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The Beach Boys › Smile

cd | 19 titres | 79:00 min

  • 1 Our Prayer [1:05]
  • 2 Gee [0:51]
  • 3 Heroes And Villains [4:52]
  • 4 Do You Like Worms? (Roll Plymouth Rock) [3:35]
  • 5 I'm In Great Shape [0:29]
  • 6 Barnyard [0:48]
  • 7 My Old Sunshine (The Old Masterpainter / You Are My Sunshine) [1:55]
  • 8 Cabin Essence [3:30]
  • 9 Wonderful [2:04]
  • 10 Look (Song For Children) [2:31]
  • 11 Child Is Father Of The Man [2:10]
  • 12 Surf's Up [4:12]
  • 13 I Wanna Be Around / Workshop [1:23]
  • 14 Vega-Tables [3:49]
  • 15 Holidays [2:33]
  • 16 Wind Chimes [3:06]
  • 17 The Elements: Fire (Mrs. O'Leary's Cow) [2:35]
  • 18 Love To Say Dada [2:32]
  • 19 Good Vibrations [ 4:15]

enregistrement

Produit par Brian Wilson - Enregistré du 11 Mai 1966 au 19 Mai 1967 aux United Western Recorders (Hollywood, CA), et à Los Angeles aux Gold Star Studios, Sunset Sound Studios et Columbia Studios (8-pistes) sur Sunset Strip, sauf Good Vibrations, enregistré du 17 Février au 1er Septembre 1966 - Ingé-son : Chuck Britz

line up

Al Jardine (chœurs), Mike Love (chant lead, chœurs), Van Dyke Parks ((piano droit, paroles)), Brian Wilson (chant, chœurs, clavecin, harmonies, composition), Carl Wilson (guitare, chant lead, chœurs), Dennis Wilson (chant), Bruce Johnston (chœurs)

Musiciens additionnels : Carole Kaye (banjo, basse), William Green (clarinette), Sam Glenn (saxophone) - Membres du 'Wrecking Crew' (musiciens de studios de Los Angeles) : Hal Blaine (batterie), Lyle Ritz (contrebasse), etc...

remarques

Titre original : Smile - Titre de la réédition 2011 : SMiLE Sessions - à noter que L’intro est en partie une reprise de « Gee », morceau doo-wop des années 50 des Crows, également repris par les Mothers Of Invention la même année en concert - Le premier CD de l'édition double comprend, en plus de la tracklist "originale" de Smile ci-dessus, les bonus tracks suivants : You're Welcome, Heroes And Villains (Stereo Mix) , Heroes And Villains Sections (Stereo Mix), Vega-Tables Demo, He Gives Speeches, Smile Backing Vocals Montage, Surf's Up 1967 (Solo Version), Psycodelic Sounds: Brian Falls Into The Piano, Untitled ; portant le tout à 28 titres

chronique

Styles
musique classique
pop
psychédélique
Styles personnels
california godlike music

C’est plutôt amusant de voir sortir un disque dont on parle en long en large et en travers depuis bientôt 45 ans… Point de suspens, cette version est celle qui vous faut, bien plus que les versions bootlegs (en tout cas celles que j’ai écoutées… il y en a tellement), et bien plus que l’onéreuse et hénaurme édition coffret, qui contient surtout un historique des work-in-progress de certains titres, très instructif mais n’apportant rien de plus à l’album lui-même (même si isoler la basse de Heroes & Villains ou Good Vibrations est un vrai cours de ‘pop mille feuille’ par les plus grands du genre… un cours à 100 euros quand même). Il y a de quoi se demander, en écoutant le disque en entier, ce qui a pu lui manquer pour qu’on le considère ‘inachevé’… On a tellement parlé de cette introduction solennelle et recueillie, de ces premières chansons parfois flippantes, révélatrices de la dérive paranoïaque de Wilson. Do You Like Worms, en plus d’avoir un titre qui a sûrement horrifié les autres frères Wilson, semble un collage instable et dada. Sur Heroes and Villains, les chœurs ralentissent comme une boite à musique qu’on cesserait progressivement d’actionner, puis plane un silence dans lequel la voix chaude et familière de Brian Wilson retentit... Avant la reprise, manège inquiétant et lynchien avant la lettre… Tout en se voulant complètement guilleret et naïf. Comme tous les grands chef d’œuvres, et surtout en Pop, Smile contient en lui l’union des contraires : l’intimité douillette et domestique de l’enfance et le grandiose appel d’un Dieu vers lequel Wilson a entièrement dirigé son disque (en ce sens, il peut se considérer comme une réponse aux Beatles "plus populaires que le Christ"). Une union des contraires symbolisée par ces marimbas qui laissent la place à d’impressionnantes coulées de cordes (Wind Chimes, Cabinessence) et des chœurs ensorcelés qui jaillissent comme d’un volcan. Ce n’est pas un hasard si tout Smile est pétri d’influences Hawaïennes, on y entend bien la lave fuser sous les plages torrides, tout comme les traces parfaitement intégrées et digérées d’exotica, genre californien par excellence. Mais l’alliance du trivial et du majestueux ne s’arrête pas là… Les Beach Boys ont l’innocence, le soleil et la dolce vita californienne tatouée dans la voix, c’est un fait. Mais ils chantent ici des textes de Van Dyke Parks, éminence grise et parolier de l’album à l’influence capitale… Cet intello un peu mystique apporte une dimension littéraire à l’œuvre, comme par exemple ce Child is father of the man, un mantra piqué à Wordsworth, où l’on croit surprendre un dieu barbu allongé sur les cumulus, à des années-lumière au dessus de nous, en train d’amonceler les nuages environnants en préparation de la pluie qui s’ensuit, magnifiquement illustrée par la reprise des chœurs et un son de trompette, avant les soubresauts de l’orage, atténués, comme perçus depuis derrière une fenêtre… Et que dire de Cabinessence, véritable jardin japonais au mystère immaculé, comme recréé par un écrivain naturaliste, retiré dans sa cabane au bord de son étang pour mieux méditer. Wilson fait ici sonner le banjo texan comme si c’était un shamisen, et inaugure la partie la plus intense et spirituelle du disque, qui continue avec Look (qui semble démarrer comme un appel du royaume des cieux) s’achevant en apothéose sur un Surf’s Up à couper le souffle. Cette trilogie informelle (Look/Child/Surf’s Up), pourtant bien liée par des leitmotiv récurrents, nous fait nous sentir comme Humbert Humbert là-haut sur sa colline, surplombant les cris de jeu des enfants dans la vallée, alors que se révèle à lui la beauté du paysage immense qui s’étend à ses pieds… Et de ce pays gigantesque dont Wilson aura chanté le way of life, sans ironie ni consumérisme, un exploit. Et on repasse instantanément vers l’infiniment petit : Workshop et ses sons concrets de bricolage à peine accompagnés par 2 notes de xylophone, Vege-tables et ses bruits de bulles, de légumes croqués devant le micro (par Paul McCartney himself, qui croque les carottes comme un maître, pour l’anecdote)… Mon petit doigt me dit que Wilson se souvient avec émotion des vacances d’été passées près de son grand-père qui bricolait au fond du jardin. Et finalement, ce n’est qu’avec le final, Good Vibrations, qui tombe ici comme une évidence, que ce disque prend des allures de ‘symphonie adolescente adressée à Dieu’ comme le voulait Wilson, puisque tout le reste n’est qu’une sublime ode à l’enfance, son émerveillement, la sensation de se sentir tout petit devant les choses, et en même temps de ne faire qu’un avec ces détails si minuscules et éphémères… Tout ceci est donc infiniment plus ambitieux que les Beatles (on a pas dit "mieux", hein), et infiniment plus respectueux de l’héritage "classique", que Wilson veut visiblement intégrer à la pop, afin que musique savante et populaire ne fassent qu’un - finalement le même vœu pieu que Zappa, qui apparaît au même moment. Pas d’expérimentations avant-gardistes en studio ici, ou peu (Wilson était sourd d’une oreille, donc mono obligatoire !), mais des violoncelles, un banjo mystique, des bois, des cuivres et une tortue dans un bac à sable… Ah, oui, car des expérimentations, en fait, il y en a eu, mais ce que Wilson a mal compris en voulant faire comme les Beatles, c’est le sens de la métaphore. D’où cette désormais mythique session d’enregistrement de la partie ‘feu’ des "Elements", où un orchestre devait jouer au milieu d’un incendie, et qui donna lieu à une non moins culte photo de Wilson totalement hagard, torse poil en studio avec son casque de pompier sur la tête, sorte d’enfant roi déguisé en Chostakovitch. Peu importe, puisque ici la musique dépasse la légende. Aucune importance que Smile ne sorte qu’aujourd’hui, il est intemporel. Et l’attirance de Brian Wilson pour la musique classique n’y est sûrement pas pour rien.

note       Publiée le jeudi 4 octobre 2012

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    Smile se devait d’être la réponse de Wilson à ce disque, mais Sgt Pepper sortira avant, laissant Wilson estomaqué, désespéré.

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dariev stands › dimanche 13 mai 2018 - 13:06  message privé !
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En fait, il y a de la science-fiction bricolée dans cet album, ce qui est assez dingue vu qu'en principe à l'époque, la plage et la sf ne se mélangent pas, à part peut-être chez les Pranksters (une plage de gars pas si laids, mais qui font peur aux familles). Il faut rendre à Joe Meek ce qui appartient à son "I Hear A New World" (LA grosse influence des Residents à mon avis, et qu'on aurait du chroniquer le premier jour du site)... Difficile de ne pas y penser en écoutant la version instru de "Good Vibrations", avec cette basse disloquée, cette oscillation un peu inquiète... C'est du hi-tech mono, haha.

merci pour le fusil... › dimanche 13 mai 2018 - 11:27  message privé !

C'est possible, mais alors une plage de gars laids, et non de sable fin.

Le Gnomonique › dimanche 13 mai 2018 - 10:12  message privé !

Suis-je le seul à y entendre The Residents ?

SEN › vendredi 21 octobre 2016 - 00:01  message privé !

Tiens je m’aperçoive que personne n'a jamais chroniqué l'album de Dennis Wilson ? Remarque je m'aperçoit également qu'il n'y a que 2 albums des beach boys sur Guts... Alors que bon... Friends, Sunflower, Wilds Honney, tout ça...

Note donnée au disque :       
PechMayneau › samedi 3 septembre 2016 - 01:43  message privé !

Très surpris de voir que le groupe s’enfonce définitivement ...

Note donnée au disque :