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Smashing Pumpkins › Siamese Dream

cd | 13 titres | 62:17 min

  • 1 Cherub Rock [4:57]
  • 2 Quiet [3:42]
  • 3 Today [3:19]
  • 4 Hummer [6:57]
  • 5 Rocket [4:06]
  • 6 Disarm [3:17]
  • 7 Soma [6:39]
  • 8 Geek U.S.A. [5:13]
  • 9 Mayonaise [5:49]
  • 10 Spaceboy [4:28]
  • 11 Silverfuck [8:43]
  • 12 Sweet Sweet [1:38]
  • 13 Luna [3:20]

enregistrement

Enregistré de décembre 1992 à Mars 1993 aux Triclops Sound Studios de Marietta, Georgie, USA.

line up

Billy Corgan (chant, guitare, mellotron), D'arcy (basse, chant), Jimmy Chamberlin (batterie), James Iha (guitare)

Musiciens additionnels : Mike Mills (piano sur Soma)

chronique

Styles
rock
hard rock
psychédélique
rock alternatif
shoegaze
Styles personnels
‘sweet sweet sweet little agony’

Voilà d’où vient l’aura de "groupe culte" qui entoure les Smashing depuis le milieu des années 90. De ce concentré d’émotions brutes, de doutes et de douleurs, vibrant comme un cantique profane dédié aux démons et aux anges de l’age ingrat. Brian Wilson voulait faire de son ‘Smile’ une "symphonie adolescente adressée à Dieu", eh bien en voici une. Une symphonie de guitares invraisemblables, shoegaze, stoner, grunge, tout cela et rien à la fois, épiques et psychédéliques jusqu’à l’overdose tant désirée. Il y a tellement plus à en dire que sur Mellon Collie. Siamese Dream est un album monstre, de ceux qui laissent les groupes exsangues, au bord de l’implosion, émotionnellement ravagés. Billy Corgan y met ici ses entrailles au grand jour, pour que l’on en contemple les couleuvres, rubis et névroses avalées depuis son enfance. Enfance exposée dans une impudeur toute américaine dans le livret, via des photos sur lesquelles Corgan colorie et écrit ses paroles comme une collégienne pseudo-dépressive. La première réaction est souvent le rejet. Rejet de ces cordes et de ces cloches franchement grotesques dans Disarm, de cette fragilité à fleur de peau qui semble surtout cacher quelque chose de vicié, de pervers. De nombreuses écoutes sont nécessaires pour y voir plus clair dans ces morceaux interminables, aux nombreux solos et break aériens, d’où peuvent sortir des arpèges psychédéliques et délicats comme de furieux riffs revanchards presque metal. Une fois les chansons assimilées, impossible de redescendre. Siamese Dream est le paradis grotesque et merveilleux des anges crucifiés, aussi bien que l’enfer de ceux qui ne peuvent pas y entrer. "faisons semblant d’être né innocents, jetés dans le monde avec des yeux de pomme" chante Corgan quelque part. L’innocence ne cesse-t-elle pas d’exister sitôt que l’on a conscience d’en être pétri ? Les chérubins et angelots de Corgan ne sont que des chimères de son imagination, ils bâtissent pour lui ce refuge immémorial fait de nuages pourpres et de caresses déchiquetées, où chaque coup de pinceau, chaque dorure, porte la marque des émotions trop longtemps contenues et des larmes amères. Siamese Dream capture cet instant très court de l’adolescence où l’innocence est partie mais où la nostalgie et la conscience soudaine de son existence travaille au corps celui qui sent son ame d’enfant se désagréger en lui. La douleur est alors proportionnelle au plaisir de vivre les derniers instants dans un paradis perdu qui pourrit à vitesse grand V. C’est vers ce paradis fait de regrets et de fiel que décolle l’album à partir de ce morceau-pivot qu’est Soma, premier d’une longue série de titres très ambitieux, que certains ont qualifiés de progressifs (le mot est inexact mais faute de mieux…). "I’m all by myself, as I’ve always felt", geint Corgan. C’est un petit garçon insupportable et suffisant mais sa confession et sa sincérité ne peuvent que toucher l’âme, même surjoués. Geek U.S.A. évoque une violence régressive et jouissive, portée par une batterie fantastique et un jeu de guitare plus riche que jamais. Mais c’est Mayonaise qui porte le lourd titre de plus grande chanson du groupe. Jamais une chanson n’a autant donné l’impression d’avoir été faite avec amour, exsudant un ouragan de tendresse et d’aveuglement dont bien peu de songwriters sont capables… Les Smashing ne sombrent pas dans le pathos, ils le boivent à la bouteille jusqu’au délirium tremens, toujours à la poursuite de cette enfance perdue dont ils se sont fait les plus grand chantres avec les Cure. Le sucre et l’amertume continuent de convoler en flamboyantes noces sur Spaceboy, où un Mellotron jette une lourde chape de nostalgie sur un Corgan visiblement au bord des larmes… Au point d’en vouloir à mort à la presse quand le sujet de la chanson sera révélé. ‘when a lover aches, that’s when a lover breaks’. Les mots de Corgan ont un parfum d’automutilation, où plaisir et douleur se confondent. La rondeur des basses et des guitares est ici savamment contrebalancée par ces accès de fureur (Silverfuck), et chaque détail de la production magnifique de Butch Vig (aux antipodes de celle, plate et ingrate, de Nevermind) semble vouloir souligner l’intensité permanente de cet album. Siamese Dream est une pièce d’orfèvre, un champ de bataille, une drogue dure, et une anomalie totale pour son époque. Là où le Shoegazing, alors à l’agonie, donnait à imaginer des univers ouatés et confortables, Siamese Dream en fait ressortir toutes les contradictions, comme une fille qu’on voudrait posséder pour sa pureté mais qui perd justement cette pureté dès la première caresse, ne laissant qu’un monceau de rancœur. Les notes ciselées en son clair deviennent alors des aiguilles qui transpercent la peau, les guitares rêveuses des hématomes, et la voix de Corgan une litanie narquoise et sadique. Heavy, dans tous les sens du terme, comme une toile de Mark Ryden ou de Henry Darger. Suprême chef d’œuvre du rock.

note       Publiée le samedi 22 janvier 2011

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varg › vendredi 24 novembre 2017 - 16:59  message privé !

Fin novembre a une vibe 90's à Seattle que je ne saurais expliqué, c'est comme ça. Du coup on ressort Siamese Dream, pour l'occasion.

Note donnée au disque :       
The Gloth › jeudi 24 août 2017 - 23:50  message privé !

Mellon Collie est bien plus chiant que cet album-ci, et pas seulement parce qu'il y a deux CD... Le premier album ("Gish") était bien cool par contre.

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 24 août 2017 - 20:11  message privé !
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Euh, ah ?

ÇA RESTE NON.

(Et c'est pas une grande affaire hein, jdis pas... C'est juste que justement : "C'{est} pas ma guerre" (comme disait John), c't'affaire de héros et de crédo).

(N°6) › jeudi 24 août 2017 - 20:00  message privé !
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Melissa Auf Der Maur est fan de Rush. Mais bon, elle est canadienne. (n'empêche, elle s'est tapée Billy Corgan ET Courtney Love en phase "sauvetage de groupe en déroute in extremis", c'est une guerrière)

Note donnée au disque :       
Dioneo › jeudi 24 août 2017 - 19:57  message privé !
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Pi après j'enchaine sur l'intégrale de Rush ?