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Mohammad Reza Shajarian › Morghe Khosh Khan

cd • 10 titres • 71:06 min

  • 1Pish Daramad (Shoor)
  • 2Do Navazi Tar
  • 3Sazo Avaz (Shoor)
  • 4Tasnif (Payame Nasim)
  • 5Sazo Avaz (Hejaz)
  • 6Chahar Mezrab (Shoor)
  • 7Taknavazi (3 Tar)
  • 8Sazo Avaz (Masnavi Ya Aboo Ata)
  • 9Sazo Avaz (Dashtestani)
  • 10Tasnif (Morghe Khosh Khan)

remarques

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chronique

Styles
world music
Styles personnels
nouvelle musique traditionnelle + improv

Il faut bien commencer quelque part, alors pourquoi pas par la fin ? Qui plus est, avec cette énigme de "Morghe Khosh Khan", un disque impossible à acheter ni à trouver (sic), hormis en téléchargement ? Parce que l’histoire a parfois son utilité, il faut préciser que Mohammed Reza Shajarian s’est un peu retrouvé dans la merde quand il a commencé à balancer sur Ahmadinejad et Ali Khamanei en 2009 ; pire, le sagouin a eu le culot de dire que "une musique est incomplète sans le chant des femmes" ! Comme vous le savez, en Iran, les femmes peuvent jouer d’un instrument, mais n’ont pas le droit de chanter. Résultat, le type est tricard chez lui. Sauf que Shajarian c’est quand même la plus grande star de la musique traditionnelle Iranienne – bon, peut-être pas autant que Hossein Alizadeh, mais je parlerais de cette canaille ambivalente un peu plus tard ; et donc, il décide de prendre les armes et de monter au créneau avec un groupe (le Shahnaz Ensemble) monté de son propre chef, comprenant une quinzaine de musiciens, parfois sur des instruments de sa propre création (tranquille). Promis, je me dépêche pour en finir : vraisemblablement enregistré lors d’un de ses concerts européens, ce disque ( ?) invisible ( !) introuvable ( !!) est, comme qui dirait, l’œuvre au sommet du Shajarian créateur – succédant au Shajarian interprète. Oui, il faut préciser ceci, également : le type a ses cordes vocales enregistrées comme patrimoine mondial de l’UNESCO ( !) ; il a fondé une école de chant plus-sélectif-élitiste tu meurs (genre y’a 5 000 candidatures il en retient juste 3 ou 4. Véridique.) ; et qui, comme le souligne Jean During dans ses bouquins sur le sujet, contrairement à ce branleur d’Alizadeh qui s’épanche de dérives modernes en virtuosité contemporaines (y’a même un terme pour ce genre de branlage, l’alizadisme. Véridique.), Shajarian est peut être bien l’ultime gardien (disons, l’un des) de la tradition musicale (ne pas confondre avec musique traditionnelle, hein) ; de la tradition musicale, disais-je, celle qui n’en a rien à foutre de l’Islam (puisqu’elle la précède de quelque siècles), celle qui s’enseigne de l’oral, celle qui apprend par cœur les milliers de gushé, celle qui prie avec les chants des mystiques, qui croit encore à la science et aux mathématiques, celle qui improvise à l’envie sur ces modes d’expressions hérités des Grands Maitres. Shajarian maitrise absolument la grammaire de la musique Iranienne, bien entendu ; il en connait tous les codes, bien entendu ; mais là où il brille ici, c’est dans la création, dans la composition. Sortir du dialogue de la musique improvisée (dans laquelle Alizadeh est absolument imbattable) pour créer, dans l’esprit des Anciens, une nouvelle base, en poussant le vice on pourrait dire un nouveau chapelet de prières, un Nouveau-Nouveau Testament (ok je pousse un peu là, j’vais me faire brûler mes bouquins). En disséquant les codes ancestraux, puis en les formalisant avec de nouveaux modes d’expressions comme en témoigne ces "innovative instruments", tous dérivés des classiques Iraniens (le Tondar dérivé du Santur, le Sorahi dérivé du Kamanche, le Saboo, sorte de violon au son incroyable,…), Shajarian et ses Shahnaz réussissent l’exploit de rester à la fois dans les frontières de la tradition musicale iranienne (rythmes, radifs, sonorités, touché, doigté, improvisation), dans les poèmes antiques de ces grands romantiques de Perses nuls à la bagarre, et pourtant à dépasser les limites du monde sensible pour élever l’âme jusqu’aux sommets mystiques de la transe auditive, qui elle-même dépasse les limites de la chair pour se loger au-delà de notre esprit, loin au-dessus et en dessous comme une bulle illuminée par les reflets de l’âme sur le corps suave de la croyance (ou alors sur celui de Golshifteh Farahani). "Morghe Khosh Khan" n’est plus tout à fait là, et pourtant il n’est pas autre part : indicible, ineffable, sublime… ah au fait, j’vous ai pas parlé de sa voix ?

note       Publiée le vendredi 11 novembre 2011

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karl ingus › mercredi 17 février 2016 - 17:17  message privé !

Ca se chope où, comment et combien, légalement et physiquement, ce petit joyau?

necromoonutopia666 › mardi 26 mai 2015 - 11:12  message privé !

J'y connais que dalle en musique d'Iran, mais je dois infiniment remercier Saïmone pour la découverte. ça me transporte,ça crée en moi une sorte d'extase paisible que je ne ressent que rarement en écoutant de la musique, peu importe le style. Très très bon.

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Sirius › jeudi 23 octobre 2014 - 12:09  message privé !

Prix + pas possible de choper le dernier train = sans moi, mais c'est bien dommage, je serais curieux de voir ce que ça donne en concert. Sur ce disque, seule Chahar Mezrab me transporte vraiment ; difficile de ne pas se laisser emporter par ce tourbillon de notes. Mais j'arrive pas à trouver le reste plus que sympa :(

saïmone › mardi 21 octobre 2014 - 19:02  message privé !
avatar

Jeudi à Paris les amiches

Note donnée au disque :       
Alptraum › dimanche 7 septembre 2014 - 19:18  message privé !

Je reviens de trois semaines en Iran, ça fait du bien de tomber sur de la bonne musique Iranienne, ici !

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