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Eric B. & Rakim › Paid In Full

  • 2005 - Island, B0004323-02 (1 cd)

cd | 10 titres | 45:06 min

  • 1 I Ain't No Joke
  • 2 Eric B. Is On The Cut
  • 3 My Melody
  • 4 I Know You Got Soul
  • 5 Move The Crowd
  • 6 Paid In Full
  • 7 As The Rhyme Goes On
  • 8 Chinese Arithmetic
  • 9 Eric B. Is President
  • 10 Extended Beat

enregistrement

1986-1987

line up

Eric B. (DJ, production), Rakim (MC)

remarques

La réédition CD de 2005 contient deux remix en bonus, dont l'indispensable version Ofra-Haza-isée de "Paid In Full" par Coldcut et le mortellissime mix radio de "As The Rhyme Goes On", avec un sample non moins létal extrait d'un des meilleurs titres du meilleur album de Genesis (je parle bien sûr de "Tonight Tonight Tonight" sur Invisible Touch !)

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
ghetto blaster

Se renvoyer dans les esgourdes Paid In Full et tenter de le décortiquer pour le novice, c'est se risquer de raconter pas mal de conneries, le genre à base de bible et de pierre angulaire qui vous barbe déjà tellement que vous avez déjà dégainé la mousse et le rasoir cinq-lames à tête rotative avant que j'aie fini ma phrase. Le mieux est de zapper les banalités objectivistes et historiennes répétées mille fois, le statut réferentiel. Zapper le fait que cet album, tout comme les Beastie Boys (qu'il sample), donnera à sa sortie des airs d'opération marketing à des Run-DMC alors tous-puissants. Passer sous silence le fait qu'il s'agisse de l'excroissance radioactive du premier LL Cool J, qui impose un charisme aussi ovniesque qu'écrasant, pensé en deux dimensions et donnant tout son sens à ce principe chimique : un flow + une prod. Passer outre le fait qu'il s'agisse de l'abum de hip-hop le plus pillé de tous les temps (citer en particulier des rappeurs ou des pistes qui y ont fait référence où l'ont samplé serait totalement ridicule, autant se lancer dans la rédaction d'un Quid). Passer au-delà de l'aspect un brin désuet qu'on pourra forcément lui trouver, surtout si on focalise sur les synthés-cuivres affreusement muzak de l'"Extended Beat" final (Eric B. refera le coup sur Follow The Leader). Parce que tout ça mes chers amis, ça fait pas mal de lignes à nager la brasse coulée dans la piscine olympique des lieux communs, et c'est précisément pour ça qu'on s'en cogne. Paid In Full c'est d'abord une idée du bloc sonore en la matière. Derrière la patine vintage évidente, voire le grain antique, c'est une fraîcheur encore assez stupéfiante quelques décennies après, comme s'abreuver à la source pure d'un fleuve dont l'estuaire nous est encore inconnu mais dont l'odeur de merde nous assaille déjà les narines. Eric B. est à mes yeux rien de moins que le John Bonham du hip-hop. Ses beats sont ROCHEUX - je vois pas de terme plus adéquat. Un traitement du sampling de James Brown et de la reverb très crade, des scratchs de bûcheron, pour un résultat pas très loin du rock industriel. Après s'être (ré)accoutumé à ce son ancestral et tranchant, l'auditeur attentif percevra toutes les subtilités démoniaques qui y ont été injectées par Marley Marl, le troisième homme tapis dans l'ombre (celui-là même qui épaulera Big Daddy Kane et Kool G Rap à leurs débuts - y a une logique), même si pour y parvenir il lui faudra parfois concentrer son mental selon les préceptes Jedi pour percer le mur d'acier et d'échos synthétiques érigés. Le terrorisme nous le savons provoque trop souvent la mort de vinyles innocents... ici, ça n'était que le début d'une effroyable succession d'attentats. L'incarnation du pumping-beat glacial, à la fois préhistorique et science-fictionnesque, dès l'intro de "I Ain't No Joke" jusqu'à la séance de lobotomie insrumentale "Chinese Arithmetic" et son scratching sauvage. Et que dire du cultissime "My Melody" dont les premières secondes éternelles, entre western crépusculaire et cold wave, me plongent à chaque fois dans une stupeur quasi-orgasmique... Graal total, sublime vision furtive, puis explosion vocale du MC, eheh oui, parce que Paid In Full fonctionne bien en deux dimensions comme je le disais en début de chro, et la deuxième c'est Rakim Allah. Tout juste dix-sept ans. Son flow, sujet à tous les superlatifs, est, chez votre humble serviteur, l'incarnation de cette expression un peu coconne du petit chroniqueur-collégien-appliqué : LA BASE, rien d'autre. La base comme un roc un peu sinistre, parce qu'il faut bien le dire, si Rakim a donné ses lettres de noblesse à l'egotrip et à l'insolence princière du MC, ce qui marque surtout aujourd'hui en comparaison à ceux pour qui il est sensé avoir été la référence ultime, c'est l'austérité qui s'en dégage, surtout ici. Il faut dire que pour moi, son flow est plus affaire de géométrie que de sentiments. Ce côté très mécanique est indissociable des instrus de Eric B., qui n'hésite pas à user de déformations sonores multiples pour en accentuer la dureté et l'âpreté, donnant à Paid In Full l'aspect d'une vieille bécane androïde aussi rudimentaire qu'implacable, façon Terminator 1. Paid in Full, au-delà de toute considération encyclopède, est simplement une des incarnations de la puissance la plus primaire ayant jamais foulé les terres du hip-hop. Oubliez les comptes-rendus historiens, les notations excessives et les lieux communs que les infidèles ont graffés au pied de la statue, érigée au milieu de ce square aujourd'hui encerclé par les buildings... Et préparez-vous à rencontrer l'Atome Primordial.

note       Publiée le lundi 12 mars 2012

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(N°6) › mercredi 20 février 2013 - 21:27  message privé !
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Le genre de truc tellement pillé qu'on a en effet l'impression de l'avoir déjà entendu même la première fois qu'il passe dans les oreilles. Et pourtant on sait qu'on en a pour un bout de temps avant d'en saisir la substantifique moëlle. Believe the hype. (Et je plussoie, le remix de Coldcut est redoutable)

Note donnée au disque :       
NevrOp4th › lundi 18 juin 2012 - 20:27  message privé !

Ofra Haza sur paid in full est absolument merveilleuse. Puis d'accord avec le com d'en dessous de Dariev. J'adore perso ce disque, une pierre angulaire dans ma vie de mélomane.

Note donnée au disque :       
dariev stands › lundi 12 mars 2012 - 12:34  message privé !
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thinkin' of a master plan/ cause I ain't got nuthin but sweat inside my hand/ so I dig into my pocket all my money spent/ so I dig up, but still comin up with lint/ so I, start my mission, leave my residence/ thinkin how I coulda get some dead presi-dents/ I need money, I used to be a stick up kid/ so I think of all the devee-ous things I did/ I used to roll up, this is a hold up, ain't nuthin funny/ stop smilin, ain't nuthin move but the money/ but now I learned to earn cause I'm righteous/ I feel great/ so maybe I might jus/ search for a 9 to 5/ if I strive, then maybe I'll stay alive... La note est là pour le remix "7 Minutes of Madness" de Coldcut, dispo sur l'édition Deluxe, qui est juste le meilleur truc arrivé à la musique depuis que le spermatozoïde de Bach a été formé dans la couille gauche de son père.

Note donnée au disque :