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Pantha Du Prince › Black Noise

cd • 11 titres • 70:13 min

  • 1Lay In a Shimmer
  • 2Abglanz
  • 3The Splendour
  • 4Stick To My Side
  • 5A Nomad's Retreat
  • 6Satellite Snyper
  • 7Behind the Stars
  • 8Bohemian Forest
  • 9Welt Am Draht
  • 10Im Bann
  • 11Es Schneit

line up

Hendrik Weber (DJ)

Musiciens additionnels : Animal Collective, ...ou plus exactement Noah Lennox (chant sur "Stick To My Side") et Tyler Pope (basse sur "The Splendour"),

remarques

Le "son noir" est un autre nom pour les infrasons (sons aux fréquences extrêmement basses) les plus bas souvent produits par des phénomènes naturels comme les éruptions volcaniques, les séismes ou les avalanches mais aussi une simple chute d'eau. Ces infrasons sont imperceptibles à l'oreille humaine mais peuvent l'être par la cage thoracique lorsqu'ils nous traversent, et avoir une influence sur les systèmes nerveux et sanguin.

chronique

Styles
techno
house
Styles personnels
minimal tech à infusion longue

Les doigts vous picotent ? C'est normal. Mais je sens qu'il faut revenir quelques minutes plus tôt pour comprendre, et si possible décortiquer les évènements... Nous allons pour ce faire devoir procéder à un flashback de chronique (je suis comme vous le savez un des très rares chroniqueurs à user du flashback de chronique, procédure qui demande une extrême dextérité). *Tskt... chwwwt !* Tout débute dans ce qui ressemble à une boutique d'horlogerie ancienne. Vous avancez au milieu, insouciant. Les carillons résonnent, le cliquetis des mécaniques et du cristal, tranquille, dorlote vos sens. Et vous vous sentez quelque peu... las. Vous somnolez, perdu dans vos pensées, presque totalement inconscient de ce qui se trame autour à coups de tintements de tic-tac et d'agates jetées au sol par on ne sait trop quel lutin facétieux. Votre esprit est apaisé, focalisé sur ce beat tendre comme la joue d'une femme mûre. Tout doucement, et sans que vous vous en rendiez vraiment compte, les horloges se sont pourtant muées en machines plus évoluées, dont le fonctionnement vous échappe. Êtes-vous bien dans une boutique d'horlogerie, de toute façon ? De ce que vous pouvez percevoir, non. Vous êtes au milieu d'un loft, un vaste loft aux teintes blanc cassé, et ce son provient de vos enceintes haute définition. Vous êtes un bobo et vous vous rappelez que vous adorez la minimal tech parce que c'est tendance en soirée. Une sournoise métamorphose - avec comme borne le seul des 2 titres avec voix qui sonne presque incongru, curieuse carcasse démantelée de tube synth pop senteur salsifis - aurait pourtant pu vous mettre la puce à l'oreille, mais vous étiez déjà étourdi sans le savoir. Car tout continue, pourtant, à résonner dans la plus grande sérénité d'échos taquins, tandis qu'apparaît de plus en plus la masse de ce rythme house tant désiré. Vous pouvez désormais pleinement soupeser et tâter ce rythme de vos mains, comme votre télécommande ou quelque chose de plus chaud. Vous percevez à travers ces pulsations ayant leur vie propre que ce n'est pas votre corps, mais la pièce elle-même qui est en train de se mouvoir et de changer de la manière la plus fluide et sereine du monde, comme un glacier à la dérive. Le pivot est le rythme. Votre corps est le pivot. Les papiers d'arménie brûlent lentement sur la table basse laissant échapper de fines volutes, les bougies flottantes dérivent dans la vasque imitation marbre et des fragrances de thé vert et de gentiane viennent vous titiller les narines, les gouttes d'eau tombent sur le sucre qui repose sur la cuillère avant de retomber dans l'absinthe qui se déversera dans votre bouche tandis que la frêle jonquille tangue au son du glockenspiel, etc etc etc... Le rythme reste omniprésent, toujours en train de perdre et de gagner de nouvelles parures, discrètes, volatiles, enivrantes, jamais écrasantes mais subtilement envahissantes. La grande baie vitrée - dont la largeur égale presque celle du living - laisse entrevoir le panorama d'une paisible vallée recouverte d'un fin linceul de neige, semblable à celles qui ornent le bureau d'un PC fraîchement acquis quand il sent bon le plastique neuf. Ceci est votre système d'exploitation, régit par ce métronome aux mécaniques minérales. Ceci est votre bureau et ce bureau est votre esprit, sur lequel se greffent les icônes de dossiers, les notes, toujours implacablement et tranquillement. Ceci est votre horizon : paisible, zébré par les fumées blanches des avions de ligne. Avez-vous seulement perçu le changement, à regarder rêveusement le ciel et les pâturages dehors ? Vous n'êtes pas dans un loft. Vous êtes dans un club au design avant-gardiste, dont l'étrange DJ est un amoureux secret de field recordings en Alpes suisses et dont le dancefloor est un étang à l'eau claire et pure, et les danseurs - vous l'avez deviné : des nénuphars, qui dérivent lentement au gré des ondes. Une nature polaire ou chimique selon l'angle, sans faune apparente sinon celle des unités de son puisées dans la techno et le sacré par Hendrick Weber, le concepteur malin, qui, contrairement à nombre de contemporains, ne s'amuse pas à enchevêtrer gratuitement les sons ou à étoffer en long et en large pour masquer une anorexie d'imagination : il lustre les ossatures de sa techno avec un soin et une délicatesse dignes des joailliers ou des grands maîtres chocolatiers, pour l'emmener à un niveau de pureté rarement atteint dans le genre. De pureté, et, vous l'avez deviné à mon blabla : de beauté. Une beauté qui ne sera pas perceptible par tous loin de là, mais inépuisable, à l'image de ce "Im Bann" que n'aurait pas renié le Durutti Column des grandes heures (Reilly est d'ailleurs directement samplé sur l'ultime piste, un instant d'éternité - si c'est pas beau la cohérence !). Il n'appartient qu'à vous de vous laisser charmer par ce Black Noise, d'en devenir la docile peluche. Au final, toutes les métaphores environnementales que j'ai développé avec appétit (à défaut d'éloquence ?) dans cette chronique inutilement longue voleront en éclats, face à la révélation que vous aurez après ayant savouré comme il se doit l'album. Une révélation limpide comme les gouttes d'eau perlant avec grâce de cette clepsydre sonore bienfaitrice (il fallait que je la place, vous savez ce que c'est quand je m'emporte) : s'il y a un feng shui pour les habitations, il en existe aussi un pour l'oreille interne. Pantha du Prince vous en façonnera un très équilibré, pour pas cher.

note       Publiée le dimanche 19 décembre 2010

Dans le même esprit, Raven vous recommande...

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    "Behind The Stars" est du même tonneau
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    là le rapport (subjectif) tient à des détails, j'ai même pas envie de me casser le kiwi à vous expliquer pourquoi... m'enfin essayez

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Khyber › dimanche 6 juillet 2014 - 20:20  message privé !

N'connais pas celui-là, mais son cadet 'This Bliss' est une petit bombe sonore/sonique. J'y jetterai une oreille tantôt!

Wotzenknecht › dimanche 25 août 2013 - 07:02  message privé !
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C'est pas très dur depuis chez toi :) Mais un conseil, vas-y en semaine et avec les premiers bateaux du matin. Mon rythme étant ce qu'il est ici je n'ai pas pu faire autremant que d'y aller au pire moment.

Twilight › dimanche 25 août 2013 - 00:51  message privé !
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Un endroit très particulier à en juger par tes photos...Je m'y rendrai probablement un jour si j'en ai l'occasion.

Wotzenknecht › dimanche 25 août 2013 - 00:00  message privé !
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En Bavière oui, comme susmentionné dans un précédent commentaire.

Klarinetthor › samedi 24 août 2013 - 23:52  message privé !

pov piti! J'imagine que c'est en Bavière ou dans les Alpes autrichiennes?