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Augustus Pablo › East of the River Nile

cd • 18 titres • 59:59 min

  • 1Chant to King Selassie I3:44
  • 2Natural Way3:35
  • 3Nature Dub3:49
  • 4Upfull Living4:55
  • 5Unfinished Melody2:35
  • 6Jah Light2:18
  • 7Memories of the Ghetto3:21
  • 8Africa (1983)3:04
  • 9East of the River Nile2:54
  • 10Sounds from Levi4:01
  • 11Chapter 24:18
  • 12Addis-A-Baba3:45
  • 13East Africa2:49
  • 14East of the River Nile (Original)2:58
  • 15Memories of the Ghetto Dub3:35
  • 16Jah Light Version2:32
  • 17Islington Rock3:36
  • 18Meditation Dub2:12

enregistrement

Jamaïque, 1977. Produit par Augustus Pablo pour Rockers Productions.

line up

Aston "family Man" Barrett (basse), Carlton Barrett (batterie), Benbow (Noel « Alphonso » Benbow) (batterie), Augustus Pablo (melodica, clavinet, piano, orgue, string ensemble), Robbie Shakespeare (basse), Earl "chinna" Smith (guitare lead), Jah-Mallah Band (1 & 2), Max Edwards (batterie), C. Downie (basse), Everton DaSilva (percussion)

remarques

Les titres 13 à 18 sont des bonus présents sur l'édition CD Shanachie. Versions antérieures à l'édition de l'album ou mixes dub différents de plages incluses dans le tracklisting de l'album original, ils sont tous d'excellente facture... Mais n'apportent rien à mon sens à l'ensemble, qui constitue pour moi une suite sans faille à quoi rien ne saurait s'ajouter sans effet de superflu.

chronique

Styles
black music
reggae
soul
dub
musiques du monde
Styles personnels
far east sound>pablo's own stream

La question des origines, des genres, les contingences d’espaces-temps… Il est des occurrences, des survenues où l’œuvre - l’ouvrage, dirons nous - les absorbe, les lie autrement, les fond en pertinences d’un ton si singulier qu’aucune étude, aucune typologie, nulle taxinomie ne peut les circonscrire. Les encercler de traces remontées à rebours ; non plus - en vertu des postérités qui naitraient par-devant elles - les figer au statut d’ancêtre, de prémisse. Sans trancher nulle racine, sans aucunement nier époque ni circonstance - en les magnifiant, même, en les clamant parfois - s’en arroge lignes et points nodaux comme autant de lancées et d’appuis, pour dessiner l’allure qui est sa marche propre, toute architecture se faisant cinétique ; pour laisser une empreinte qui lui sera unique, suffisante en elle-même - toute histoire, toute généalogie passant au rang des notes au seul usage des archivistes…

Qu’on m‘entende bien : East of the River Nile - car celui-ci en est, assurément, de ces rares cohérences, de ces pièces aux mille ligaments qui l’articulent et qui la tiennent sans qu’aucune thèse, école ou dictionnaire ne sache les contenir - est tout entier infus d’un génie bien jamaïcain : cet art de tout déboussoler à l’empan de son contretemps, cette manie de tendre à l’excellence en empruntant de préférence les voies de marronnage et sentes dérobées… Ses thèmes, ses motifs, les émotions et les aspirations qu’il déploie, qu’il exhale au flux, au flot limpide de sa suite en teintes irisées, reflets liquides et furtifs, modes qui s’ombrent d’une mélancolie presque euphorique au détour d’un intervalle… Tout ici - lisez donc les titres, voyez s’il se rend ailleurs allégeance plus explicite - exsude la foi rastafarienne alors en pleine floraison. N’y manque même pas, en guise de corollaires, la nostalgie de cette Afrique jamais visitée, nourricière fantasmée à l’attrait encore avivé par les indépendances d’alors, leurs promesses neuves, pas encore abîmées aux yeux des autres mondes. Ni cette fascination en vogue pour un Est, un Orient (pas si lointain, à la vitesse du délire...) - Egypte ou Éthiopie, royaumes où s’imaginent d’hasardeuses lignées - qui file là ses énigmes en sinueux mélodicas. Et puis le dub, bien sur ! Cet inconscient du son, de la chose musicale, qui grossit le détail jusqu’à l’obsessionnel, dilate le pouls de la battue, précipite la mélodie, tisse en filets qui capturent l’écoute ce qui ailleurs ne serait que ligature à peine perçue, brin de raccord entre deux pans qui menaceraient sans lui de faire scission. Il est bien là, poussé au plus haut point de raffinement ; qui escamote sous nos pas, pour nous aspirer, nous faire tomber aux profondeurs, tel échelon des progressions où l’on croyait poser le pied. Qui répète d’une plage à l’autre la même geste harmonieuse, et nous la rend méconnaissable d’une infime variation dans l’angle du faisceau. Et pourtant… Pourtant, au delà de ces indéniables, c’est dans une dimension plus vaste, insoucieuse de toute orthodoxie comme des originalités saisonnières et de leurs artifices, que se déploie la plénitude, la perfection toute vive de l’ensemble et des parties. Une bien étrange acception de l’aboutissement, qu'on a seulement le choix de recevoir telle quelle - sans se rendre compte, d’abord de ce qu’elle contient d’exception, de non-pareil. Sans que nous effleure même l’idée de ne pas nous y adonner. Non qu’à se couler, à se baigner, à se laisser porter aux vagues et remous de ce mysticisme tranquille et solaire, on n’aborde parfois des grèves plus obscures, des méandres plus inquiets… Mais leur fraîcheur même nous semble plein accueil. Là, des cloches qui n’importe où ailleurs nous sembleraient charivari nous sonnent l’instant d’éveil pour contempler le rêve autour, les scintillantes merveilles dans la nuit adjacente ; ici, des espèces de fragments de chœurs sans parole qui devraient être ridicules, irritants, nous sembler fantaisie aux poumons trop chargés nous laissent l’impression, leur passage écourté, d’en avoir dit juste assez, dans la plus gracieuse des formes ; ailleurs se glissent d'étonnantes dérives modales, manifestement hors-tonalité, sans qu'on ait l'heur de leur trouver quelque fausseté ; plus loin, les orgues nous captivent et l’on se dit qu’il est étrange, après tout, qu’elles sonnent réellement comme elles feraient en Adis - et l’on se dit que le hasard l’aura soufflé à Augustus. Question d’arrangements qui tiennent du miracle, d’intuitions adéquatement nourries, sans doute, de fulgurance qui s’épand, se fait constance sur la durée des douze index. D’esprit qui se meut à la vélocité de l’onde.

Bien peu, à vrai dire - en quelque lieu, à toute date - atteignent à cette zone où l’incongru prend visage d’évidence, où les volumes modifiés, les proportions qui se déforment, les parfums élusifs dont on ne parvient pas à identifier avec certitudes les essences, tournent à l’enchantement plutôt qu’à l’effroi. Sun Ra, à ses heures, a pu toucher à de semblables places, plus agitées, toutefois, quand s’y prêtaient les vents stellaires. Un autre, aussi, bien moins connu - un certain Axelrod, le temps au moins de deux disques qui ne se conçoivent pas l’un sans l’autre, en grands mouvements orchestraux et ensembles ténus - a pu donner au surnaturel un tel air de proximité. Van Dyke Parks, peut-être, à l'une ou l'autre courbure de telle ou telle suite, à tel pivot qu'il camoufle en nuance... Pablo lui-même, sans doute, n’a-t-il souvent qu’effleuré ce curieux point d’émergence où il se tient ici, serein et frémissant. Sur son rocher, il souffle et crée, compose et respire. À l’Est du Fleuve Nil… C’est là, décide-t-il, que vient pousser son île.

note       Publiée le lundi 27 juin 2011

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Note moyenne        8 votes

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Dioneo › samedi 11 septembre 2021 - 18:32 Envoyez un message privé àDioneo
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Melodindica... Ouep, il peut infuser longuement avant de se "révéler" celui-là. Après, en revanche, c'est "la porte ouverte à"...

Tallis › samedi 11 septembre 2021 - 17:17 Envoyez un message privé àTallis

Il produit doucement son effet au fil des écoutes. Mélodica power !

Giboulou › mercredi 4 août 2021 - 21:14 Envoyez un message privé àGiboulou

Je l'ai parcouru ce disque depuis une vingtaine d'années et il revient fréquemment sur ma platine. C'est vrai que le parallèle avec Sun Ra est pertinent (surtout Lanquidity qui partage ce côté évaporé et groovy à la fois, ce qui relève de l'exploit !). Pour la petite histoire, je suis tombé dessus de façon plutôt malhonnête puisqu'il s'agit du seul vol de mon existence ! Je bossais à l'époque (pour financer mes études) dans un centre logistique et je m'occupais des retours de colis. Or, il y avait dans le tas un colis dont l'expéditeur était Wallbloomers. J'ai un peu honte, mais quelle pioche: ce disque + King Tubby meets + Blackboard Jungle Dub de Lee Scratch Perry en vinyles. J'espère juste que ce colis n'était pas destiné à l'un d'entre vous... Bon, y a prescription, c'était en 2001.

Message édité le 04-08-2021 à 21:20 par Giboulou

Note donnée au disque :       
Dioneo › dimanche 6 mars 2016 - 12:10 Envoyez un message privé àDioneo
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Eh eh... Ce bordel porte une nom : la Jamaïque !

(Et ceci-dit je suis assez d'accord sur la difficulté à dire pourquoi on préfère tel ou tel album de dub, en fait même tel ou tel d'un mêm artiste/groupe/producteur. Histoire de détails parfois vraiment ténus, "la" différence).

dimegoat › dimanche 6 mars 2016 - 09:03 Envoyez un message privé àdimegoat

J'ai un peu de mal avec cet album et il est toujours un peu délicat d'expliquer ce qui fait la différence entre tel album de dub et tel autre, un peu comme avec le brutal death metal. Je connais très bien le King Tubby Meets Rockers Uptown, qui est sans doute dans mon trio de tête en dub (la basse quoi, la basse!), et je jette une oreille à l'Original rockers qui me semble dans la même veine.

EDIT: je m'aperçois que le Original rockers contient beaucoup de versions alternatives de titres déjà présents sur le Rockers Uptown, souvent en moins réussi (sans compter la présence obligatoire chez Pablo d'une version dub d'un titre tiré de l'Africa Must be Free de Hugh Mundell). C'est vraiment le bordel.

Note donnée au disque :