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Stevie Wonder › Innervisions

lp | 9 titres | 44:12 min

  • face a
  • 1 Too High [4:37]
  • 2 Visions [5:17]
  • 3 Living For The City [7:26]
  • 4 Golden Lady [5:00]
  • face b
  • 5 Higher Ground [3:54]
  • 6 Jesus Children Of America [4:04]
  • 7 All In Love Is Fair [3:45]
  • 8 Don't You Worry 'Bout A Thing [4:55]
  • 9 He's Misstra Know-It-All [6:06]

enregistrement

Enregistré aux Record Plant (Los Angeles, California) et Media Sound Studios (New York) par Dan Barbiero et Austin Godsey - Masterisé par George Marino au Cutting room, NY. - Produit par Stevie Wonder, Malcolm Cecil et Robert Margouleff

line up

Scott Edwards (basse électrique sur all in love is fair), Willie Weeks (basse électrique sur he's misstra know it all), Stevie Wonder, Malcolm Cecil (contrebasse sur Innervisions, programmation des moogs et synthétiseurs ARP et T.O.N.T.O), Robert Margouleff (programmation des synthétiseurs), Dean Parks (guitare acoustique sur Innervisions), David "T" Walker (guitare électrique sur Innervisions), Clarence Bell (orgue hammond sur golden lady), Ralph Hammer (guitare acoustique sur golden lady), Larry "Nastyee" Latimer (congas), Yusuf Roahman (shaker sur don't you worry bout a thing), Sheila Wilkerson (bongos, gourde latine sur don't you worry bout a thing), divers choristes...

remarques

Artwork par Efram Wolff

chronique

Styles
soul
pop

Stevie avait coutume de dire : "ce n'est pas parce qu'on a perdu l'usage de la vue qu'on n'a pas de vision." Et il l'a démontré ô combien. Vision du monde, de la société, des hommes, des sentiments. De l'extérieur vers l'intérieur, de la superficialité vers la profondeur. Rentrer à l'intérieur de soi pour accéder à la vérité et la faire éclater au monde. Voici le programme. Stevie n'avait jamais eu le commentaire social aussi aigu. Musicalement, aucun de ses albums n'avait été aussi varié et... aussi uni. Cette vision est aussi direction et cohérence musicale. Car ce disque n'est pas une réunion de titres bons mais disparates ; c'est une suite qui doit s'écouter d'une traite, où tout s'enchaîne. Cela va à peu près de l'excellent au génial. À parler ainsi, on finit par avoir l'impression de tourner à vide, mais ce mec est tout simplement pas possible. Trouvez-moi une chanson qui égale "He's Misstra Know It All" et je soulèverai le monde, bordel ! Jamais l'instrumentarium de Stevie / Cecil / Margouleff n'a aussi bien sonné non plus, et de manière complètement unique : trouver une signature sonore est aussi la marque des plus grands. L'ouverture de "Too high" résume assez bien les choses, évoquant les paradis artificiels et nous plongeant in medias res : groove dément et pneumatique qui conjugue de manière hallucinante Fender Rhodes et synthé basse ; la batterie, particulièrement mise en avant dans le mix sur cet album, distille les ghost notes, tandis que Stevie chante, accompagné de choeurs très hauts perchés et de son harmonica. Sa voix est comme prise dans une légère distorsion psychédélique. Personne n'a fait ça avant et personne ne le fera jamais plus. Et "Visions" qui arrive, décrivant une utopie qui n'existe que dans l'esprit de l'artiste : Stevie fait flotter l'auditeur sur un nuage de bonheur irréel en convoquant pour le coup la contrebasse de Malcolm Cecil et trois guitares ! une électrique et deux acoustiques, pour une mélodie lente qui suspend son vol lors d'un pont enchanteur avec son court solo de gratte électrique au son clair. Et on enchaîne avec "Living for the city" : Stevie se donne au chant comme nulle part ailleurs ; jamais il n'avait livré non plus commentaire social plus acéré et tableaux plus éloquents sur la condition "afro-américaine" aux États-Unis, suivant l'exemple de bien d'autres à l'époque (Gil Scott-Heron, Sly Stone, Marvin Gaye...) mais y ajoutant sa griffe. On entend notamment la bande-son de l'interpellation violente d'un jeune homme noir par des policiers au milieu de la chanson, qui la relance ensuite avec plus de force. Et le choeur arrive à son apogée pour un enchaînement parfait sur un hymne d'amour au lyrisme puissant, "Golden lady", où le piano vient prendre cette fois-ci le premier rôle. "I'd like to go there..." Nous aussi, où que ce soit. L'entraînant "Higher ground" poursuit avec son gimmick tournoyant et hypnotique. Le groove funky irrésistible de "Jesus Children of America" rend également le prêche du père Stevie hautement convaincant. Et puis arrive la vraie ballade, la lente complainte amoureuse. Il n'y en a qu'une sur "Innervisions", certains en seront peut-être heureux. Mais (comme ça se trouve) elle est magnifique (même si pas aussi sublime que "They won't go when I go" sur l'album suivant), très classique (et classieuse) dans son agencement et ses arrangements (le piano domine). Pour que l'on se remette immédiatement de nos émotions arrive le mambo délirant de "Don't you worry 'bout a thing", tout simplement irrésistible lui aussi. Et comme si ça ne suffisait pas, la conclusion, la bombe "He's Misstra Know It All", que je renonce à décrire, vous catapulte direct au septième. Ce mec est tout simplement pas possible. Trop haut. Un monde intérieur qui éclate. Un disque inépuisable et merveilleux, le deuxième chef-d'oeuvre de Stevie Wonder.

note       Publiée le mardi 25 janvier 2011

chronique

Styles
black music
funk
soul
electro
ovni inclassable
pop
Styles personnels
l’extase selon saint-stevie

"Je vais trop haut, trop haut… Mais j’ai pas encore touché le ciel." Il sait pertinemment de quoi il parle, Stevie. Il sait très bien que le paradis feutré de Fulfingness est bientôt à sa portée, et que le firmament aveuglant de Songs in the key of life est au bout… Pas besoin d’yeux pour sentir la chaleur qui commence à l’irradier, lui annonçant que son voyage vertical avance à vitesse grand V. Innervisions, malgré son titre, est en bien des points un disque tourné vers l’extérieur, extraverti et mouvementé. Pris dans son entier, il ressemble au serment d’un pasteur black qui aurait décidé de faire une messe funky de 40 minutes. Un serment à écouter au casque, histoire de distinguer les multiples parties de claviers, et surtout de batterie, jazz et foisonnante… Rarement un album de pop n’a été aussi cohérent, aussi ciselé de bout en bout, comme émanant directement du cerveau de son auteur à nos oreilles par télépathie. Et le plus fort, c’est qu’il y a vraiment un film qui défile sur l’intérieur de nos paupières… Too High, par exemple, est un plan séquence horizontal sur un mec qui marche dans la rue en moonwalk. Le genre de truc trop beau pour être vrai, et par conséquent impossible à décrire par des mots sans en dévoyer la qualité. Le morceau titre allie guitare classique et reflets d’opale dans la fontaine des dieux : nous sommes dans un rêve, dans l’olympe aux côtés de bardes évanescents et de nymphes translucides. Et si tout cela n’était que pour mieux nous assommer lors de notre retour dans la "rue groovante" ? Living for the city est une chanson qui EXIGE d’être écoutée, à fond les ballons, comme du Led Zep. Un Led Zep qui aurait bouffé du James Brown et du Gil Scott-Heron (pour le texte), et qui vomirait le tout en remplaçant les décibels par la conviction décuplée. Il y a eu beaucoup de réquisitoires contre le racisme en musique, dont beaucoup bien-pensants, mais jamais d’aussi puissants que celui-ci, véritable cri de rage couché sur bande par un Stevie qu’on découvre furieux et engagé. Aucun rappeur n’a jamais sonné aussi remonté que ce mec, qu’on imagine tressauter derrière son clavier en pensant à son pote qui a fini dans le caniveau à New York… Golden Lady après cela, semble un baume nécessaire pour apaiser l’envie de sortir tout péter en dansant (un peu comme Michael Jackson dans le clip de Black Or White quand il pète des bagnoles)… Un autre chef d’œuvre indescriptible. On sait seulement que ça parle de fuite, que le refrain dit "j’aimerai aller là-bas" sans plus d’explications… Encore ce fichu paradis… Et on continue de monter, monter… Higher Ground. Ça parle réincarnation, arrivée du messie et surpassement de soi. Jesus Children of America y va carrément à fond dans le prêchi-prêcha, mais la voix de Wonder est si parfaite que l’on est littéralement happé dès la première écoute. Tout Micheal Jackson période Quincy Jones et tout Prince sont déjà condensés ici… Le rollercoaster émotionnel continue avec All In Love In Fair, étonnamment mélancolique et triste de la part de Wonder… Mais nos angoisses sont vites épongées par un Don’t you worry about a thing chaloupé : c’est en vrai démiurge que Wonder manipule nos visions. Comme d’autres grands disques de la black music (suivez mon regard…) Innervisions est un film pour les oreilles… Dont le générique de fin est un doigt pointé à Nixon, et que l’on pourrait pointer vers n’importe quel politicien en campagne électorale permanente. Le bilan de ce disque jouissif qui s’écoute tout seul ? Nous sommes crucifiés en pleine extase, comme les spectres inquiétants de la pochette… Vont-ils au purgatoire où errent-ils dans le labyrinthe peint au verso ? L’envol final d’Icare est bientôt proche…

note       Publiée le mardi 25 janvier 2011

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  • Lou Reed › Berlin
    Lou Reed - Berlin
    Film pour les oreilles. Celui de Stevie Wonder est carrément plus puissant, si voulez mon avis.

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COLDSTAR › samedi 13 juin 2015 - 02:34  message privé !

Il y a de purs moments de génie sur le délicat Visions et le revendicatif Living for the City. L'interprétation et le son sont effectivement irréprochables, et effectivement on reconnaît une "patte" Wonder qui lui donne une place distinctive dans son époque. Malheureusement, je ne trouve que très peu d'intérêt à son écriture, Wonder choisit systématiquement des structures très linéaires qui enrayent la dynamique. Un vrai gâchis.

Note donnée au disque :       
salida › vendredi 17 mai 2013 - 12:07  message privé !

Stevie Wonder est au milieu de sa période classique et probablement au sommet de son art. 9 titres, 9 chefs-d’œuvre. Si il fallait n'en retenir qu'une (et heureusement ce n'est pas le cas...), je choisirai le morceau éponyme, le plus minimaliste de la carrière de Stevie Wonder, qui démontre (si quelqu'un en doutait) que la magie opère tout autant avec seulement une voix et une guitare.

Pat Bateman › samedi 4 juin 2011 - 00:07  message privé !

Inspiration, interprétation, production, tout est au top. Un disque monumental.

Note donnée au disque :       
Seijitsu › dimanche 27 février 2011 - 14:49  message privé !

Ce qui m'impressionne avec ce disque, c'est l'omniprésence des synthétiseurs et leur... Discrétion. Je ne les ait même pas remarqué la première fois que j'ai écouté ce Innervisions. C'est sans doute pour cette raison qu'il n'a pas pris une ride et parait toujours aussi moderne aujourd'hui. Album énorme en tout cas, que ce soit en terme de compos, d'arrangements et d'interprétation.

Note donnée au disque :       
Soup › mercredi 26 janvier 2011 - 13:11  message privé !

Grosse surprise de voir toutes ces pochettes de Stevie en page d'accueil de Guts ! Concernant cet album, je le trouve cool. Enfin disons que j'adore les morceaux pêchus/funk (Higher ground, Living for the city par ex), par contre le reste je trouve qu'on est souvent à la frontière du très beau et du très cucul voire chiant comme la pluie. All in love is fair est chouette, mais essentiellement dans un cadre de slow pour choper des nanas, j'écouterais pas ça au petit dej non plus.

Note donnée au disque :