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Create › We live by the Machines

cd | 6 titres | 74:55 min

  • 1 Portal [ 23:04]
  • 2 We live by the Machines [ 6:46]
  • 3 Fanfare of Dreams [ 9:50]
  • 4 Somewhere in the Distance [ 5:18]
  • 5 Running out of Time [ 8:08]
  • 6 Search and Rescue [ 21:54]

enregistrement

Enregistré entre Mars 2009 et Mai 2010 dans le Skylight Studio, Angleterre

line up

Stephen Humphries (Claviers, synthés, séquenceurs et FX)

chronique

C’est dans l’utilisation massive des nouvelles technologies des communications que Stephen Humphries, l’homme derrière Create, a puisé son inspiration pour la conception de We live by the Machines. Un album aux émotions torturées et aux structures déchirées entre le monde obscur de Ramp et l’univers caustique d’Air Sculpture, We live by the Machines respecte la robotique et la cybernétique des révolutions technologiques avec des structures minimalistes et hypnotiques qui sont survolées d’ambiances glauques et spectrales où les synthés iodées de Create sillonnent la vallées d’un monde obnubilé par l’évolution des machines. Portal est une typique intrusion dans l’univers mystérieux et ténébreux d’un sombre Berlin School. Un long titre où les structures minimalistes prédominent, Portal débute son lent déploiement spectral avec une intro truffée de sonorités éclectiques. Une fine onde de synthé perce le vide, ondoyant et sillonnant dans un paysage sonore où des chants de baleines frayent dans un univers électronique mécanique. Des souffles de synthé, tantôt saccadés tantôt morphiques, s’enchevêtrent dans une faune sonore électronique hétéroclite où des serpentins spasmodiques tombent du néant pour nourrir une lourde ambiance de mystère. Une séquence aux frappes alternées émergent de ce dense voile métallique vers les 4:30 minutes. Elle gambade et se dandine sous les ondes giratoires d’un synthé apocalyptique et sous une épaisse brume d’un mellotron nasillard. Le rythme minimalisme et pulsatif de Portal évolue avec des accords plus tranchants et l’ajout d’une autre ligne séquentielle plus limpide vers la 7ième minute, donnant plus de relief à ce mécanisme séquentiel assez robotisé qu’une ligne de synthé aux accords cristallins rend plus mélodieuse. Des solos aux sonorités uniques à Create qui défilent en boucle et s’entortillent autour de ce rythme furtif déambulant en saccade sous une dense brume métallisée. Ce rythme continue sa marche minimaliste jusqu’à la 15ième minute, là où la séquence s’isole et pénètre une sombre zone méphistophélique avec des chœurs chtoniens qui chantonnent sous cette intrigante brume mellotronnée, alors qu’une autre séquence plus limpide y danse maladroitement jusqu’à la finale. Ces rythmes erratiques qui progressent subrepticement dans des ambiances sombres sont la base des structures minimalistes de We live by the Machines. Certes il y a la pièce titre, We live by the Machines, qui est un genre de groovy-loopy-reggae électronique, un peu dans le style de Weird Caravan que l’on retrouve sur Dig It de Klaus Schulze. Le tempo sautille sur une bonne ligne de basse aux notes qui ondulent lourdement. Il est plus rond et plus doux, moins digital il regorge de belles nappes de synthé légèrement saccadées et de suaves souffles flûtés. Fanfare of Dreams nous ramène dans l’univers caustique de Create avec une séquence qui avance à pas de loups. Des accords lourds, hachurés et résonnants progressent d’une démarche subreptice sous de sombres solos torsadés et une fine ligne qui tournoie tel un carrousel limpide confèrent à Fanfare of Dreams une approche patibulaire et diabolique digne d’un bon film de suspense ou d’horreur. Ceux qui apprécient l’univers glauque et minimalisme de John Carpenter seront charmés par Fanfare of Dreams, tout comme le mystérieux et spectral Somewhere in the Distance. Running out of Time est un long mouvement atonal où strates et souffles de synthés spectraux ululent autour d’un tic-tac hypnotique. Appuyé de ce seul mouvement rythmique mais animé par les impulsions d’un synthé aux sonorités hybrides mais assez intrigantes, Running out of Time nous amène aux portes de l’étrange introduction de Search and Rescue qui n’est pas sans rappeler les errances et mouvances de Tangerine Dream dans sa période psychédélique et même avec Force Majeure. Peu à peu les souffles métallisés se dissipent pour faire place à cette brume mystique qui enveloppe le cœur des machines dans We live by the Machines, alors qu’une pulsation moule une première ébauche rythmique. Un rythme qui sera subdivisé par un autre mouvement séquentiel plus limpide, des accords zigzagant et d’autres pianotés sous l’égide de solos de synthé aussi distordus que menaçants qui cisèlent et sillonnent cette brume perpétuelle qui règne tout autour de We live by the Machines, comme cette brume provenant des explosions qui ont dessinées la fin des temps dans Terminator. Fidèle à lui-même, et ce même si ses titres sont de longues explorations minimalismes, Create reste toujours aussi intrigant que la morsure de ses synthés. Un point de rencontre entre Ramp et Air Sculpture, We live by the Machines est un album de MÉ qui flirte avec le style Berlin School sombre et caustique avec une belle approche apocalyptique. Si c’est vrai que certaines structures musicales sont étirées, en revanche les solos de synthé aux essences métallisées qui en rejaillissent redimensionnent l’approche caustique et le regard cynique que Create jette sur l’évolution d’un monde qui semble toujours tourner en rond. We live by the Machines ne sera pas une déception pour les fans de Create, mais une ouverture pour ceux qui aiment la musique minimalisme sombre et qui ne connaissent toujours pas l’univers musical de Create.

note       Publiée le mardi 8 mars 2011

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