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Subhra Guha › Raga Devgiri Bilawal/Raga Mishra Khamaj/Raga Pilu

cd | 4 titres | 79:06 min

  • Raga Devgiri Bilawal
  • 1 Vilambit Bandish in Tintal [37:20]
  • 2 Drut Bandish in Tintal [12:20]
  • Raga Mishra Khamaj
  • 3 Thumri in Deepchandi Tal [17:30]
  • Raga Pilu
  • 4 Kajri in Keharwa Tal [11:46]

enregistrement

14 septembre 1994, Master Sound Astoria (NYC). Ingénieur du son : David Merill. Assistant : Mark Putz.

line up

Subhra Guha (voix), Samar Saha (tabla), Jyoti Goho (harmonium)

chronique

Styles
world music
Styles personnels
hindoustanie>agra gharana>kolkota raga

Certains choix nous échappent, bien sur, en leurs déterminants, leur détermination ; la précision des biais qu’ils induisent, leurs spécificités de poids, dimensions, équilibres. On en ressent la grâce, pourtant, la justesse qu’ils affirment - toutes libertés prises et savoirs virtuoses qui font art et vertus, excellence de l’interprète - à déployer ainsi, autours des noyaux, des centres, des points articulaires, le dessin unique, les volumes, les densités vives du raga. Les règles qui régissent la composition, la part d’impromptu, les raisons officielles de s’extasier, on les lira plus tard, si l’on veut. En bonne connaissance si on en est expert, lettré, spécialiste. En toute curiosité - en commençant, peut-être; par les textes très complets dans le livret du présent disque, de tous ceux de cette collection. Hors l’écoute, pour le mieux, afin de s’adonner pleinement, alors, à ce qui se joue là. Car ce qui nous séduit - tout de suite et longuement, sans que jamais n’interfère un quelconque ennui d'incompréhension - c’est bien plus qu’une théorie mise en branle. Autre chose, aussi, qu’un épisode dans les lignées, les écoles, la saga des courants qui se mêlent ou s’isolent. On entend bien, certes - pour peu qu’on ait déjà goûté à de voisins délices - l’inhabituelle brièveté de cet alâp (introduction de l’instrument soliste - ici la voix - qui expose le matériau mélodique du raga sans qu’interviennent encore le tabla) sur la première pièce. Mais ce qui nous charme, en cette supposée anomalie, ça n’est pas d’abord son audace formelle, trait de génie ou hérésie : c’est qu’elle nous jette à l’instant même au cœur vivant de la tribulation. Car ce limpide introït une fois tracé, c’est un long mouvement qui s’enfle, se ramifie, s’étend dans l’espace où il vibre : d’un timbre à la rare sensualité - souple et ferme, presque juvénile dans l’abandon qui le gagne à ce qu’il entend nous conter mais d’une assurance parfaitement maîtresse au moindre de ses mouvements - Subhra Guha exhale, en une lenteur qui confine à la fascination d'hypnose, un simple poème de khôl et de noces, de guirlandes et de corps destinés à bien tôt s’unir ; et dans cette interminable montée, variations imperceptibles ou subtilement frappantes, brillances amoureuses de l’histoire qu’elles disent, c’est bien une tension proprement érotique qui s’infuse à l’écoute ; un suspens merveilleux de ce qui point sans fin ; insoutenable, presque, et délectable si l’on s’y laisse prendre. Jusqu’à cette accélération - enfin ! - qui n’est pas une rupture mais la poussée inendiguable d’une intensité autre, à la vélocité d’un pouls que saisi graduellement l’ivresse mais qui ne sort pas du sillon de sa métrique, ne gâche rien par un éclat, une explosion hors de propos qui briserait nette l’ascension. Les mots sont désormais ceux d’un appel d’amant à une joueuse amante qui tarde à le rejoindre ; et l’on est gagné, à mesure que les tablas se font plus pressants, que les mélismes de l’harmonium vocalisent en halètements propulsés vers le haut, par la ferveur de l’exhortation, l’attente qui s’ébroue et se mue en élan. Puis du point le plus élevé, quelques notes s’alanguissent. Et lorsque s’apaise le cycle aux résonances de la tampura (l’omniprésent bourdon), rien n’est inachevé ni ne reste en suspens. Rien n’est scellé, non plus, au chemin parcouru... Suivent deux pièces supposément plus populaires en leurs origines, plus légères quant aux styles touchés. Si l’on veut ! Car si la gravité de ce qui avait précédé - c’est entendu, oui, sans conteste - ne fait aucunement jour dans ce Thumri tout en sinuosités, en intonations glissées - une adresse, qui plus est, à une qui a trahi - sa tendresse, bouleversante presque, soupirante, à peine tactile, enflamme l’attention, l’épiderme, à force d’effleurer, de caresser tout juste, de ne se poser jamais vraiment, de frôler qui l’écoute sans jamais s'attarder. Une séduction plus immédiate, si elle pénètre moins profond ; qui passe sur l’instant en luisances fraiches, stimulantes comme un éclair furtif, qu'on ne peut jamais vraiment saisir. Et la nuance de méditation sombre - sinistre même, pour un peu : c’est une femme cette fois-ci qui pleure son amour qui ne reviendra pas alors que tout autours la nature n’est que chants de joie - du Kajri qui suit pose en envoi final, en offrande dernière, une note poignante, l’ombre d’une inquiétude aux contours si sobres, à la manière si franche et retenue - l’interprétation est ici presque sans ornements - que l’incandescence de l’émotion qui s’y coule se dessine en veines brûlantes qu’on distingue même à l’œil nu. Et ces choix qui nous échappent nous soufflent en leur langage leur mobile perfection.

note       Publiée le lundi 21 février 2011

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Norris › mercredi 23 février 2011 - 13:16  message privé !

Merci. J'ai noter les noms que vous avez lancés, j'écouterai ça. (là j'écoute Nusrat Fateh Ali Khan, à propos de musique du coin, j'aime beaucoup ça aussi, c'est bien allumé )

CeluiDuDehors › mercredi 23 février 2011 - 12:35  message privé !

Au plaisir de te lire alors...

Dioneo › mercredi 23 février 2011 - 12:25  message privé !
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Oui voilà, "plus récent", c'est bien ce que je voulais dire. Et Je crois qu'à l'époque du disque, c'était encore relativement rare d'en entendre dans ce cadre là.

Sur ce je retourne à mes écoutes hindoustanies (pour le moment in da trad'...).

Histoire que suite il y ait.

CeluiDuDehors › mercredi 23 février 2011 - 12:20  message privé !

La guitare est un instrument pas si incongru, assez recent par rapport a l'histoire de cette musique mais pas inhabituel, le guitariste Vishwa Mhann Batt a meme un disque estampille "maestro's choice" aux cote justement de Chaurasia, Vilayat Khan, Kishori Amonkar et d'autres tres tres grands noms, c'est un instrument aujourd'hui reconnu et assez pratique dans la musique classique. Pas mal d'instruments europeen ont ete "detournes" par les musiciens indiens, le violon est un bon example, dernierement j'ai pris une bonne claque avec Kadri Gopalnath qui fait de la pure musique carnatique pour saxophone!

Et je te suis completement sur cette scene "indo-jazz" vraiment pas top top a part quelques exceptions...Rudresh Mahantappa par exemple qui a enregistre avec Kadri Gopalnath justement, vraiment interessant et pas cliche du tout.

Dioneo › mercredi 23 février 2011 - 11:40  message privé !
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Oui, eux-même... Et Brishbushan Kabra, aussi, à la... Guitare ! On ne peut pas dire que l'instrument soit typique du genre. Reste que là, je ne le trouve pas en trop, ou pièce rapportée. Mais oui, on en reparlera (ainsi que de ce parti-pris de composition, de suite narrative, aussi).

Des fusions Raga/Jazz également, d'ailleurs. Qui peuvent tomber dans un entre-deux pas forcément très ragoûtant, à mon sens. En témoignent certains disques d'un certain Joe, assez en deçà de leur réputation, si on me demande... À suivre aussi, donc.