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The Fall › Grotesque (After the Gramme)

cd | 15 titres | 63:32 min

  • 1 Pay Your Rates [2:59]
  • 2 English Scheme [2:06]
  • 3 New Face In Hell [5:40]
  • 4 C’nC-s Mithering [7:36]
  • 5 The Container Drivers [3:08]
  • 6 Impression Of J. Temperence [4:20]
  • 7 In The Park [1:43]
  • 8 WMC-Blob 59 [1:20]
  • 9 Gramme Friday [3:19]
  • 10 The NWRA [9:13]
  • How I Wrote ‘Elastic Man’ (Rough Trade RT048 - 7" - juillet 1980)
  • 11 How I Wrote ‘Elastic Man’ [4:21]
  • 12 City Nobgoblins [2:23]
  • Totaly Wired (Rough Trade RT056 - 7" - septembre 1980)
  • 13 Totally Wired [3:26]
  • 14 Putta Block [4:30]
  • Interview
  • 15 Mark E. Smith [7:18]

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré et produit aux Studios Cargo/Rochdale Street Level, Londres, par John Brierley. Produit par The Fall, Grant Showbiz, Mayo Thompson et Geoff Travis.

line up

Paul Hanley (batterie, percussion), Steve Hanley (basse), Marc Riley (basse, guitare, claviers), Craig Scanlon (guitare), Mark E. Smith (voix)

remarques

Les deux singles proposés en bonus à l’édition Castle de 2004 (1CD) – How I Wrote Elastic Man et Totally Wired – sont des pièces de haute tenue du The Fall de cette époque ; comparables à mon avis en densité, en impact, en mordant, à l’album qu’elles accompagnent ici. Remarque qui s’applique même à cette curieuse face B en l’espèce de Putta Block – d’abord totalement déroutante par son aspect collage, disparate, inconstant mais qui gagne l’attention, toujours plus, à mesure des écoutes. L’interview qui conclut la liste – généralement inaudible et délibérément parasitée d’effets indélicats dès les premières minutes – est un curieux objet, totalement inutile mais pas dénué d’une certaine drôlerie dans son incongruité (aux toutes premières écoutes, en tout cas). Il semble par ailleurs que ce soit une auto-interview réalisée par Smith lui-même.

chronique

Styles
folk
pop
punk
post punk
rock
Styles personnels
nouvelle gueule en enfer

Encore plus tendu ? Allez ! The Fall – nouveau batteur en renfort en la personne de Paul Hanley (le frère du bassiste Steve, lui même présent depuis Dragnet) – balance d’entrée du sec et du claquant ; et cette fois de l’emballé, question tempo. Du plus lourd, aussi, pour la puissance de frappe. Nouveau jouet dans l’arsenal ! Nouveau joueur dans la cave. En forçant le pas, en appuyant la mesure, le groupe trouve encore mieux comment nous faire des bleus. En précisant l'impact, il s’assure qu’on ne va pas décrocher ; qu’on va rester pour voir la suite : pris dans la centrifugeuse, calés dans le sillon. Et l’autre qui braille : "Paies tes dettes !". La voix part en capilotade, plus que jamais, dans les aigus. Et Mark E. Smith, conscient de l’effet du procédé – sur nos nerfs, sur nos dents – de s’y complaire autant que possible ; d’en user à des laps qu’il aura décidé, façon supplice de la goutte – mais révisé à sa manière. Pas avare, sur le coup ! Pourquoi une simple goutte quand ce sont de pleins seaux qu’il nous tient en réserve ? Glacée, la flotte, s’entend ; et puis pas trop propre, excusez du peu. En plus, cette fois-ci, l’attaque est pragmatique. Ça parle de ces organismes qui reprennent vos crédits : sous l’air bonace et les promesses, ces gens vous disent en fait que vous n’en serez jamais défait ; vous coulerez sans fin, des agios aggravés au bout de la chaine fixée à cet anneau qui vous bouffe la cheville… Nouvel album studio ; le troisième, après un disque en public – Totale’s Turn – qui n’a pas entamé, loin s’en faut, le goût pour la castagne, pour la confrontation, du groupe et de son meneur, surtout ; et donc : nouvelle approche pour the Fall, qui se soucie moins que jamais de rester où l’on croyait l’avoir vu se planter. Toujours pareil mais en variant l’angle d’attaque, les points d’où déferleront, cette fois, les averses de mandales. Smith, donc, revenu quelque peu – pour l’instant, sur la longueur de celui-là – de ses essais dans les contrées de la littérature d’horreur, du fantastique, de la fiction d’effroi. Pas que le verbe soit moins tordu – d’autant qu’il ne se gêne pas, toujours moins, même, d’en mâcher une bonne moitié – mais ses histoires visent cette fois en plein trivial, en plein réel palpable, matériel, présent et indéniable. Les cibles de toujours sont encore assaillies, bien sûr. Les cliques des classes moyennes, des étudiants qui se donnent des airs de révolte à bon compte, T-shirts alternatifs en signe de connivences ; et qui traitent les Noirs avec condescendance, avec cette gentillesse doucereuse de ceux qui se pensent au-dessus par vertu de naissance ; des fiottes, ça va de soi ; et tous ces groupes anglais qui ne se sentent plus rien faire – "comme des paysans qui lampent du lait à l’œil" – dés que se profilent le rivage, le contrat d’Amérique ; de bons tarés aussi, d’ailleurs, ces Californiens ! Obsédés, violeurs, assassins ; etc, chacun pour son grade. Le sens de la terreur ramené de ses essais dans le pur fictif, Smith l'applique maintenant à même la crasse des jours. Ça parle des morts qui n’agissent pas, des avantages politiques à tirer de cette constatation. Et des vivants qui ne font pas mieux, parfois. Ou ça décrit le quotidien morne du chauffeur de semi-remorque : parking miteux ; hôtels foireux ; excès de vitesses ; journées qui font bien plus que le tour de cadran. Plus loin, Mark rêve qu’il en tire un vite fait dans le parc… Pendant ce temps, le junky se réjouit : c'est vendredi, le jour qu'il touche son gramme. Et tout ce qui y passe se dit en mots râlés, diatribes glissantes, poissées, hirsutes et barbelées ; bribes foutument pertinentes, quand on se pique d’y creuser, passés l’outrage à l’articulation, le délit de cet accent balancé dans nos faces. Les autres, derrière, autours, cherchent des matières neuves – vierges à leurs sévices – pour s’adonner au tronçonnage. Tiens ! Ce seront pour celui-là des bouts d’un rock de pub véloce, mal dégrossi – autant déglinguer ce qui pour l’heure fait florès ; même, cet espèce de swing blanc, presque appalachiens – je ne sais pas qui avait nommé cette manière là ‘country and northern’ mais c’est au final très bien vu (en rappel ironique de ‘country and western’, musique la plus typique du pays des cowboys – le Nord prolo de l’Angleterre remplaçant ici les plaines à perte de vue… Et les files de chômeurs les troupeaux innombrables ?). On jurerait même à un moment entendre du banjo ! Il y a du kazoo, c’est sûr. Des claviers qui surlignent les motifs de trois notes répétés à l’envi : irritants, obsédants, irrésistibles. En poussant la vitesse, The Fall trouve le moyen de déboussoler encore tout en gagnant en force d’intoxication, d’accoutumance. Toujours meilleures, plus imparables les accroches – brillantes en rythme comme en chantant. Toujours plus obnubilées, excessives, martelées jusqu’au vertige, plus loin que la nausée, les répétitions. Toujours moins possible de les lâcher une fois qu’elles nous ont pris. L’essence même de toute musique populaire : air habile, boucles immédiates et redites souvent, pour qu’on assimile, pour qu’on les transmette, en variant à peine. Créations instantanées. Mais le tout mené jusqu’à l’absurde, en explosant même toutes limites pour voir ce qu’il en sera de ceux qui ne s’enfuiront pas. C’est presque du music hall, allez ! Il y a des parades, même ; du narrateur symbolique, du personnage fictif pour incarner le Peuple : J. Temperance ! Franchement, se choisir un tel alias quand on picole comme ce type là… Le son, au fait ? Il est excellent, voilà. Pas gonflé pour les stades mais parfaitement lisible, toutes les parties de chaque instrument bien détachées, contrastes justes, reliefs. Quelques effets parfois, échos sur la voix en fin de refrain, qui agrandi l’espace où ça tourne à la manie. C’est étonnant, même, la cohérence du disque sur ce plan – celui de la production – à voir combien pourtant ont planché sur la chose, sans forcément communiquer, se chargeant certainement qui d’une chanson et qui de l’autre. Comme si le groupe – Smith en tête – savait parfaitement où il voulait en venir, l’intervention de l’un ou l’autre aux machines n’y changeant au fond pas grand-chose. Allons ! Pour fermer le cycle, il fallait un Hymne. Fierté, frères de biles, camarades honnis ! Ça monte du fond de la salle : Le Nord Se Relèvera – Il Triomphera, même. The North Will Rise Again, clamé sur près de dix minutes. Tout ça n’est toujours pas très clair pour autant, d’ailleurs : Mark y met KO son ami d’affaires, certes ; mais c’est l’autre qui n’avait rien compris ; ces empaffés du sud ont changé sa chanson – eh quoi ! Faire de la romance avec ses sales histoires ! Trahisons ; vengeances ; des beignes à foison pour ces chancres de hippies ; revanches ; macérations… Ce qui est certain, c’est que les gars du Nord grandis sous le Joug, mauvaise dentition, mains calleuses, teint de caveau, vont bien finir par déferler – et pas dans dix ans – pour mettre tout à sac. Folklore ? Peut-être bien. Mais gare à tes côtes, à tout hasard. Mark E. Smith approche du sommet où culmine sa méchante forme, tout debout sur son flot de Tourette jubilatoire. C’est son génie, il s’en fait le maître. The Fall vient de franchir un palier dans son art de perforer, de défoncer ; d’éclater tout ce qui fait obstacle, réserve, carburant pour sa fabrique à démolir. Et puis... Vous avez vu cette pochette ? Le monde est toujours moche. Les jeunes cons font de l’acné autant que des crises narcissiques. Le camion trace dans son labeur. Le groupe sur la cassette orange s’appelle ‘les Riens-du-Tout Rampants’ ('The Creeping Nobodies’). Ah oui, tiens ! Parce que cette fois c'est en couleurs. En teintes outrancières, mêmes, en à-plats bien vulgaires. En machins tout criards. Ça vous explose la rétine. Et ça n'est pas un accident.

note       Publiée le lundi 6 février 2012

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Klarinetthor › mardi 2 octobre 2018 - 16:50  message privé !

La classe mancunienne

Dioneo › dimanche 2 août 2015 - 02:42  message privé !
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Ah mais non... Ça fait semblant d'être torché (au sens viteuf-pas-travaillé... torché au sens ivres, il est probable qu'une partie au moins des membres du groupe l'aient été à l'époque de l'enregistrement de ce disque). Mais ça ne l'est pas, c'est simplement euh... "rude". Le son est loin d'être dégueu, aussi - franchement par rapport à Dragnet par exemple c'est même carrément propre. Je veux dire... Le grain en soi ça ne définit pas un genre englobant, disons. Et sur celui-là, je n'entend vraiment pas du "n'importe comment" ! (Du "trop" long exprès oui, par exemple et par contre mais... justement, ça me semble évident que c'est à dessein, sur une truc comme The North Will Rise Again ; et l'agaçant aussi, ça me semble clair que c'est voulu - mais encore une fois plus comme "allez bien vous faire foutre" que comme "rien à foutre" (qui au fond peut être parfois une forme bien plus poseuse de pose... je ne dis pas que c'était le cas pour Sebadoh, d'ailleurs, que j'aime plutôt bien pour ce que j'en connais et qui m'a toujours paru un truc plutôt brut-de même dans son côté tordu, cf le texte de On Fire qui ouvre Harmacy, par exemple)).

Seijitsu › samedi 1 août 2015 - 19:27  message privé !

The Fall sonne pas ado en effet, mais branleur, clairement trouvais-je ! J'ai pas d'exemples précis en tête car je l'ai peu écouté ce Grotesque. Mais son côté "on envoie la sauce n'importe comment" avec ce son très amateur me font penser aux délires des Ricains. Après, j'aurais pu faire un lien avec l'esthétique lo-fi au sens large tant ce disque en dessine les prémices.

Dioneo › samedi 1 août 2015 - 18:57  message privé !
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Ah ben... Voilà ! C'est un peu ce que je voulais dire, l'autre fois - tu me demandais - avec cette histoire de comparaisons que je trouvais saugrenues ou du moins qui ne me seraient jamais venues. Sebadoh, c'est quand-même très ado-branleur et très indy-DIY 100% américain dans le son et l'esprit, je trouve, alors que The Fall... Quand même difficile de trouver un truc qui sonne plus Angleterre du Nord pas détendue, je dirais ! (Et puis celui-là particulièrement - quels que soient les emprunts country). Je ne trouve vraiment pas que le côté "lo-fi" fasse "lien" entre les deux, quoi (sur ce disque ou avec d'autres de The Fall). Enfin... Disons que je ne vois pas trop où tu vois la ressemblance, quoi - ne l'entendant moi vraiment pas.

Seijitsu › samedi 1 août 2015 - 16:15  message privé !

J'ai un peu de mal avec celui là, alors que Hex Enduction Hour et This Nation's Saving Grace m'ont parlé immédiatement. C'est peut être parce que j'y entends déjà les délires lo-fi/collages sonores un brin casse couille de Sebadoh (et dont je ne raffole pas donc). Ou alors, je n'ai pas choisi le plus accessible.