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The Fall › This Nation's Saving Grace

cd • 16 titres • 65:25 min

  • 1Mansion1:21
  • 2Bombast3:08
  • 3Barmy5:21
  • 4What You Need4:50
  • 5Spoilt Victorian Child4:13
  • 6L.A.4:10
  • 7Vixen*4:01
  • 8Couldn’t Get Ahead*2:36
  • 9Gut Of The Quantifier5:16
  • 10My New House5:16
  • 11Paint Work6:38
  • 12I Am Damo Suzuki5:41
  • 13To NK Roachment : Yarbles1:23
  • 14Petty (Thief) Lout*5:21
  • 15Rollin’ Dany*2:24
  • 16Cruiser’s Creek*4:16

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré par John Gillingam. Produit par John Leckie.

line up

Karl Burns (batterie), Steve Hanley (basse), Simon Rogers (claviers, guitare acoustique, basse), Craig Scanlon (guitares rythmiques électriques), Brix Smith (guitare lead, voix), Mark E. Smith (voix, violon, guitare)

remarques

Comme pour le disque précédent – The Wonderful and Frightening World of… - les morceaux marqués d’un astérisque sont des ajouts à l’édition du disque dont je dispose (Beggar’s Banquet, 1CD, 1988). Et cette fois encore, ces chansons sont séquencées en dépit du bon sens et de l’intégrité du disque original, puisque disposées comme au hasard entre les chansons de l’album en lui-même, tel que paru en 1985. Quelques soient les qualités ou l’intérêt intrinsèque de ces pièces rapportée (Vixen aurait par exemple un côté Sonic Youth période Experimental, Jet Set… assez étonnant dans le contexte), je ne trouve toujours aucune raison valable à ce curieux séquençage, alors qu’il eut été plus logique et très facile de les proposer, par exemple, à la suite de l’album proprement dit, en fin de liste.

chronique

Styles
folk
krautrock
punk
post punk
Styles personnels
uk subs (the ghost tracks)

Curieusement séduisante, cette introduction. Étonnamment immédiate dans sa façon de nous accrocher – le râpeux du grain ne cherchant pas cette fois, semble-t-il, à nous empêcher d’en jouir sans que ça gratte. Instrumentale, aussi – ce qui n’est guère commun chez eux. Légèrement sinistre avec son ton mineur, sa batterie qui – de pesante sur le début – se fait presque aérienne quand percent les orgues en giclées sombres et veloutées. ‘Mansion’ : hôtel particulier, manoir… Riche demeure, luxe habitable ? Et puis tiens donc ! Mark Edward Smith nous cause de sa Nation. Et de surcroit : d’une Grâce Salvatrice... Un hymne à l’Angleterre, alors ? Hum… Fausse piste, assurément : The Fall n’est pas de cette race des apologétiques. Et puis à se fier à la pochette, on serait parti plutôt pour la triste peinture ; la fresque en noirs pas nets, en blancs douteux, pas franc, d’un pays de misère – morceau d’un tiers-monde nouveau qui veut encore s’ignorer tel ; île réduite au lavage, sur quoi le soleil, au vrai, ne se lève jamais plus complètement. Avec au-dessus, en signes abstrus, en figures de sarcasme, les symboles antiques d’un Empire autrefois glorieux – chevaux, chars, nuées conquérantes – qui n’en finit pas de peser sur l’époque, de lui boucher tout horizon. Usine aux murs opaques, tours sordides sur les berges. En pleine ère Thatcher, premier ministre pour longtemps, pas trop amie de cette classe – laborieuse, allez – où poussent Smith, ses histoires, ses comparses en mauvais coups. Mais The Fall a autre chose à foutre, tout de même, que de brandir des slogans et prêter allégeance à quelconque leader, serait-ce en lui décochant un coup de botte au passage… Eh bien ? Un retour à la musique locale, au dévoiement du rock tel que joué ici depuis vingt ans et plus, de retour des terres soniques Nord-Américaine visitées, retournées sur The Wonderful and Frightening World of... , le précédent album ? Après l’escapade en simili krautrock de celui d’avant, Hex Enduction Hour ? La fierté des mal nés de la Couronne : finir à la télé – Top of the Pops, hey, Mate ! – en étant parti de rien dans une baraque en brique pas loin de la mine condamnée ? Voyons ! Mark E. Smith méprise le monde pop, cette semi intelligentsia dénuée de tripes, tous ces péquenots qui tètent autant qu’il peuvent le lait d’une fortune éphémère sans se douter que c’est eux qu’on trait en attendant de les balancer aux friches – vienne l’imminent tournant de la prochaine vogue… L’underground, peut-être, les glorieux ferments de la contre-culture ? Ah ! Smith vomit ceux-là – plus que les précédents, possiblement –, avec leur révolte affectée, leur manque d’imagination, leur foutue insistance à mimer encore Johnny Rotten et les Pistols pour effrayer le contribuable, le parent effarouché, le téléspectateur enfoui dans sa lager et le miteux canapé, presque dix ans après les faits, attardés qu’ils sont tous ! Et puis ceux-là de toute façon n’étaient déjà rien d’autre que des poseurs … "Ma nouvelle maison ! Faut que tu voies ma nouvelle maison !". Mais toi regarde autour, ce quartier nécrosé ! Il sue les toxiques, exhale les poisons. Le plafond, les murs, sont des matières nocives. Elle aura ta peau, ta turne, couillon ! Mark E. Smith n’a pas molli. En fait de panégyrique, This Nation’s Saving Grace, une fois de plus, tiens du catalogue d’échecs, de tares, d’impuissances et de compromis où l’on s’englue, où l’on s’use, où l’on crève au fil de jours que nul, à force, ne se soucie plus de voir devenir meilleurs. Parlons-en, du Royaume Uni, de ses élites, de sa munificence. De tout ce vieux peuple qui rêvasse à des terres perdues, dans sa culture arrêtée, qui achève de figer dans l’air vicié de ses vieilles pierres. De son béton qui s’effrite, des quais de son fleuve souillé d’où ne partent plus les vaisseaux qui portaient au dehors la victorieuse civilisation. Le Britannique n’est qu’un enfant frustré de l’ère victorienne, animal de cours évincé des jeux où se décidait la marche du monde. Les petites douceurs des offices ont tourné en graisses rances… Bien sur, ailleurs ça n’est pas vraiment mieux. Et qu’est-ce qui pourrait l’être ! La Californie sera toujours ce repère de tarés ; Los Angeles, cette ville où l’on remplit les boulevards de neige artificielle et de tordus qui foutent les jetons avec pignon sur ce qu'ils voudront – Mark E. en sait quelque chose, il revient juste de jouer là-bas. Et puis l'Europe, on n'y comprend plus rien. Maman disait que les Continentaux n’étaient que des petits singes. Et puis quoi, si j’avais voulu vivre en Hollande, j’aurais plié bagage le jour de mes seize ans. Eh Mark, pourquoi je ne peux pas vivre en Angleterre ? "Eh Mark" – ils disent – "t’es en train de saloper la peinture !". Et c’est un fait : Mark est très en forme. A son plus mal embouché. Au plus fort de son ambigüité : à balancer du fait brut, de l’analyse qui perfore – avec, bien mêlé au flot, un substrat de considérations obscures, de lexiques délibérément fracturés, de postulats parallèles relevant du Fantastique. La diatribe n’est jamais complètement claire. Tout est fait pour qu’on ne puisse en tirer conclusion à compte de bonne morale, à se sentir malin d’avoir compris l’astuce. Le groupe, aussi, dans son travail instrumental, touche l’un des hauts points de son art particulier. Toutes les facettes de leur musique – contrées explorées, outragées une à une sur les précédents albums – sont parcourues, tour à tour ou mêlées, nourrissent des compositions où cette fois-ci on ne cherche même plus à repérer si la répétition est plus ou moins captivante, plus ou moins abrutissante qu’avant ; si les parties qui se succèdent et se superposent sont à la base réputées de souches compatibles. Les textures de guitare abrasives, les froissements de cordes entendus sur l’album d’avant – héritage garage, coulées de fonte prenant source en plein Michigan outragé – innervent et rayent des ritournelles estampillées pop du cru, rengaines de pub, skiffle dévoyé – cette musique, eux ne l’ont pas oublié, qui avait précédé le rock et l'explosion des quatre types aux franges irritantes. (Est-il besoin de le préciser d'avantage, ce que Smith semble en penser, des Beatles... ?). Les accès d’une pollution de l’Allemagne industrielle reviennent en bouffées : I Am Damo Suzuki, hommage truqué, vicieux s’il en est au groupe Can et à son chanteur japonais viré témoin de Jéhovah – "est-ce que ça rend le truc moins européen ? Qui est ce Karlheinz Stockausen ? Présentez-le moi, je suis Damo Suzuki". Et dans ce marathon, rien qui fasse redite, catalogue, exploitation d’acquis, de recette. Un accomplissement, plutôt, de tout ce que le groupe visait depuis ses débuts, un des brillants éclats de ses méchantes manières. Peut-être pas le plus saillant, paradoxalement, malgré son excellence, de leur énorme discographie – parce que sa torsion, justement, n’est pas outrée autant qu’ailleurs dans le sens de tel ou tel de leurs mauvais penchants – mais assurément l’un de ceux à quoi on serait bien en mal de trouver quelque faiblesse. La Grace Salvatrice… Et si c’était eux-mêmes, The Fall, ce Salut de la Nation ? Avec leur défiance qui veut du mal à tout repos ? Avec leurs sales intentions qui vous empêchent de croire aux bobards quotidiens sur la prospérité ? Avec cette lucidité qui est la vraie subversion face aux routines, aussi, des révoltes encartées ? À la fin, la mélodie au charme sombre revient, celle qui avait fait l’ouverture du disque. Elle ne s’appelle plus Mansion mais Yarbles. Ce qui – dans un certain argot d’extraction littéraire – désigne… Les parties génitales du genre masculin. Ça parle de taudis, pour le reste du titre, avec option cafards. "Everyday you have to die some/Everyday you have to cry some… On the landing they found full credit/In the bathroom the presence was illuminous". "Tous les jours tu dois crever un peu/Tous les jours tu dois pleurer un peu… À l’atterrissage ils trouvèrent le crédit à taux plein". La présence dans les chiottes était éblouissante.

note       Publiée le vendredi 10 février 2012

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Note moyenne        2 votes

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SEN › samedi 23 mai 2015 - 09:34  message privé !

Très bon album que je trouve bien meilleur que "The Wonderful and Frightening World Of..." sortie 1 an avant celui là ! Sympa aussi l'hommage à Damo Suzuki ! Le dernier grand album de "The Fall" à mon sens !

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 11 février 2012 - 00:55  message privé !
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Oui, je le trouve très bon aussi... Mais je ne connais pas les autres de la même période - j'aurais donc plus de mal à en parler, pour l'instant.

Solvant › samedi 11 février 2012 - 00:52  message privé !

"Your Future Our Clutter" est vraiment réussi et il ne lasse pas, t-bien placé dans mon top.

Dioneo › samedi 11 février 2012 - 00:43  message privé !
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Eh eh... En fait je suis leur - enfin, "leur"... ("son" ?) - agent !

Bon, ceci dit je devrais vous lâcher un peu avec The Fall pour le moment. Il me reste bien Your Future Our Clutter à chroniquer mais je pense d'abord m'en procurer d'autres de la même période (ou juste avant... et je n'ai pas encore jeté d'oreille à Ersatz G.B., le dernier...) avant de me risquer à en parler plus avant. (Enfin, à priori... Voir).

Solvant › samedi 11 février 2012 - 00:40  message privé !

Celui-là c'est un pilier dans l'oeuvre de Mark E. Les empunts à répétitions à la médiathèque et ses nombreux retards ajoutés à cette chro vont finir par me le faire acheter. (encore un autre !)