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KRS-One › KRS-One

  • 1995 • Jive 01241 41570 2 • 1 CD

cd • 14 titres • 65:36 min

  • 1Rappaz R. N. Dainja
  • 2De Automatic
  • 3MC's Act Like They Don't Know
  • 4Ah-Yeah
  • 5R.E.A.L.I.T.Y.
  • 6Free Mumia
  • 7Hold
  • 8Wannabemceez
  • 9Represent The Real Hip Hop
  • 10The Truth
  • 11Build Ya Skillz
  • 12Out For Fame
  • 13Squash All Beef
  • 14Health, Wealth, Self

enregistrement

1994-1995 / Productions : KRS-One, DJ premier, Diamond D, Showbiz, Norty Cotto, Big French Prod

line up

KRS One (MC, prod)

Musiciens additionnels : Busta Rhymes (MC), Dj Premier (production), Channel Live, Fat Joe, Mad Lion, Dexter Thibou, Das EFX (Mc's)

remarques

chronique

Styles
hip-hop
Styles personnels
boom bap

Je n'ai pas de choses intéressantes à raconter sur la superstar des Boogie Down Prod qui ne soient facilement lisibles partout sur les webzines spécialisés. Je dois m'empêcher d'écouter la sixième piste pour ne pas mettre 6/6 direct à ce second KRS-One solo. Ma connaissance sur le personnage à la découverte se limitait aux quelques lyrics décortiqués et à la perception que j'en ai : celle d'une grande gueule imbue d'elle-même à s'en solidariser les chevilles, un ours philosphico-moralisateur à la tchatche musclée érigé au statut forcément un peu surestimé de dieu du hip-hop, dont les paroles sont bues par ses ouailles comme le miel par... l'ours... Mmmh ok c'est raté. Raté ? Le contraire de cet éponyme, qui est peut-être ce que le plantigrade a fait de mieux en solo, encore que la comparaison est serrée avec les deux qui l'entourent. On est en '95, et n'ayant plus rien à faire pour asseoir son statut de légende pionnier-culte-mythe-blabla-machin, KRS, aka Le Philosophe aka Le Professeur aka Krissou le Balèze, a dégainé en toute désinvolture une petite bombe à fragmentation, peaufiné le meilleur de Return of the Boom-Bap, sculpté en forme de monolithe la violence politique des Boogie Down pour atteindre une forme d'excellence, et dieu sait si la concurrence était rude à l'époque. La pochette est moisie, le blase guère plus engageant pour le néophyte, on remarquera la présence rédhibitoire de Fat Joe, pourtant c'est ici que se trouve le morceau ultime de KRS, "Free Mumia", salve sulfureuse pour la libération du militant afro Mumia Abu-Jamal, sur une prod de KRS himself dont le sample de piano se déploie par strates malfaisantes avec une effroyable fluidité, s'y superposant un tir groupé de flows simplement monstrueux (mention spéciale aux guests, qui y sont pour beaucoup et qui y firent leur fracassante entrée dans la lumière) et définitivement assise sur le trône des merveilles du hip-hop 90's par un refrain gravé au canif, à ranger juste devant le "Mitard" de Trust dans la liste des plus puissantes cecugec (chanson engagée sur un gars en cellule - vous l'auriez deviné j'en suis sûr). Le rire marshmallo-démoniaque de Kris au début, le ton délicieusement arrogant de ses poulains du moment Channel Live et leurs invectives enragées à l'encontre d'une certaine Delores Tucker, l'instru implacable, tout concoure à faire de cette chose un missile sol-sol à la percussion ultimissime et à l'onde de choc fukushimesque, laissant derrière elle la même odeur de soufre que les vieux Public Enemy, sans avoir besoin de tout le chaos urbain et les sirènes autour. L'année où il est sorti, ce truc a pété à la gueule de tout le monde sans prévenir, comme le "NY State Of Mind" de Nas. Le reste de l'album pâtit forcément de la comparaison, mais même dans les moments les plus mellows genre "Hold" ou dans le boom bap le plus pataud, ça suinte la maîtrise par tous les pores. Le feat. avec Das EFX sur scratches à l'ancienne, le tube "Build Ya Skillz" ou la dernière piste avec son synth délicieusement vintage sont des petites merveilles. Le style très 'monsieur je sais tout' de KRS et son flow ragga-isant et grassouillet ne seront certes pas de tous les goûts, de même il faudrait une seconde chro pour parler de toute la dimension socio-politique et spirituelle indissociable, même si pas indispensable pour kiffer vu la haute qualité des prods, mais malgré sa longueur discutable quasiment pas de remplissage ici. La qualité de cet album est-elle paradoxalement due au fait que Kris s'est plus investi dans les instrus que sur le premier ne laissant qu'une timide place aux grands gourous (Premier mais aussi Diamond D & Showbiz du mythique collectif D.I.T.C.) pour une mission de routine ? Au fait qu'il atteignait l'âge autant synonyme de péremption pour le rappeur que pour le sportif des 30 ans, voulant prouver qu'il en avait encore sous la semelle ? J'en sais fichtre rien et je vous avouerais qu'on s'en branle : le résultat est là, et il claque meuchamment. Sans souci de mise en scène ou d'outrances, KRS exprime une sincérité, une vérité et une volonté de mettre les choses à plat qui ne demandent qu'à entrer en contact avec notre face - et de préférence le cerveau qui est derrière - dans son style si personnel qui agaçera ou captivera selon l'humeur, lucide-relou-paranoïaque : le bagou de Samuel L. Jackson, la bienveillance de Gandhi, le militantisme forcené de Zack de la Rocha et le caractère un tantinet chatouilleux de Mister T. Ce skeud, c'est du granit. Appliquez les paumes de vos mains à sa surface et ressentez les vibrations positives qui s'en dégagent.

note       Publiée le samedi 9 juillet 2011

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SEN › dimanche 26 janvier 2014 - 12:39  message privé !

Je lâche les 6 boules sans problème, cet album fait partie des prod. Hip Hop de la première moitié des années 90 qui me fout la trique !

Note donnée au disque :       
Painkiller › vendredi 29 juillet 2011 - 16:04  message privé !

Un ou deux morceaux par-ci par-là disséminés dans une playlist, mais je suis incapable d'écouter l'album entier, trop monotone. Classique quand même.

Note donnée au disque :       
dimegoat › samedi 9 juillet 2011 - 09:25  message privé !

argh, s'il ne devait rester qu'un MC, ce serait lui. Sûr qu'il peut paraître moralisateur et casse-burnes mais il a été, et restera longtemps, ma meilleure expérience hip-hop en live. Se donner autant en 2010 devant quelques centaines de poitevins, ça force le respect. Par contre je n'accroche pas trop à cet album, pourtant souvent reconnu comme aussi bon que Boom Bap. Je le trouve un peu longuet, moins bien produit et donc bien moins accrocheur et agressif que le précédent.