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Hitoshi Kojo › Lux Ova

k7 | 6 titres

  • Face A : Ova
  • 1 Lux Ova
  • 2 Mononokenoke
  • 3 Spectracle
  • Face B : Lux
  • 4 Astral Radiation
  • 5 Larval Lava
  • 6 Astral Dissolving

extraits vidéo

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enregistrement

« Originally recorded in middle 90’s on cassette tapes in Tokyo and Kagoshima, Japan. Assembled and recomposed with new materials on a computer in spring 2010, in Vevey and Lausanne, Switzerland »

line up

Hitoshi Kojo

remarques

K7 tirée à 100 exemplaires numérotés à la main.

chronique

Styles
ambient
field recordings
musique concrète
musique électronique
noise
Styles personnels
carbon based lifeforms

Des no-man’s land comme biotopes. Des terres imprégnées comme habitat. Espaces résonnants, foisonnants, volumes et textures ; contractions, réfractions, poches qui s’enflent et se vident d’oxygène, d'autres fluides : aspirés, absorbés, cyclés et recyclés. Certaines de ces pièces s'épanouissent, à l'origine, en houles quadriphoniques - ici, bien sur, réduites en stéréo. Et s’écoutent qui plus est, lorsqu’elles font performance, allongé sur le sol où leur auteur les joue. Empilements, déplacements, glissements de nappes saturées : en bribes, tour à tour ; oscillations de transitoires abrasives, granuleuses ; sons déchiquetés, déchirés comme des enveloppes plutôt que découpés ; mais enrobants, pourtant, qui coulent entre les corps, au-dessus, par dessous. "Ambient" si l’on veut mais sûrement pas "New Age" : car rien, ici - aucune survenue, aucune soudure ni assemblage - n’est lissé pour l'endormissement, l'apaisement bonace, un peu douceâtre de qui s'y exposerait. Bruitisme, encore, peut-être, certes, si l'on y tient. Mais détaché - c’est l'évidence - du souci d’écraser, d’annihiler, d’oppresser l’auditeur. Étranger - absolument - à tout discours d’anti-musique, de destruction de l’art et autres manifestes d’un siècle à présent révolu. Hitoshi Kojo n’est pas imprécateur indus, démiurge noise, maître saccage ; pas plus qu’il n’est chamane ou gourou proclamé d'un quelconque cosmos. Ou alors, pour cela... Incidemment, par goût des jeux de teintes, de nuances, de viscosités qui s'agrippent ; par la vertu des places où il fait ses foyers. Parfois, il capte et re-combine des matériaux étranges, incongrus, réputés sales, pauvres, sinistres... Les enregistrements qui font les matières d'une certaine pièce, par exemple, proviennent d’une déchèterie - d’un centre de transformation des ordures, plus précisément - avec ses robots broyeurs, ses trieuses calibrées, ses mouettes et ses rongeurs, possiblement, en quête d’aliments qu'ils pourraient prélever. Ailleurs, il s’empare d‘objets à priori plus communs, plus convenus lorsqu’on en vient aux paysages sonores, aux pièces immersives : bruissements de forêts venteuses, sifflements de gorge diphoniques, craquèlements de feuilles sèches (sous alias Jüppala Kääpiö, notamment, avec son épouse Carole...). Jamais, de tout ceux-là, il ne fait anecdotes, tableaux figés, théâtre. Plutôt que s’ériger en installations, ses machines exsudent des environnements, avec leurs heures et leurs saisons (forcément ramenées à de plus brèves dimensions), leurs phases où se succèdent rythmes et formes de vie. Elles y injectent flux et trajectoires, nous invitent à les parcourir, à croiser les voies qui s’y ouvre ; à nous glisser dans ses trouées, à n’y passer qu’un instant la tête avant de nous poser, plus loin. (Car je l’ai dit, le flux de ses plages invite, en premier lieu, à l'écoute couchée... Mais rien n’empêche le nomadisme à qui voudrait en parcourir les nuances climatiques et les topologies). Ses titres, aussi, avec un humour discret, alternent jeux d’assonances et d’allitérations, mots emboîtés à l’amusement assumé (Larval Lava, Spectracle... Un spectacle spectral ?) avec d’apparents clichés dont on vient, du coup, à douter de l’inébranlable sérieux (Astral Radiation, Astral Dissolving). En mots, en fréquences, Kojo découvre et masque. Il saisit des mouvements, des âmes animales, des corps palpables et des courants. Il nous les jette, il nous les tend ; nous les expose, les relâche, délicatement, plus près de nous pour qu'on les frôle... Toujours, sans rien expliquer, sans rien dévoiler d'autre que sources et processus. Il n’est pas sur, même, que comprendre ait ici la plus grande importance. Lux Ova n’est pas Initiation. Personne, en son espace, ne se prétend Sorcier. Pas une métaphore, non-plus : on ne sait pas si les déchets ici transformés s’épandront en engrais ou en objets futiles. Le beau, le laid - au sens pictural - sont des questions qui peuvent attendre. Mais Lux Ova n'est pas un "moment suspendu", pour autant, dans l'acception d'une amnésie béate et temporaire. Une heure durant, tout au plus, un écosystème neuf nous accueille, nous englobe, nous intègre à ses métamorphoses. Enchanteur parce qu’inconnu, traversé de couleurs en mouvement, en transparences (comme la fresque du livret avec ses bêtes et esprits en pastels translucides) ; de lumières changeantes (Lux) qui s’instillent à nos organismes, caressent, avivent nos attentes ou bien passent sans trace sur notre distraction. La conscience ne s’altère pas ; pas au sens de l’engourdissement, ni dans celui de l’illumination ; elle prend les dimensions, se love ou glisse au lieu qui autours d’elle s’épanouit ou se rétracte. Lorsque se taisent les machines, que se dissipent les halos, chacun reprend son cours ; l’un ou l’autre aura - plus ou moins ou pas - métabolisé tel ou tel élément de ce qui sera passé par lui. Selon l’état, la taille, le tempérament de ses organes. L’humeur du moment et le point de la ville. L’air sera respirable. Les œufs (Ova) sauront ou non éclore. On ira son chemin. De l’humain comme biotope. Des étendues comme habitables. De l’écoute où jaillissent toutes vitalités.

note       Publiée le dimanche 16 janvier 2011

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Dioneo › dimanche 7 août 2011 - 21:29  message privé !
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Je me réécoute ça maintenant... Je crois qu'à présent je tendrais facilement vers le 5 boules, pour le coup...

(Eh oui, encore un coup du topic à cassettes...).

Dioneo › lundi 17 janvier 2011 - 18:37  message privé !
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C'est bien celui à qui tu penses mais ils ne sont pas franchement folk, hein, les deux ! Et hippies, en rigolant sous cape, quelque peu. (La doublette déboule bientôt, de toute façon... Et pour le coup, ici, c'est pas du tout ère du verseau).

Wotzenknecht › lundi 17 janvier 2011 - 09:57  message privé !

C'est la moitié des hippies-folk suisses, non ? En tout cas, Dioneo qui se met à la K7 de noise à 100 exemplaires, ca fait plaisir.

ericbaisons › lundi 17 janvier 2011 - 00:27  message privé !

ah ok l'extrait est plus beau encore, on passe au domaine des reves mais on reconnait la patte du gars en tout cas la meme finesse.

Note donnée au disque :       
Dioneo › lundi 17 janvier 2011 - 00:03  message privé !
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En concert, ça m'avait vraiment bien pris, aussi, charmé, en effet, au sens pas neuneu du terme. Et oui, justement, je m'étais fait cette réflexion qu'il ne tirait pas son truc inutilement en longueur.

Le mec semble avoir un certain humour, aussi, une distance poétique qui fait parfois défaut dans ces styles où on se gargarise volontiers de Sublime bien contrit. Je vous parlerai bientôt de sa facette Lutin Psiloformé, je pense.