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The Legendary Pink Dots › All the King's Men

  • 2002 - Roir, RUSCD 8278 (1 cd)
  • 2002 - Roir, RUSLP 8278 (2 vinyle)

cd | 10 titres | 66:06 min

  • 1 Cross of Fire [4:48]
  • 2 The Warden [4:36]
  • 3 Touched by the Midnight Sun [4:58]
  • 4 Rash [5:50]
  • 5 The Day Before It Happened [5:04]
  • 6 Brighter Now [6:00]
  • 7 Marz Attacks [6:44]
  • 8 Sabres at Dawn [2:25]
  • 9 All the King’s Men [11:41]
  • 10 The Brightest Star [13:22]

extraits vidéo

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line up

Martijn De Kleer (guitares, violon), Edward Ka-spel (voix, claviers), The Silverman (claviers), Raymond Steeg (sorcellerie sonore), Niels Van Hoorn (cuivres électriques)

remarques

"Allzheman Gezthonze - Sing while you may"

chronique

Toujours du regret ? De la vie qui s’échoue, épuisée à mi-chemin de ne jamais s’être accomplie ? On pourrait le croire, une fois de plus : le craindre, se demander pourquoi encore. D’autant que tout commence par cet étrange cauchemar – Cross of Fire – hanté de culpabilités vagues quant à la faute commise ou soupçonnée, sa nature, ses juges ; mais qui serre son emprise sur celui qui raconte, fige ses mots aux tracés des rues droites où l'on reste, ville anesthésiée dont le confort se paye d’un poids mort au thorax porté ad vitam. Et pourtant non, pas tout à fait. Très vite, des lignes se dessinent, s’esquissent, qui veulent percer le cercle clos. Des indices fugaces nous racontent autre chose, infléchissent le fil, font se relâcher les mailles. Ce rayon de pure lumière liquide, par exemple – sur The Day Before It Happened – qui, si furtif soit-il, nous coule sa chaleur, le temps d’un instant ; cette surprise qui parfois nous frappe, nous éveille soudain au cœur même du moment où sombrait la conscience. All the King’s Men ne sera pas – comme parfois d’autres Pink Dots – qu’une collection d’existences défaites, étiolées, maintenues au seul plan de la subsistance mécanique, artificielle, en attendant l’ultime minute où enfin elles s’abîmeront. Cet album, au contraire – comme All the King’s Horses, qui en est l’autre part – gravite plutôt qu’il s’y attache autours d’un épisode – le dernier – dans les jours d’un homme. Anonyme, ordinaire, voyageur né dans nos contrées, à la jeunesse sans doute révolue. Et de l’ultime coup du sort qui vient briser, précipiter sa tranquille trajectoire. Sorties – comme l’autre part du diptyque – en septembre 2002, soit un an environ après l’assaut et la destruction des Twin Towers, les dix morceaux, chansons et plages de sons, bribes mélodieuses, soliloques sur fond de textures mouvantes et synthétiques… Orbitent autours, traversent, éclairent brièvement – ou bien les enveloppent de termes sibyllins - les dernières heures d’un passager, prisonnier dans l’avion qui file vers sa cible. Un type marié, sûrement ordinaire, moyen d'apparence ; qui tente contre toutes règles dérisoires – la sécurité du vol, voyez-vous, dans de telles circonstances… – de joindre son épouse, une dernière fois. Pas pour crier, pas pour le drame, pas pour lui délivrer d’extraordinaire message. Mais simplement pour dire au revoir. Adieu. Et qu'elle embrasse pour lui les proches. Parce que c’est ainsi qu’il faut prendre congé. Dans l’intervalle, et depuis ce point final où se dilatent les secondes puis se contractent leurs fractions, la narration, l’introspection, la lumière nouvelle jetée sur tout ce qui sombre, passent par divers états, changeants, s’attachent le temps d’une plage aux racines du moment terminal. Dans le demi-sommeil des longs trajets – avant que ne soit su le sort en train de se sceller – l’esprit caresse de dérisoires, de pragmatiques projets – peut-être, l’année prochaine, partirons-nous plus loin ou ferai-je soigner mes dents. Dans la lucidité que donne la distance – la hauteur, possiblement – le type contemple la vanité de tout regret, formule des périodes limpides, énonce la tragédie feutrée des hasards, qui font que celui-là, parmi les hommes, ne scintillera jamais de l’éclat qui ailleurs aurait été sa chance… Aussi, dans un éclair d’incertaine voyance, lancé sur le monde qui restera passé l’assaut, on nous parle du gardien – et du prisonnier se tournant vers la Mecque, de leurs dialogues tus où chacun pointe, en guise d’explication au désastre en poursuite, les idoles de l’autre et les vertus éteintes. Et puis le jour avant que cela n’arrive ; et puis les pièces jetées dans la fontaine ; les souhaits, les vœux en lettres mortes ; le solitaire dont le reflet, à se contempler, n'en finit pas de tourner fou ; et le jour où cela aurait dû, rien n’est arrivé. Et pourtant non, pas du morne regret ; pas de remord, pas tout à fait. Toutes les considérations ici tournées, tout ce qui ailleurs – au hasard : sur le Shadow Weaver sorti dix ans plus tôt par le même groupe, au membre près – ferait ruminations, s’innerve là d’une clairvoyance qui fait passer la conscience des innombrables rêves à jamais irréalisables – parce que maintenant, il est trop tard – du côté de l’amour, plein, flammèches, velours chaud ; de tout ce qu’on a voulu, de ceux qui nous reste chers au moment de finir. Ici, comme très souvent chez Ka-Spell et les siens, l’individu est dépassé, impuissant face aux forces d’un absurde destin, de civilisations aux manières aliénées, abîmées, tout simplement usées par les mauvais usages. Mais comme rarement ce narrateur, ce figurant supposé qui s’empare de la parole, s’il ne peut s’opposer à la marche qui l’emporte, sait au moins la contempler, en peser toutes fins et dire : voilà ce qui fait chute ; toutes ces orbites faussées, je sens leur mouvement précis ; et ce n’est pas en vain que j’ai aimé ce qui se brise… Question de son, aussi, de couleurs, de timbres ; d’arrangements faussement lâches où la rêverie se pare magnifiquement de toutes ces aspirations, des peurs qui les rendent précieuses, étendent l’espace de la cabine aux espaces de tout temps, à jamais désirés. Par passages, l'homme disparaît ; se tait complètement, laisse respirer un piano miroitant, les textures cristallines ou obscures des claviers, les lignes lentes et étirées d’une guitare en échos. Les sons de l’appareil bientôt en perdition, aussi, se font entendre – sifflement des réacteurs, grondement lointain de l’air sur la carlingue – propices à nous transmettre, à notre tour, cet état d’hypnose contemplative aux yeux grands ouverts, cette hauteur d’au dessus des nuées qui oblige la vue à darder sa clarté. C’est peut être une pudeur, aussi, que jette avant de conclure le porteur de l’histoire : afin qu’à nous pas plus qu’à ceux dont les instants s’achèvent s’impose l’obscène spectacle d’une panique à bord… Et le dernier mouvement est comme inversé, en reflet. L’appareil fonce, de plus en plus vite, portant déjà les morts de part et d’autre de sa coque. Mais c’est une montée – à nos sens – bien plutôt qu’une chute. Ça n’est pas une angoisse, pas seulement, qui s’intensifie aux cavalcades du violon, à la guitare qui crie ses motifs emportés, d’une danse d’orient ou bien presque celtique, aux battements binaires des machines, si longtemps retenus avant que n’envahissent les nappes basses et profondes. Paradoxalement – donc en terrain parfait pour l’art de ceux-là – c’est une libération qui semble exploser quand l’emballement trouve le point d’impact. C’est l’explosion comme phénomène purement physique, où s’annulent à la fin morales et macérations. Suivent les flammes. Suivront les deuils. "Et nous ne sommes tous que des iles/Mais sur certaines, le soleil… ne brille jamais". Certes. Et c’est sans appel. Mais par la grâce des conteurs, nous remonterons bientôt à l’instant juste avant la mort ; qui sait, cette fois, quelle conclusion y trouvera cette même voix ?

note       Publiée le samedi 28 janvier 2012

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Dioneo › dimanche 14 février 2016 - 16:38  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Aaaargh... The Brightest Star ! Ça faisait un moment que je me l'étais pas envoyé, ce disque... Quel final, dediou.

fab22 › mardi 21 avril 2015 - 15:39  message privé !

de bons moments mais certainement l'un des moins bon albums des Dots

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Dioneo › dimanche 29 janvier 2012 - 00:19  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Oh, tu sais, je pense que ma très légère préférence - même très très et même pas à chaque fois, en fait - pour celui-là vient peut-être aussi de ce que je l'ai écouté avant l'autre. Maintenant, il m'arrive rarement d'en mettre un dans le lecteurs sans que l'autre suive. Et généralement dans cet ordre (Men puis Horses). D'où, peut-être, que je puisse trouver d'infimes longueurs aux Dadas alors que rarement aux gars. (Mais c'est vraiment à même pas ça près).

Solvant › dimanche 29 janvier 2012 - 00:14  message privé !

Je l'écoute peu car les Chevaux me sont tellement omniprésents que les Hommes ont eu plus de mal à se frayer un chemin que je commence cet hiver seulement à reconnaître à colin-maillard.

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Wotzenknecht › samedi 28 janvier 2012 - 18:02  message privé !

Rien que pour The Brightest Star, que je remets derechef...

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