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Leftfield › Leftism

cd • 12 titres • 69:37 min

  • 1Release the Pressure
  • 2Afro-Left
  • 3Cut For Life
  • 4Melt
  • 5Black Flute
  • 6Original
  • 7Inspection (Check One)
  • 8Space Shanty
  • 9Storm 3000
  • 10Half Past Dub
  • 11Open Up
  • 1221st Century Poem

enregistrement

Produit par Paul Daley et Neil Barnes

line up

Paul Daleu, Neil Barnes

Musiciens additionnels : John Lydon, Toni Hallyday, Earl Sixteen, Cheshire Cat, Papa Dee

remarques

chronique

Un jour dans une de ces maisons de dépôt pour épaves familiales offrant une surveillance douteuse de leurs pensionnaires grabataires en échange de tarifs que la décence ne nomme pas, un vieil homme maigre et un peu fou sera affalé dans son fauteuil, face à la fenêtre de sa chambre laissant filtrer la lumière orangée du crépuscule. Un morveux, que sa maman aura laissé seul pour parler avec une de ces infirmières aux chignons négligés qui font office de cerbères tous puissants en ces lieux, viendra le voir et lui tapera sur l'épaule avec insistance. "Dis pépé Raven, c'était comment les années 90 ?". Le vieux réprimera un grognement agaçé, et s'il ne décède pas sur le coup d'un trop gros pincement nostalgique au coeur, tournera la tête vers ce coin de mur gris orné d'un vieux poster de film tout déchiqueté, sur lequel la photo d'un Begbie à l'oeil éternellement canaille lui sommera de répondre LEFTFIELD. Il se retournera vers le gamin et lui sourira, d'un sourire qui en dira long. Le vieux n'aura lui aussi été qu'un gamin, lors de la sortie de Leftism il avait à tout casser dix ans. Lorsqu'alors, il fantasmait un ailleurs, c'est peut-être l'introduction de "Release The Pressure" qu'il entendait ; une des plus magiques jamais tissées par la main de l'homme, comme celle de Shallow Grave, indissociables. Celle d'une nuit dans le Londres secret d'alors tel qu'il l'imagine, éternel et chimique, avec ses loosers mirifiques, ses virées à la Clockwork Mandarine, ses crépis grisâtres re-teintés technicolor, ses mirages bouffés tous crus, jusqu'aux nightclubs bondés de trentenaires avec des cheveux de toutes les couleurs et des tenues indescriptibles. Il se souviendra de ce que disait Renton assis devant le dancefloor engoncé dans son maillot raccourci au lavage : "Bientôt y aura plus de genres, y aura plus de sexes, ce sera bien". Après la new age suprakitsch d'Enigma, venaient d'autres mélanges electroniques... La house devenait afro, le dub devenait house, comme quand le punk a été reggae-ifié, phénomène semblable, les synthétiseurs polaires usés vingt ans avant servant de glace pilée pour des incantations de jamaïcains en transe, plus loin que Massive Attack avec Horace Andy... la techno était une gigantesque fleur carnivore qui digérait tout le monde ; il y avait Underworld aussi, pas loin, anglais aussi, beaucoup des meilleures substances venaient de la bas semble-t-il... Leftfield était plaisir, Leftism était ivresse... Leftism était à la foi créatif, unique et accessible comme Art of Noise en leur temps (qu'ils samplaient d'ailleurs), peut-être de vrais salauds opportunistes aussi (le morveux ira voir papy Dariev Stands à la cantine, plus connaisseur du genre, pour lui demander de plus amples détails ; demander le petit vieux avec un t-shirt Venetian snares, au fond du self à gauche), Leftism était le rythme de l'Ancien Monde pour cette tribu urbaine insouçiante et hallucinée. Leftism était le Voodoo de la House, une sorte de graal, même si pour en percevoir toute la grâce il fallait forcer un peu pour digérer le boum-boum-tchakalak vocal des renois sur les morceaux les plus ragga (certains n'y sont jamais arrivés, tant pis pour eux). "Open Up" voyait le retour anachronique de Johnny Rotten, en zombie de légende punk pétée de xeu, illuminée et hilare, sur un tube aux relents apocalyptiques. L'un des hits plus grandioses que la musique dance aie jamais enfanté. "Storm 3000", c'était comme la scène dans le bus quand les quatre paumés sont en partance nocturne pour le deal du siècle, en plus excitant encore. Le pied ultime... jusqu'au céleste "21st Century Poem" avec le petit monologue apocalyptique signé Lemn Sissay, et les dernières secondes en infra-bass pour faire trembler les enceintes, comme un rappel à la pochette... C'était comme si l'univers coulait dans les veines, la nuit comme une promesse d'éternité... C'était magique..." C'est alors que le vieux, perdu depuis des heures dans ses balbutiements séniles face à sa fenêtre laissant filtrer les étoiles, tournera la tête vers... vers qui bon sang ? Il n'y a personne dans cette pièce, bougre de bourrique... Où en étais-tu, déjà ?

note       Publiée le samedi 18 juin 2011

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Note moyenne        9 votes

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Cera › dimanche 17 mai 2020 - 12:00  message privé !

je découvre grâce au récent blind de Wotzenknecht. Ben voila, c'est tout fait ce que je recherchais : de la musique électro 90's avec une base orientée techno, plus chaleureuse et festive que l'IDM. thanks.

zugal21 › mercredi 19 avril 2017 - 16:42  message privé !

Sortie imminente d'une édition double ( Leftism 22 ) pour le 22e anniversaire, avec un cd remastérisé et un cd de mixes divers, et une pochette modifiée

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zugal21 › mardi 17 mars 2015 - 21:42  message privé !

Ici tracklisting différent, 11 morceaux, et un "song of life" qui n'apparaît pas sur l'édition de la chronique.

Note donnée au disque :       
Dioneo › mardi 17 mars 2015 - 21:30  message privé !  Dioneo est en ligne !
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Tiens... Au fil d'une discussion, je percute que la version chroniquée compte un titre de plus que celle que j'ai (qui est celle sortie à l'époque) - le Half Past Dub n'est pas sur la mienne... Et plusieurs autres sont dans un autre ordre qu'ici (Melt et Song Of Life qui d'ailleurs ne s'appelle pas Cut For Life, chez moi ; et Black Flute et Original). Je ne m'étais même jamais rendu compte qu'ils y avait plusieurs versions, à vrai dire. Et apparemment il y a aussi plusieurs éditions 2CD différentes... dont une qui contient justement un Cut For Life en clôture du deuxième disque, qui a l'air d'être un CD de "versions" (au sens dub... des remixes peut-être, mais apparemment faits tous par les mecs eux-mêmes). Du coup je me demande même si toutes les versions présentes sur cette édition et la mienne sont les mêmes, tiens.

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Wotzenknecht › dimanche 9 février 2014 - 19:23  message privé !
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Phaedream > je te réponds trois ans plus tard, mais essaie "There Will Be No Armageddon" de Union Jack

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