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Captain Beefheart & His Magic Band › Lick my decals off, baby

  • 1989 • Rhino 70364 • 1 CD

cd • 15 titres • 39:38 min

  • 1Lick My Decals Off, Baby2:38
  • 2Doctor Dark2:45
  • 3I Love You, You Big Dummy2:53
  • 4Peon2:23
  • 5Bellerin' Plain3:35
  • 6Woe Is Uh Me Bop2:04
  • 7Japan In a Dishpan3:00
  • 8I Wanna Find A Woman That'll Hold My Big Toe till I Have to Go1:54
  • 9Petrified Forest1:41
  • 10One Red Rose That I Mean1:54
  • 11The Buggy Boogie Woogie2:18
  • 12The Smithsonian Institute Blues or The Big Dig2:10
  • 13Space Age Couple2:33
  • 14The Clouds Are Full of Wine, Not Whiskey or Rye2:47
  • 15Flash Gordon's Ape4:15

enregistrement

Recording Studio, Los Angeles, USA, 1970

line up

John French ("Drumbo") (batterie), The Mascara Snake (clarinette, voix), Rockette Morton (basse, voix), Antennae Jimmy Semens (slide guitar), Don Van Vliet (chant, saxophones soprano et alto, clarinette), Zoot Horn Rollo (guitare, flûte)

remarques

Une réédition CD officielle est enfin parue en 2015.

chronique

Styles
rock
blues
ovni inclassable
Styles personnels
psychédélique > expérimental

Réédité un temps sur cd, mais depuis retiré du commerce, et tout aussi rare en vinyle, "Lick My Decals Off, Baby" jouit du coup d'une aura particulière. En réalité, il s'érige comme condensé de l'album précédent. Beefheart, désormais aux manettes, prend les mêmes et recommence ; pas de poésie démembrée éructée a capella entre chaque titres, mais toujours ce capharnaüm, cette cacophonie orchestrée par une bande de déconstructivistes anarchistes et
déjantés. Alors que cet album constituera une alternative idéale pour ceux qui trouvaient le propos de "Trout Mask Replica" trop extrêmiste, voire hermétique, il fera le bonheur absolu des amateurs convaincus, plus que satisfaits de la livraison de cette nouvelle pièce maîtresse.

note       Publiée le jeudi 9 mai 2002

chronique

Styles
blues
avant garde
free jazz
ovni inclassable
rock
Styles personnels
art rockacophony

Dans un espace abstrait, où se mêlent cognitions et actes manqués, dans lequel s'ébattent gaiement neurones et axones, le cortex cérébral troque ses bonnes fonctions contre pléthore d’informations. Des souvenirs y croisent des fantasmes, des odeurs y rencontrent des textures et du son. A l'intérieur du crâne, la réactivité est rapide. Dans ce foutoir mémoriel, on s’active jour et nuit pour archiver les disques. Il faut classer. En pleine soirée mousse de cervelas, au sommet d’un gros tas de musiques, tentent de cohabiter un mec à la tronche de poiscaille et une bande de pingouins snobinards fêtant l’arrivée de 1970 façon garden party. Posés juste à côté d’une mixture bulbeuse inqualifiable, disproportionnée suite à une exposition prolongée à un trop plein de sons, ils applaudissent un occipital en ébullition. Ils occupent la première place d’un podium aux marches extensibles, la tête collée au plafond du système ventriculaire. Cette boîte crânienne, c'est donc du fast et du bulbous. C'est les deux mon capitaine. Chez les autres en revanche, le voisinage s’excite. Message des esgourdes : "Comment on peut aimer ça ? Cette bouillie, ça rime à quoi ? Les mecs savent pas jouer, ça s’entend direct. Si tu veux mon avis, ils réinventent rien, à part l’art du pouet-pouet à la con. C’est un bœuf entre potes enregistré par un studio anarchiste, une musique d'intellectuel gauchot, ça vaut pas un kopek." Et les globes oculaires d’en rajouter une couche. "Ah, on les voit de loin, cette bande d'illuminés de la caboche… Ils ont fière allure, ces barbus, ces hippies avec leurs chemises à fleurs ! Et puis ce jargon limite pédant, no wave, free form, blues à interner… sans rire, quelle bonne blague." Mais pour le père hypothalamus qui domine mon système nerveux central et traite ces données externes, c’est une bonne barre de rire qui vaut presque mieux qu’un steak de calmar. Même dans un sac en plastique, ces céphalopodes malaxent la pâte rose. Au final, leurs axones sont les plus épais. Enfin, je me perds... L’amateur du rock expérimental de Captain Beefheart ne serait qu'un geek contradictoire pour les prétendus détenteurs du bon goût. Loin d’être comme eux, vigies de l'horizon musical, il chercherait à se valoriser aux yeux des autres en écoutant l'inécoutable, campé obtusément sur ses positions. Ses interventions dithyrambiques seraient des élocutions aussi incompréhensibles que la poésie sonore de Don Van Vliet ou les toiles de Peacock Ink. C’est le danger des langages plus hermétiques que d’autres. Pourtant, Lick My Decals Off, Baby est peut-être le plus grand des disques avec son pachidermique alter ego de 1969 qu’il côtoie et challenge : que choisir, entre l'orgie musicale de quatre-vingt-dix minutes et sa version condensée, le nerveux album de 1970 ? Peut-on parler de duel de titans ? Pour ma part, c’est le cas. Impossible de dissocier ces deux albums, le dilemme engage la fusion, la différence se mute en cohésion. Si Trout Mask Replica est un immense prisme, Lick My Decals Off, Baby est un kaléidoscope plus sombre, où l'extase d’un blues déjanté colle à la peau comme une décalcomanie qui démange. Des morceaux comme "Flash Gordon's Ape" ou "Japan In A Dishpan" démontrent, s’il le fallait, le talent iconoclaste du groupe surréaliste qui parvient à réitérer l’exploit, à confirmer. Encore plus intransigeant, moins épars, c’est un autre pavé finement sculpté jeté dans la mare pop. La seconde cerise sur un gâteau qui change de la tourte à la truite. La musique adopte la nature de la conscience : palpable, libre quand elle s’affranchit, mais définitivement hors de portée de toute définition ou concept, barrières sémantiques liberticides qui réduiraient cette forme d’expression unique en un simple pruneau sur une armoire. Ineffable, insondable et accrocheuse, la musique est difficile à résumer sur le papier. On ne ferait qu'une partie d'un tout, une gorgée d’un délicieux calice à boire… jusqu’à la lie. Le temps passe mais ne semble pas éroder cette sculpture sonore d’une richesse absolue. Quand on y réfléchit, sa modernité tient dans la volonté de déstructurer les formes, de penser autrement les battements du cœur, de prendre à contre-pied les poncifs. Cet album indispensable n’a rien perdu de sa verve, de sa provocation. Œuvre d’un tyran génial, fruit d’une intense réflexion et du travail colossal de Drumbo, Ed Marimba et Zoot Horn Rollo, voici un véritable pilier de marbre du fondamentalisme ubuesque.

note       Publiée le mardi 7 novembre 2017

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Dioneo Envoyez un message privé àDioneo  Dioneo est en ligne !
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Marrant, je l'ai toujours trouvé plus "difficile" que le supposé imbitable Trout Mask, celui-là, finalement... Enfin, tout aussi merveilleux hein, mais dans un sens plus euh, esthétiquement agressif, un truc du style. Peut-être parce que le côté plus "clair" (c'est relatif, oui) de la prod, qui détache davantage chaque instrument, je trouve, fait qu'on perçoit (encore) mieux le côté anguleux du truc (des rythmes, des riffs...), ce son faisant en même temps à mon oreille mieux percevoir les influences "blues urbain" directes, Howlin' Wolf etc. ... Ça et le côté "l'Orchestre National des Bas Quartiers du Zimbabwe jouent One Size Fits All" apporté par le déluge de notes du marimba (qui sature par moments comme une mbira, une senza, ce type de "pianos à pouces"...), ça le rend bien rugueux aux entournures. Par contre oui, là aussi : une fois dedans, c'est génial, à s'envoyer !

Message édité le 21-03-2022 à 14:18 par dioneo

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ericm Envoyez un message privé àericm

je l'adore celui là

DukeOfPrunes Envoyez un message privé àDukeOfPrunes
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Un de mes préférés. Comme Trout Mask Replica, j'aime ce disque au-delà de toute proportion raisonnable...

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Klarinetthor Envoyez un message privé àKlarinetthor

il est enorme en plus

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DukeOfPrunes Envoyez un message privé àDukeOfPrunes
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On parle de la chronique lapidaire de Spotlight Kid/Clear Spot, mais clairement, celle-ci est pas mal non plus... Promis, je me charge d'un doublon rapidement.

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