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IAM › L'École du Micro d'Argent

  • 1998 - Delabel, 7243 8 46991 2 3 (1 cd)

cd | 16 titres | 71:00 min

  • 1 L'École du Micro D'Argent
  • 2 Dangereux
  • 3 Nés sous la même Etoile
  • 4 La Saga
  • 5 Petit Frère
  • 6 Elle donne son corps avant son nom
  • 7 L'Empire du Côté Obscur
  • 8 Regarde
  • 9 L'Enfer
  • 10 Quand tu allais on revenait
  • 11 Chez Le Mac
  • 12 Un bon son brut pour les truands
  • 13 Bouger la tête
  • 14 Un cri court dans la nuit
  • 15 Independenza
  • 16 Demain c'est loin

enregistrement

Hit Factory, New York - Translab, Paris ("La Saga" & "Independenza"). Production : Prince Charles Alexander, Nicholas Sansano, Dan Wood

line up

Akhenaton (a.k.a Sentenza a.k.a Chill (MC, production)), Freeman (MC), Imhotep (mix, sampling), Shurik'n (MC, production), Kheops (production)

Musiciens additionnels : Bruizza & Rahzel, Timbo King, Dreddy Krueger & Prodigal Sunn, East & Fabe, Daddy Nuttea

remarques

Cette chronique concerne la réédition de 1998, avec laquelle j'ai découvert, et la seule que je possède. La différence est que le CD Bonus a été jarté, et "Independenza" remplace "Libère mon imagination".

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
phocéen

École de défense du Boom Bap en rang compacts et surpuissants. G.O.D. est un peu fourni en hip-hop, mais en la matière, même ici, vous ne trouverez pas des masses d'albums du genre aussi aboutis, efficaces et classieux que celui-ci... enfin, je m'adresse évidemment aux rares qui ne l'auraient jamais croisé. "L'École" représente le succès commercial numéro un du hip-hop hexagonal - mais cela on s'en fout bien royalement à l'écoute de cette triomphale intro, pur bellicisme stéréophonique froidement contrôlé, ou d'un morceau aussi ténébreux que "Regarde". Un son à la finition calibrée, policée, et pour les textes le sentimentalisme affiché de nombreux passages, ont contribué à en faire ce gros succès chez les 7-27 ans. D'un point de vue plus techniquement mélomane, il est l'un des rares du monde, et le seul chez nous, a avoir réussi l'équilibre parfait entre accessiblité grand public, authenticité, délire ludique, samples pure crème, et trips textuels de stakhanovistes suant eau et sang sur leurs cahiers. Je n'ai jamais vraiment eu Akhénaton et Shurik'n dans mon panthéon perso du micro, mais ils sont d'une maîtrise et d'un charisme remarquables, collés au plus près du rythme, intégralement dévoués à la défense de ce style de flow né avec Rakim, s'amusant d'eux aussi et au pinacle de ces egotrips façon samouraï ou pistolero... Entre réel et fantasmes galvanisants. Le hip-hop ultra-bright et ultra-humain en même temps, la pleine possession des moyens, plus la profondeur émotionnelle, très importante. Ajoutez à cela des productions très denses, très léchées, profondes et envoûtantes à mort signées par les ténors new-yorkais, à base d'instrus ténébreuses et chaudes, biberonnant du piano, du synthé et du R'n'b velouté, que tous les rappeurs d'alors auraient tué pour avoir, et vous obtenez une sorte de testament de fin d'une époque. Rares sont les productions américaines a avoir réussi à atteindre l'équilibre de celle de ce disque, celui de marier accesibilité à toute oreille et profondeur, entre des beats imperturbables, des scratches comme pincée de coriandre et des basses dodues à souhait pour honorer les baffles, tout est contrôle absolu, reluisance princière, lustre impeccable et scintillements pour la gourmandise des oreilles. Le groupe de rap français le plus sophistiqué devenu adulte, bien que pas encore débarassé de cette charmante-agaçante naïveté sociale et politique, qui ose simplement le chef d'oeuvre à un cheveu près (je virerais volontiers le feat avec les Sunz of Mann, parasite de mon point de vue tout comme l'étaient les morceaux rappés en anglais de leur débuts, et "Un Cri dans la nuit", où ils sonnent trop nunuche à mes oreilles notamment à cause de l'immonde Nuttea). Des rappeurs de trente piges qui se payent un délire sur les Samouraï, Sergio Leone ou Star Wars (jouissif "L'Empire du Côté Obscur") et qui comme leurs idoles du Wu considèrent le flow comme un art martial - mais les surpassent de loin en terme d'inventivité, capables dans le même temps de délirer sur leurs films cultes et d'évoquer l'enfance flouée des cages en béton avec une justesse troublante ("Petit Frère", pourtant bien écorché par l'intonation ridicule de Shurik'n sur le refrain, reste un sacré crève-coeur, une mélancolie terrible, appuyé par ce sample d'Inspectah Deck tiré de "C.R.E.A.M."). Les flows sont cadrés, millimétrés, vissés à mort. On sent bien que les MC's ont médité, calculé les stratagèmes avant de lancer l'attaque, notamment Akhenaton dont le style complexe fait aussi pour bonne part dans la capacité de ré-écoute de l'album comme ce fût le cas pour Métèque et Mat. Alors ok, dans le fond, leur propos en dehors des vrilles poétiques et philo toujours succulentes, reste le "bon sens" du peuple avec un peu de mystique, mais on leur pardonne, tellement leur charme magnétique prend le dessus sur des tueries dont la liste est longue : l'intro te fait direct une clé de bras dans la tête, c'est à la fois ce titre qui génèrera Manau et ce titre qui bute tout d'entrée (comme "La Cosca" en 1995). La puissance est contenue, féline. L'egotrip belliqueux et austère. "Elle donne son corps avant son nom", plus légère, est une fable croustillante. Les implacables "Regarde" et "L'Enfer" mettrons tout le monde d'accord sur la puissance évocatrice d'IAM. Le flamboyant délire cagoulé "Independenza", où les flows de ces caractères bien trempés s'entrechoquent comme des astéroïdes fous, ou l'irrésistible "Chez Le Mac", où AKH et Shurik'n déploient leur texte le plus intelligent et jouissif sur une instru gravée dans mes souvenirs d'adolescence donc impossible à critiquer (trop facile ? j't'emmerde !), le fabuleux "Un bon son brut pour les truands" avec leur danseur Freeman en guest, MC aux punchlines plus que capilotractées (tout le monde se souvient du fameux "j'te mystifie comme un twix") mais ajoutant un charme brut non-négligeable à ce délire de groupe bien old-school sur une prod bien nocturne... j'en cite tant, mais il n'y a que des tueries ou presque sur ce foutu blockbuster, jusqu'au cultissime climax sur lequel je suis forcé de m'arrêter puisque plus que tout autre c'est le "point G" (point Gutsien) du disque, un trip que Kassovitz a caressé en film, Programme effleuré de façon expérimentale autistique et que deux MC's du pays du pastis ont réussi en 9 minutes monumentales : "Demain, c'est loin". Un texte panoptique, une succession d'images lucide, kilométrique, monolithique, magnétique, terminale, deux couplets sans appel, comme des instantanés Polaroïd de la vie des spectres en survêt de la cité phocéenne, empilés successivement par Shurik'n et Akhenaton avec une précision chirurgicale. Ce morceau pue l'authenticité par tous les pores et ne s'arrête jamais parce qu'on peut jamais se retenir de le relancer ; on y est projeté ; c'est un panorama sonore qui te bouffe entier, bricolé avec deux voix un beat propre et un sample tout ce qu'il y a de plus basique. A lui seul, il justifie la présence d'IAM dans nos pages. Le couplet de Shurik'n est aussi cinétique que du Kool G Rap, et celui d'Akhenaton, en état permanent d'implosion, aligne des images crues pour restituer l'intégralité du monde dans lequel il vit et s'est imprégné... jusqu'à ce que sa voix devienne ce monde. Ce seul moment appellerait presque un 6/6, mais de justesse dans mon jugement faire preuve je dois... ce sera plutôt un énorme 5/6, gonflé à bloc. Ce titre, et cet album, ont une aura à laquelle il est très difficile de résister. IAM était cette entité un peu trop intello et prétentieuse aux goûts des "hardcore" qui goûtaient plus la brutalité un peu politisée de NTM, mais ils sont allé beaucoup plus loin et haut que les autres collectifs rap français en termes d'imagination et de création - même si ça n'avait rien d'un challenge. Ils se surpassaient car ils étaient conscient de leurs contradictions, conscients du côté parfois trop appliqué et scolaire de ces rimes forgées à l'huile de coude, mais cherchant sans relâche à en faire jaillir du nectar : l'apogée de cette évolution que je viens de vous soumettre maladroitement et trop longuement pour ne pas changer est là, dans L'Ecole et son effet percutant et galvanisant incontestable, elle est le résultat d'un labeur qui se compte en années. Devenus maîtres, et, dès lors, condamnés à sombrer...

note       Publiée le vendredi 17 février 2012

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Klarinetthor › samedi 11 novembre 2017 - 17:19  message privé !
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SEN › lundi 21 novembre 2016 - 14:35  message privé !

Ouais c'est vrai mais faut pas le dire ! Faut pas critiquer l'Autotune non plus sinon tu vas passer pour un vieux con !

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blub › lundi 21 novembre 2016 - 13:49  message privé !

6 boules rien que pour le couplet d'Akhenaton sur Demain c'est loin... Le rap c'était mieux avant quand-même!

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nowyouknow › mercredi 6 janvier 2016 - 01:00  message privé !

Le Akhenaton de la période métèque et mat avec la moustache, tu lui mets une perruque ça devient Jean Ferrat dans les années 70. Ma découverte de l'année.

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Rastignac › samedi 25 avril 2015 - 18:20  message privé !
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Oui, Akhenaton c'est un peu "l'Etat c'est moi", mais avec du Nile en fond sonore plutôt que du Lully. Sinon, de cet album, je ne retiens que le "demain c'est loin" malheureusement, découvert après le hit du "côté obscur" et le fameux "petit frère" qui passaient à la téloche... dans mon cas je suis plutôt de la génération de cour de récré qui luttait avec des bandanas Anthrax contre Snap et East 17 plutôt que contre IAM. Je comprends que ce CD ait fait son effet tout cas, relevant le nombre de cd IAM qui trainaient chez les autres (partout en fait, rap œcuménique les IAM).

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