quand même) est superbement réalisé... les beats sont dingues et il a même pas été appeler ses potes d'iam pour l'épauler musicalement. Du grand travail, même si métèque et mat me parle bcp plus.. ah sinon j'aime beaucoup le refrain tout simple de Sat sur 'Mémoire'.. je l'ai toujours bien aimé ce gars là

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NevrOp4th › mardi 30 juillet 2013 - 13:17  message privé !

Le titre ou je vis est puissant.

Note donnée au disque :       
dimegoat › mardi 30 juillet 2013 - 10:47  message privé !

oui, deux-trois morceaux par ci par là mais ça me gonfle un peu le côté plaintif de cet album.

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