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The Legendary Pink Dots › All the King's Horses

cd • 12 titres • 56:47 min

  • 1The Unlikely Event4:12
  • 2The Way I Feel Today3:41
  • 312TH5:35
  • 4Our Dominion5:57
  • 5Chain Surfing4:42
  • 6Juste Wave3:57
  • 7It’s the Real Thing4:28
  • 8A Bargain at Twice the Price7:17
  • 9Daisy0:43
  • 10Birdie6:01
  • 11Lisa Goes Surfing3:10
  • 12Wax and Feathers8:29

extraits vidéo

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enregistrement

Enregistré, produit et masterisé par Raymond Steeg

line up

Martijn De Kleer (guitares, violon, basse, percussion, mandoline), Edward Ka-spel (voix, claviers), The Silverman (claviers, électronique), Niels Van Hoorn (saxophones, instruments à vent électriques, flûte, clarinette basse)

remarques

"Paixystaproje finistralizh : Sing while you may !"

chronique

Styles
ambient
folk
pop
psychédélique
Styles personnels
humpty dumpty had a great fall...

"And all the King’s Horses/And all the King’s Men/Couldn’t put Humpty together again"… Le hasard des écoutes, des objets qui nous échoient, a fait que j’ai découvert cet album – All the King’s Horses – longtemps après son vis-à-vis, son autre, son complément et son symétrique – All the King’s Men ; à l’inverse de l’ordre logique qu’induirait la comptine. Mais les simples logiques sont de bien peu de poids lors qu’on aborde l’œuvre des Pink Dots ; eux les contournent et les confrontent ; quand il faut, les chantournent en songes. Et le hasard peut faire beaucoup, lorsqu’on s’expose à leurs pléthores plus qu’abondantes : piégées, codées, pièces cachée dans les plis ou sur les sommets. En l’occurrence, l’accident fut heureux. Car …Horses reprend l’histoire juste où …Men l’avait laissé. Ou plus précisément, au moment exact d’avant la chute, la lancée vers l’impact fatal : rappelons que le diptyque nous place du point de vue d’un homme vivant ses dernières heures, ses derniers instants, enfermé dans un avion lancé vers sa destruction, vers celle d’une destination – terre ou édifice, rien ne nous est précisé – qui le fait projectile, et non plus véhicule. Contre son gré, bien sur, et sans qu’il puisse rien empêcher. Symétrique, disais-je, à son autre volet. Mais pas tout à fait, pas si simplement. Le ‘fâcheux évènement’, sur les deux disques, semble d’abord être le même. Il conclut l’autre, en plage purement musicale, qui s’emballe, s’intensifie, se précipite interminablement vers l’explosion inévitable, l’embrasement qui finit tout. L’instant qui le précède, disais-je, fait l’entame de celui-là. Le passager, au moment où l’appareil prend son dernier virage, tente d’appeler sa femme, une dernière fois, pour dire adieu, pour lui souhaiter bonne vie. Il n’y parvient pas, se bute à la non-présence d’une voix de messagerie. Autour de lui, les autres paniquent, l’hôtesse – dérisoire routine d'un sécurité qui ô combien ne peut plus faire illusion – l’enjoint de raccrocher, d’éteindre le portable. Mais la lumière, d’emblée, n’est pas la même. L’homme sourit. Dans sa tristesse, au dernier point de sa tendresse, il trouve le calme nécessaire pour délivrer son dernier dire – prévenir celle qui reste après lui. De vivre, d’essayer toujours, car il est temps, il est grand temps. Il n’est pas de sérénité possible, bien sur, en ces heures où l’ombre est toute proche, tout autant inéluctable ; pas vraiment. Pourtant le ton est net, la voix claire ; poignante mais parasitée de nulle amertume inutile, n’offrant en dernière audition que celui qui aimait, de toute volonté… Avec pour seule angoisse de n'être pas entendue, à travers les clameurs de celles en perdition. Et le drame, d’ailleurs, ne sera pas cette fois mis en scène. L’écrasement, le feu, le vol anéanti ne seront pas entendus. La plage qui suit, directement, évoque le deuil, le décrit. Mais du point de vue du mort, qui quitte pour de bon notre sphère, vient voir une dernière fois les siens qui, eux, ne peuvent percevoir sa présence. Il nous conte, il voudrait leur dire l’absurdité des sacrifices faits : de ceux des autres passagers, emmenés trop jeunes, partis en larmes ; de ceux, semble-t-il, qui se sont fait rouages dans cette pauvre tragédie, sabotant la lancée pour que vienne la perte. Il y a de la colère, certes, dans sa voix, des regrets, encore, d’en finir si tôt ; mais ce n’est pas un ressassement ; plutôt un solde de tous comptes où voudraient se glisser, aussi, les mots de réconforts, l’exhortation à courir loin du drame. Le souvenir des joies infimes ou aigües, des espoirs et des courses qui dessinent une vie. Car à partir de là, c’est un autre voyage qui commence, étrange, curieux à déchiffrer, nimbé de la poésie particulière de Ka-Spell, narré de son timbre plus ambigu que jamais ; et de l’art tout spécial, aussi, de ces autres musiciens qui se jouent des évidences, en jouent comme d’autant de trappes ou se tapir et attirer. La duplicité du monde demeure – Our Dominion, où l’intimité des amants et des peuplades doit se dissimuler plus loin, derrière plus de murs, se concentrer d’avantages à ses instants uniques, à mesure que les civilisations s’étendent et se font plus complexes – mais la forme se fait limpide. Car cette pièce singulière est, pour la forme, un pur moment de pop aux timbres clairs-obscurs mais aux lignes parfaites, avec son orgue en louanges et sa flute en lampe sourde. Et de là tout devient plus étrange encore, à mesure. A chaque index, il semble qu’on s’éloigne un peu plus du point final qui avait fait départ. Les retours sur les épisodes vécus se tendent et se propulsent d’élans toujours plus lucides, quant aux erreurs commises, aux faiblesses, aux complaisances passées, à ce qu’elles ont gâché. Ça et là, le son d’une nature détachée semble vouloir poindre – les passereaux puis les vagues, sur Chain Surfing, qui viennent couvrir en derniers instants sa boîte à rythmes désuète, ses synthés en plastique plein. Just Wave… L’amertume pourrait peser, briser l’enchantement sur It’s the Real Thing – le propos, après tout, est quasiment le même que dans le Holiday in the Sun des Sex Pistols, quelques trente cinq ans plus tôt : des vacances bon marché dans la misère de quelqu’un d’autre… Sauf que cette fois encore la forme - aérée, même rêveuse dans sa légère gravité en arpèges mineurs – désamorce tout sarcasme et ne fait de cette vison décillé qu’un pas de plus hors de cette médiocrité fuie, même plus honnie puisque tout ce qui reste tend vers l’élévation hors de ses engluement… Après tout cette chute n’était peut-être qu’un signe, une prophétie, l’annonce d’une autre ère. L’augure avant-coureur d’une humanité qui tout entière finit. A Bargain at Twice the Price (titre ironique s’il en est : Une Bonne Affaire à Deux Fois le Prix…) fait écho, dans ses lignes mélodiques, aux méditations magnifiques de Marz Attacks, sur All the Kings Men – mais c’est cette fois-ci une fête synthétique, sur une métrique balancée, des riffs voilés, une narration qui s’absorbe sous la matière sonore ; une danse de dernier soir, encore. Mais sans panique, toujours, et l’œil bien ouvert. Qui rit de son absurde mais échappe, en le voyant, à tous les plats sarcasmes… De justesse, de grâce. Vienne l’exil, où l’on laisse sur place l'oiseau fidèle dans sa cage. L’humanité s’en va, fuit, son effondrement. Trouve-t-elle dans son abandon une ultime sagesse ? Difficile de juger ce qu’Edward veut en dire. Car à partir de là, nous voici hors de tout repère. Qu’en est-il de ce monde décrit dans les deux derniers morceaux de la suite ? Il semble, à y prêter l’oreille, qu’il n’ait pu émerger qu’après notre passage. Terre nouvelle, transformée, peuplée d’humains mutés ou bien d’une autre espèce, évoluée sans doute après notre extinction. Impossible de dire, avec certitude, à quel règne appartient cette Lisa qui s’en va chevaucher à la crête des vagues. Si l’être qui parle, désormais, la portant sur le flot, est réincarnation de l’âme autrefois abîmée ; si Edward dérive, s’égare dans son oracle ; si l’homme dans la carlingue, délire une échappée au point de l’imminent passage. Le fabuliste et ses complices ont basculée l’histoire, escamoté cette morale qui en aurait scellé la fin. Et l’image en miroir nous aspire, nous plonge une dernière fois à l’opaque de son tain. "Je volerai vers toi… Fais-moi simplement signe". Ce sont les derniers mots. L’homme raccroche avant que tout ne sombre. Et tous les chevaux du Roi ne pourront rassembler les fragments de ces vies. Et nous seuls verrons - "Let's... Live..." - quels cieux y reflèteront.

note       Publiée le samedi 28 janvier 2012

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Dioneo › samedi 28 janvier 2012 - 23:25  message privé !
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Eh eh... Il m'avait semblé, oui !

Tu ne perdrais pas à t'essayer à la face 'tous les hommes' du diptyque, du coup, me risquerais-je à suggérer, camarade Solvy.

Solvant › samedi 28 janvier 2012 - 23:20  message privé !

Ah !!! celui-là ! Un de mes préférés parmi mes préférés.

Note donnée au disque :       
Dioneo › samedi 28 janvier 2012 - 23:19  message privé !
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Ouep... Sans doute l'une de mes préférées des Points Roses toutes époques, celle-là.

Miraculeuse, je dirais.

dariev stands › samedi 28 janvier 2012 - 23:16  message privé !
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aah, our dominion...