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Vagina Dentata Organ › Music For The Hashishins

  • 1983 • WSNS WSNS 001 • 1 LP 33 tours
  • 1987 • Temple Records TOPY 012 • 1 LP 33 tours

vinyl33t • 2 titres • 42:04 min

  • 1Trained To Kill21:02
  • 2Sexual21:02

line up

Jordi Valls

remarques

chronique

Madrid, 1984. Sur scène, et devant les caméras de la télévision espagnole, un homme cagoulé, entouré de seize bergers allemands, lacère à coups de sabre trois toiles de Casademont. De poches masquées derrière les tableaux jaillit du sang. En guise d'accompagnement sonore à cette performance, des bandes trafiquées (accélérations/ralentissements) d'aboiements de chiens enragés. Sur le t-shirt du performer peut-on lire : «Vagina Dentata Organ». Cet homme, c'est Jordi Valls, artiste catalan, grand admirateur de Dali, et ami de Genesis P-Orridge accessoirement obsédé par le sang (la faute aux corridas vues dès sa petite enfance, paraît-il). La performance fait évidemment grand bruit ; l'émission en question est supprimée des programmes sous pression politique, alors que la presse s'émeut de toute cette obscénité. Objectif atteint pour Valls : le sang versé est celui de cette société pédante qu'il veut justement castrer par son vagin denté. Le projet en lui-même date du début des années 80, «Music For The Hashishins» en étant la première manifestation sonore. On peut y entendre sur les deux faces une mixture d'aboiements de chien, sans effet ni montage particulier, hormis les manipulations sur la vitesse de défilement. Un ready-made qui se veut cruel, primal ; un appel aux instincts de sexe et de mort ; une musique fonctionnelle sur laquelle VDO invite l'auditeur à se révéler dans l'exercice de jeux sexuels et de rituels sanglants ; une approche que Valls qualifie lui-même de nihiliste, subordonnée à l'anti-création, tellement fasciné qu'il est par la destruction pour elle même ; un doigt d'honneur à la face du monde de l'art et de ses pédants intellectuels. En somme, une négation sonore qui rappellerait pour le coup celle d'autres extrêmistes sonores, j'ai nommé The New Blockaders, sauf que la démarche de VDO, libérée du bruit pour lui-même, me semble encore plus jusqu'au boutiste que celle des Anglais. Il épure pour ne garder que l'essence même de son nihilisme, derrière lequel vient fonctionnellement se placer sa musique. En outre, à l'instar de ses pères surréalistes, son approche iconoclaste n'est pas dénuée d'humour grinçant, ce qui n'est pas pour nous déplaire. Quant à savoir si cette musique fonctionne réellement, c'est-à-dire si le résultat est à la hauteur de l'intention, je ne pense pas qu'il faille se poser la question dans ce sens : la manifestation sonore se suffisant largement à elle-même, elle ne réclame en réalité d'aucune théorie pour exister. Je conseille d'ailleurs que la première écoute se fasse sans connaissance préalable du sujet ; elle n'en sera que plus déroutante encore. «Music For The Hashishins» fait partie de ces oeuvres fortes, qui possèdent un rare pouvoir d'attraction/répulsion. La note ? A vrai dire, on s'en fout.

note       Publiée le vendredi 11 mars 2011

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Klarinetthor › lundi 8 avril 2013 - 18:55  message privé !

à pompidou le 17 avril dans le cadre du cycle consacré à Albert serra
http://slworkshops.wordpress.com/2013/03/06/jordi-valls-at-the-centre-pompidou/ en anglais parce que j'aime pas le site du cgp.

jeansairien › lundi 14 mars 2011 - 14:05  message privé !

Intéressant débat...mdr. Oeuvre minable et ridicule à sa sortie, alors presque 30 ans plus tard...

Note donnée au disque :       
taliesin › lundi 14 mars 2011 - 12:20  message privé !

Pareil que Wotz ;-)

Note donnée au disque :       
sourdicus › dimanche 13 mars 2011 - 15:04  message privé !

L'art contemporain a d'autres buts que "d'enrober du rien de pseudo références et idéologie". Le résumer à ca, ca équivaut a considérer Diamanda Gallas comme une hystérique la veille des soldes. Pour revenir a Valls, il n'y a rien de choquant dans sa video, juste un léger ennui. Par contre, voir en sa performance "un doigt d'honneur à la face du monde de l'art et de ses pédants intellectuels", c'est assez contradictoire vu qu'il y a un message derrière sa perf, comment dénoncer quelque chose dont on se sert pour parvenir a ses fins? Si il n'y avait pas de discours, et une approche résolument nihiliste, ca aurait pu marcher, mais la non, il faut choisir son camps. Quand aux surréalistes, s'il y a un point commun avec Valls, c'est dans la volonté de choquer le bourgeois, mais on retrouve cette composante dans des branches trop nombreuses de l'art pour y voir une filiation évidente.

Seijitsu › dimanche 13 mars 2011 - 13:50  message privé !

Mouhahaha pas mal le tag Eyehatedogs.

Sinon je viens de regarder la vidéo... C'est pour ça que vous en faites tout un foin ? Encore un type qui veut faire son intéressant et qui fait passer la musique au dernier plan (enfin la "musique"...). Bref, on s'en fout puissamment.