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The Monks › Black monk time

cd • 18 titres • 49 :40 min

  • 1Monk Time
  • 2Shut Up
  • 3Boys Are Boys And Girls Are Girls
  • 4Higgle-Dy - Piggle-Dy
  • 5I Hate You
  • 6Oh, How To Do Now
  • 7Complication
  • 8We Do Wie Du
  • 9Drunken Maria
  • 10Love Came Tumblin' Down
  • 11Blast Off!
  • 12That's My Girl
  • bonus tracks
  • 13I Can't Get Over You
  • 14Cuckoo
  • 15Love Can Tame The Wild
  • 16He Went Down To The Sea
  • 17Pretty Suzanne
  • 18Monk Chant (Live)

extraits vidéo

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enregistrement

"Track 1-12 Recorded at Polydor Studios Koln, Germany Nov 1965. Released March 1966 as the LP Black Monk Time. - Tracks 13, 14 Recorded at Polydor Studios Hamburg, Germany Jan 1966. Released as a single late 1966. - Tracks 14, 15 Recorded at Polydor Studios Hamburg, Germany 1966. Released as a single early 1967. - Track 17 previously unreleased. - Track 18 recorded live in Frankfurt, Germany circa 1966/7." - Réédition produite par Matt Sullivan - Remasterisé par Dave Cooley

remarques

Artwork originel par Guenther Aulich

chronique

‘Tu vois, on aime pas l’armée. Quelle armée ? On s’en fout quelle armée ! Pourquoi vous tuez tous ces gamins au Vietnam ? Mon frère est mort au Vietnam ! James Bond, c’est qui ça ? Arrêtez, arrêtez, j’aime pas ça ! C’est trop fort pour mes oreilles. Pussy Galore arrive et ça on aime. On aime pas la bombe atomique, arrêtez, arrêtez, j’aime pas ça…’ Le message est clair. Black Monk Time est l’un des disques les plus virulents politiquement des années 60, un classique culte éternellement marginal du fait de son humour noir très particulier et parfois potache. Pas le temps de réaliser, voici le titre suivant : ‘Got a reason to laugh, Got a reason to cry / Believing you're wise, And being so dumb. / World is so worried / Be a liar everywhere, Shut up, don't cry!’... Bienvenue en 1966. Voici 5 garçons chez qui l’armée a laissé des traces. 5 GI’s démobilisés dans les fameuses bases militaires US en Allemagne de l’ouest, celles que toute l’Europe continentale cherchait à approcher pour y grappiller des disques et sons venus des USA. A peine sortis de l’armée, ils fondent un groupe de garage rock parmi les plus violents, et traumatisent les esprits en adoptant un uniforme pour le moins particulier : des tonsures de moine et des nœuds coulants autour du cou, le tout sur une garde robe exclusivement noire. Tout amateur de rock 60’s ne peut que se prendre une claque à la découverte de ce groupe extrémiste, parangon de la violence musicale à son époque avec les Sonics, avec une attitude qui vaudrait censure et poursuites dans leur pays d’origine – et vaut déjà au chanteur de se faire étrangler sur scène par un catho offensé à Hambourg. Sauf que 10 ans avant les Sex Pistols, les Monks sont un coup monté par deux ‘existentialistes’ et diplômes d’art allemands : Walther Niemann et Karl-H.-Remy. Ils veulent faire de ce groupe de GI’s, totalement has been à la base, un ‘anti-beatles’… Il faut préciser que les Monks ont joué exactement dans les mêmes clubs et bar à putes que les Fab Four à Hambourg, quelques années après… Sauf que quand les Beatles ont fini par rentrer au pays, avec quelques maladies vénériennes et le besoin de calmer un peu le jeu, les Monks restent en Allemagne sous l'influence du public local (demandeur de violence musicale, d’après tous les témoins de l’époque), et continuent comme si ni pop, ni folk, ni hippies n’avaient existé. Quand on y regarde de plus près, les deux malins avaient laissé quelques indices dans les remarquables notes de pochette : ‘Words are the outline of lies’, ‘Lying is the art of pleasing the other’… Les allemands, dans leur quête éperdue de fureur rock’n’roll extrême, pour leur faire oublier l’épisode de la guerre (quête qui les mènera à inventer le krautrock…), pouvaient-ils rêver mieux que ces 5 ricains venus spécialement du pays du rock pour leur secouer les puces ? Juste du rock binaire, profondément débile comme les Trashmen ou Kingsmen (de toutes façons, les allemands captent un beignet et n’ont rien à cirer du discours)… Profondément débile donc, sauf sur une petite demie-douzaine de chansons, dont la plus emblématique et légendaire du groupe : Complication. C’est l’un des brûlots anti-guerre les plus cuisants jamais gravé sur vinyle : ‘Les gens meurent, les gens tuent pour toi, les gens vont à leur mort pour toi’ s’époumonent-ils… Une rengaine que la jeunesse ricaine allait encore entendre pendant pas mal d’années. On est loin du gentil folk protest-song ou des prises de positions bravaches de Morrison ou des Beatles, bien à l’abri dans leur monde doré. Les Monks sont tous des ex-GI’s, et ont vécu Full Metal Jacket avant que le film sorte. Pour le reste du disque, il faut croire que les allemands n’ont pas attendu la scène power electronics pour se la jouer psychopathes terminaux et chanter la haine du sexe féminin. On a donc une chanson appelée ‘I Hate You’, où Gary geint d’une voix d’estropié ‘I haaAAate you baaaybaaAAY’, tandis que les chœurs rajoutent ‘but call me !’, ce qui vaut quand même son pesant d’or, puis le débile et douteux We Do Wie Du, et enfin That’s My Girl, où Gary le frustré reprend sa voix libidineuse de puceau tardif pour alpaguer un couple dans la rue : ‘Oh mais c’est une super gonzesse, que t’as là, je parie que tu vas lui faire l’amour, hein, hein ?’ avant de s’exclamer ‘ah mais c’est MA gonzesse !’. No comment. Peu de choses à dire sur la musique en revanche, si ce n’est que ce garage-rock là n’a rien à voir avec l’américain, ni avec le freakbeat anglais. L’Allemagne, tout comme le Japon (demandez à Julian Cope) est alors un terreau fertile pour une musique radicale, sans compromis, bruitiste avant que le concept de "bruitisme" intentionnel n’existe. Pour preuve, la video ci-jointe où on voit les Monks triturer une guitare au sol comme le fera Sonic Youth 15 ans plus tard… Et que dire du bruit de turbine menaçant qui semble percer nos enceintes à la fin de How to do now ? Ces types étaient peut-être manipulés, comme les Shaggs, ils n’avaient rien à foutre de Dylan et de la mode psyché, et se tenaient déjà du côté bruyant de la force. Les deux derniers morceaux terminent sur une bien étrange note… Deux chansons beaucoup plus mélodiques, obsédantes et amères, qui dépeignent un monde désœuvré et grelottant au milieu d’une tempête… Si on a du mal à voir où Love can tame the wild veut en venir (fausse apologie de la famille ?), He Went Down To The Sea est clairement une scène post-apocalyptique, beaucoup moins bourine que le reste du disque (qui est quand même assez unidimensionnel comparé au Stones ou Pretty Things…), qui pour le coup ressemble plus à du Velvet où du United States of America auquel on aurait rajouter un pseudo-Diddley Beat (et un couinement inopportun, ok…). Un disque indispensable pour comprendre les années 60, et réaliser qu’intellectualisation et crétinerie congénitale sont le mélange nécessaire à tout extrémisme.

note       Publiée le dimanche 8 mai 2011

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Note moyenne        7 votes

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A.Z.O.T › lundi 23 mai 2011 - 23:22  message privé !

C vrai que link wray restera au dessus du lot niveau rock à couilles. Sacré album en tout cas, le synthé débile particulièrement.

Note donnée au disque :       
No background › lundi 23 mai 2011 - 11:43  message privé !

Merci pour le lien, ça c'est du show ! Et en 1960 !

dariev stands › dimanche 22 mai 2011 - 17:02  message privé !
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ah, et accessoirement, voici une vidéo des Tielman Brothers, grosse inspiration des Monks, des indonésiens habillés en Forbans qui jouent un espèce de Surf Rockabilly qui met minable Elvis et dont les Monks ont développé le triturage de gratte (seulement 2 ans après Link Wray...) : http://www.youtube.com/watch?v=83S7r4CPORk

totalement hallucinant.

TribalCrow › lundi 9 mai 2011 - 18:23  message privé !

Une bien jolie chro ! "Rien à dire sur la musique" bah si c'est excellent, déjanté, malsain, noir, virulent etc... A noter aussi que le chanteur utilise un banjo modifié avec un micro de guitare électrique qui donne ce son de claquement métallique bien sec.

Note donnée au disque :       
dariev stands › lundi 9 mai 2011 - 17:05  message privé !
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mamas & papas ? j'avoue que la comparaison m'échappe, tant les Monks sont précisément à l'opposé. Pour les Fugs, ça peut se faire ouais, mais il y a un autre Fugs-o-phile dans l'équipe...