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Jean-Louis Murat › Mustango

  • 1999 - Labels, 7243 8481010 2 (1 cd)

cd | 11 titres | 52:17 min

  • 1 Jim [4:34]
  • 2 Les hérons [3:11]
  • 3 Polly Jean [3:45]
  • 4 Nu dans la crevasse [10:17]
  • 5 Mustang [4:31]
  • 6 Bang bang [7:20]
  • 7 Belgrade [4:09]
  • 8 Viva Calexico [3:21]
  • 9 Les gonzesses et les pédés [3:49]
  • 10 Au Mont Sans-Souci [2:56]
  • 11 Le fier amant de la terre [3:54]

extraits vidéo

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enregistrement

Produit par Jean-Louis Murat.

line up

Jean-louis Murat (chant, piano, harmonica)Cyro Baptista (woodoo, percussions), Oren Bloedow (guitare), Harvey Brooks (basse), Joey Burns (violoncelle, contrebasse), Jennifer Charles (chant), John Convertino (batterie, vibraphone, percussions), Howe Gelb (wurlitzer), Melvin Gibbs (basse), John Medeski (orgue, piano fender, wurlitzer), Marc Ribot (guitare, guitare électrique), Mark R. Deffenbaugh (guitare), John Ginty (wurlitzer, orgue), Zev Katz (basse), Shawn Pelton (batterie), JT Lewis (batterie), Winston Watson (batterie), Ralph S. Gilmore (batterie), Eszter Balint (violon), Dorotea Strauchn (choeurs), Arif St. Michael (choeurs), Rosa Russ (choeurs), Sophie C. (voix)

chronique

C'est avec une légère appréhension que j'ai remis ce disque dans la platine en vue d'une petite chronique. Des années que je ne l'avais pas réécouté. Mais les premières notes, les premières paroles, m'ont de suite rassuré, remis dans cette ambiance si particulière. "Never on such a night have lovers met..." Ce disque est une oeuvre de nuit, du blues lancinant, pesant. Les basses y paraissent aussi rondes que lourdes. Les litanies sibyllines de l'Auvergnat s'y prolongent à l'infini, faisant la part belle aux atmosphères étouffantes, irrespirables. Murat se permet de faire durer "Nu dans la crevasse" pendant plus de dix minutes, par exemple, sans que jamais l'on ne demande grâce à ces choeurs plaintifs et à cette guitare électrique gluante, poisseuse. Et "Bang bang", "Belgrade"... Ces longs titres, qui s'apparentent à des tunnels sombres dont on ne voit jamais l'extrêmité lumineuse, forment réellement le noyau de cet album, le coeur de cet organisme (un truc qui palpite et qui vit) ; ce coeur qui se retrouve flingué impitoyablement au son du wurlitzer et de la contrebasse ("Est-ce ainsi, d'écorce fille, que l'on va de ci de là, au monde ?") ; ambiances buesy déglinguées de l'orgue et du woodoo... Il reprendra d'ailleurs tout ça en live de manière encore plus tortueuse. En parallèle, il y a les moments dépouillés, où Murat est seul au piano ("Mustang", "Au Mont Sans-Souci"), bouleversants de simplicité, de nostalgie et de tristesse. "Hauts les coeurs, v'là la vie..." Jamais on n'avait entendu pareil refrain chanté avec autant de résignation. Sur cet album, on entend aussi Calexico (Burns et Convertino se font même dédier un des titres), Jennifer Charles, la chanteuse d'Elysian Fields, mais également Cyro Baptista et le grand Marc Ribot, et, loin d'être de simples figurants, ils sculptent véritablement le son de cette oeuvre unique dans la discographie de Jean-Louis Murat (au demeurant chanteur très discutable, je sais, pas la peine de me lancer des pierres en me rappelant la "hype" des Inrockuptibles, ses conneries balancées en interviews, ou la collaboration avec Mylène Farmer.) Dommage qu'entre ces hauts, il y ait des bas : les chansons-hommages un peu légères ("Polly Jean", "Viva Calexico"), ou bien "Les gonzesses et les pédés", qui tombe un peu comme un cheveu sur la soupe, de même que le dernier titre, un peu trop lisse malgré ses distorsions électroniques. Mais ce qui reste en mémoire, c'est la fin de "Bang bang", où Murat cite une parole que Staline aurait eue pour le peuple russe : "Mais qu'auriez-vous fait sans moi, mes petits chats ?" Alors que le chanteur répond lui-même : "Eh bien... Obéi comme des cadavres !"

note       Publiée le lundi 15 novembre 2010

chronique

Styles
chanson
alt-country
rock
jazz
folk
Styles personnels
americana auvergnate

C’était plié. Un soir, j’ai vu Jean-Louis Murat parler de Polly Jean et de Richard Virenque. Et puis interpréter « Jim », accompagné par une créature à la sensualité diabolique. Et c’était plié. Jean-Louis, le brenoï, allait être mon nouveau compagnon de route. Un gars de la montagne. Souvent les grandes rencontres s’effectuent au bon moment. « Mustango », c’était le meilleur pour croiser la route de Jean-Louis, lui-même revenu de la faire, la Route, l’américaine, et à la jonction entre les deux grandes périodes qui esquissent son parcours. Plus tard, j’aurais compris que tout était plié. Je veux dire, tout ce que j’allais aimer le plus était plié dedans : le desert-rock de Tucson, celui de Giant Sand, et la scène jazz downtown New-yorkaise, une partie de la famille de John Zorn. L’Amérique, frontière infranchissable pour celui qui se surnommait Johnny Frenchman, un colonisé musical. Y faire un grand disque. Et il a réussi le bougre. Ouverture au scope sur le ranch de l’écrivain Jim Harrisson, dans le Minnesota, entre « Prince et Spring », histoire d’hérédité et de terres. Celles des indiens, avec lesquels il boucle l'album en boucles aux relents de trip-hop suspendues comme une fumée d’automne, en une menaçante prémonition «  Sur des révolutions qui n’éclateront pas, j’ai bâti ma raison, méfie-toi de moi. ». Murat signe d’un bout à l’autre des textes stupéfiants. Ah oui, l’héritier des Flynn, Jim, donne à entendre, sussuré par une voix de démone de dream-pop noire une formule de sorcellerie « Never on such a night have lovers met ». C’est Jen. Jennifer Charles, du duo New-yorkais Elysian Fields, la chanteuse qui salive en cyprine. Son homme, alors, Oren, lâche l’incroyable riff brisé qui ouvre « Polly Jean ». Et me voilà obligé de partager mon grand amour, ma Polly, avec cet auvergnat mal léché. Il l’habille en pirate, l’ayant vu, sans son galure imaginaire, chanter à Saint-Malo et fait d’une huître une âme grise qu’on aspire après en avoir soulevé la mantille. Mal léché, mais la plume inouïe. Comment il décrit une catastrophe imminente, une dévastation de marigot dans « Les hérons », hanté par les claviers de John Medeski et la guitare de Marc Ribot, deux coloristes de luxe pour une poésie morbide et topographique. Des points sur la carte, il y en a toujours chez Murat. Et quand viennent les dix minutes d’anthologie de « Nu dans la crevasse », traversée de l’americana, son folk, sa country, son gospel, c’est dans des sentiers bien de chez lui que l’auvergnat perd sa raison, cette brute, débite sa logorrhée hallucinée en pointant Les Longes, La Dent de la Rancune, puis va porter son absurde, parfois comique, et misanthropique amertume jusque dans les Alpes, où résonne sous la neige son pathétique appel « Que l’engin m’efface !». D’autres territoires encore, le fameux Mustang, bien loin des grandes plaines américaines, lové du côté d’un Tibet sacrifié, que le Murat relie au cosmos dans une ballade dépouillée au piano. D’autres traces de sang, à « Belgrade », déstructuré et malaisant, où se percutent la trivialité du bavardage de comptoir et les ombres du génocide, Medeski qui part en free-vrille dans son coin sombre, Corrèze, Eygurande, Brive, Lausanne, Washington…. pis Oradour pour mieux dire ce que Murat ne dirait jamais de front comme un protest-singer de base. Allez Belgrade, ta gueule, en impuissant mépris alcoolisé. Ailleurs encore le désert, pas loin de la frontière mexicaine, où Jean-Louis croise Joey et John. Ca fait du Calexico avec Jean-Louis en Arizona, atmosphère de fin de ligne de chemin de fer, arrivé au bout de piste et bières à la tombée de la nuit avec les gars. Le chemin de fer ? Celui entendu à la fin de « Bang Bang », deuxième morceau d’anthologie, salutation chargée en tranxène érotique à Lee Hazelwood, où Howe Gelb rejoint ses futur ex-comparses pour un bout de route digne de la scène de nuit de Wild at Heart de Lynch. Murat alors dit « c’est le monde qui s’arc-boute », c’est à dire se plie, ou se déplie le long d’une piste qui va droit vers l’Ouest, droit au crash, qui défigurera une gueule d’amour. Jen est là qui fait sa Nancy fatale. Jean-Louis qui pose sa question piège « Mais qu’auriez-vous fait sans moi mes petits chats ? » dans un moment de sidération. Le train passe. Bang. « Mustango », c’est aussi l’album où il y a « Au Mont Sans-souci ». La ritournelle qui racole les filles avec son évidence charmeuse, sa mauve nostalgie des amours de courte haleine, son imprégnation dans cette Auvergne qui, même à N.Y.C., habite le brenoï. Il y a aussi un faux-pas évident, en forme de référence politique marquée et donc datée, mais qui avec le recul, n’a besoin que de l’effacement du nom propre pour rester actuelle, d’autant que la rythmique power-pop effrénée et le riffs country-rock du refrain sont d’une efficacité redoutable. « Mustango », c’est le grand album de Murat. C’est un grand album, point barre. Rencontrer Jean-Louis alors, c’était parfait. C’était plié pour de bon. Bang Bang.

note       Publiée le mercredi 4 janvier 2017

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SEN › vendredi 6 janvier 2017 - 19:51  message privé !

Total soutient N°6, Mustango est un chef d'oeuvre incomparable ! Pourtant j'avais du mal avec la voix de Murat, mais sérieux suffit de voir son travail sur Ferré pour se rendre compte de la hauteur du bonhomme... Un génie !

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(N°6) › vendredi 6 janvier 2017 - 19:01  message privé !
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C'est son QG la Coop. Tous les ans il fait un concert spécial pour une assoc clermontoise qui va faire des trucs en Afrique. Un concert attendu par les fidèles, les amis du coin, la famille. Evidemment il n'en a jamais fait aucun cas médiatique. Comme disait en substance Desproges "Moi aussi j'ai mes pauvres, mais je montre pas mon cul à la télé pour faire voir à quel point je suis généreux". J'imagine que plus il va vieillir, moins il va tourner et faudra se déplacer dans le pays pour le voir. Bon allez, et une platée d'aligot.

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Rastignac › vendredi 6 janvier 2017 - 17:54  message privé !
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...et de moins en moins de gens connaissent le Phidias maintenant. Sinon, bis, le seul que j'ai vraiment écouté, et que je réécoute, parce qu'il est beau, qu'il est morphine. Sinon j'adore ses prestations télé (bourrées ?) ; j'aime bien sa façon médiatique de râler. La dernière c'était sur son impossibilité de jouer dans des salles en France parce que trustées par d'autres vieux. En tout cas il a joué à la coopérative de mai à Clermont il y a peu. C'est moins loin de Murat que Paris.

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(N°6) › vendredi 6 janvier 2017 - 17:11  message privé !
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C'est assez triste de voir que sur Guts of Darkness, les coms ne s'élèvent pas plus haut que la moyenne des clichés les plus éculés sur le bonhomme et sur des apparitions médiatiques foutage de gueule au milieu des années 2000. Je suis surpris que personne n'ai encore sorti la carte Manset (ah ben si, sous d'autres chros en fait). (c'était bien ça sur Renaud. Absurde mais elle me fait bien marrer aussi.) Mustango est un chef-d'oeuvre. Tant pis pour les sourds.

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bubble › vendredi 6 janvier 2017 - 17:04  message privé !

c'est clair que murat est reconnu pour sa classe et sa modestie . Mais je ne lui jette pas la pierre car dans le fond il a assez raison ( même si je ne supporte pas se qu'il fait ) ... et puis il en sort des bonnes comme (de memoire ..) : Renaud est si con qu'il pourrait s'appeler Citroën