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Max Nagl Ensemble › Ramasuri

  • 2001 • Hatology hatOLOGY 575 • 1 CD digipack

cd • 9 titres • 57:18 min

  • 1Einleitung3:06
  • 2Helikon6:33
  • 3Striptease6:51
  • 4Hairy Satin8:09
  • 5Schwnenei8:03
  • 6Schlitz5:47
  • 7Flaçon5:01
  • 8Kanon8:07
  • 9Draweg5:42

enregistrement

Concert enregistré le 20 mai 2000 au Porgy & Bess Radiokulturhaus, Vienne par Ronny Matky. Mix et mastering par Peter Pfister. Produit par Max Nagl. Production executive : Werner X. Uehlinger.

line up

Noël Akchoté (guitare), Patrice Heral (percussions), Max Nagl (saxophones), Paul Skrepek (batterie), Achim Tang (basse), Joanna Lewis (violon), Melissa Coleman (violoncelle), Thomas Gansch (trompette), Otto Lechner (piano, accordéon), Vincent Wizlsperger (basse, tuba)

remarques

Édité à 3000 exemplaires.

chronique

Styles
jazz
avant garde
free jazz
contemporain
impressionisme
moderne
world music
Styles personnels
veines-caves et appentis

Neuf pièces, littéralement. Au sens de l’habitat avec ses recoins et fonctions ; de l’architecture et de ses accidents, de ses correspondances ; de l’urbanisme avec ses miracles et ses ruptures, ses frottements et ses transitions. Des murs avec leur teintes qui exhalent des ambiances, les proportions de chambres qui exsudent l’intimité, le rire feutré ou qui éclate, la mélancolie des alcôves aux instants d’avant l’aube. Habitué des scènes, des ballets, des théâtres, Max Nagl, avec sa compagnie, sait ce qu’il en est de construire, de narrer les villes, les citadelles et les jardins, d’évoquer la surface des fleuves et la profondeur des regards effleurés. En artiste qui, sans hypocrisie, sans fariboles sur l’inspiration détachée de toute lignée -sans s’en tenir non-plus aux illusions closes des écoles et systèmes, sans prétendre du tout aux assemblages postmodernes en leurs salmigondis de répliques- connaît le métier ; il pose, pour élever ses lieux hétéroclites, des fondations apprises en toutes époques, hautes et décadentes ; emprunte techniques d'étayage, de remblayage, calcul des angles adéquats ; plus haut, pour soutenir l'appui des faîtes, il façonne, assemble les solives, combine des charpentes qui attendent motifs, ornements et vêtures. Drôle de cité, qui s'élance et qui se creuse : familière et composite. Un rêve d’humains aux perspectives des rues qui découpent, encadrent et taillent les horizons, tandis qu’en ses artères s’alourdissent ou s’oxygènent, en diastoles et systoles, le flux des existences qui les traversent et qui s’y logent. Il règne, il flotte, il plane, en cette capitale concrète et fantasmée, comme une atmosphère d’Europe du Milieu (cette Mitteleuropa au cathédrales sérieuses et maisons de folie où fermentent depuis des siècles nos histoires, révoltes, conspirations et Grands-Conseils...). Les couleurs étranges, voilées, brumeuses, harmonies sourdes, lasses ou exaspérées de cette Prague Magique (Praha Magica) qu’exaltait un auteur tout en la maudissant : pour le génie stérile -maniaque- de ses peintres, de ses fantaisistes importés d’Italie (Arcimboldo…) ; la hantise des Kabbaliste modeleurs de Golems ; les têtes enflammées des alchimistes obnubilés dans leur Quête-au-Lion-Vert ; les tares congénitales des empereurs déchus qui venaient s’y échouer. Quelque chose, aussi, d’une Venise plus froide, dans ces passages couverts, ces ponts fermés, ces patios aux chuchotis mats. D’une Rome moins solaire, peut-être, aux éclats de ces trompettes qui rappelleraient un certain Rota (Nino, oui, quel autre…) devant quoi passeraient parfois les nuages qui tamisent. De cette Vienne surtout, qu’on imagine : massive, trop calme, aux soubassements habités d’ères défaites, de survivances, de révoltes larvées ou qui s’y dissimulent, de joies non-avouées qui voudraient jaillir aux pavements. Les cabarets d’ici, leur jazz dégénéré, cosmopolite, flots-mêlés... Portent leurs échos sur les voûtes, en dessous, des caveaux (médiévaux ou Réforme) qui supportent leurs pierres. Les songes veulent s’incarner, débordent, frémissent les épidermes et apparient les danses. Les spectacles qui s’y donnent viennent d’un peu partout : klezmer des contrées alentours, extirpé des ghettos, maquillé en swing goy du cru, harmonisé en quatuors ‘savants’, en fugues d’autres gammes qui explosent parfois en soudaines stridences ; rumba, boléro caraïbe pâlis, fardés pour que la complexion de leurs charmes perce l’obscurité aux halos des bougies ; tango qu’on dépouillera, étirant, aérant sa substance pour n’en garder, sur l’ossature, que cette part de chair à vif qui en fait le frisson ; marches de cirque dont les flons-flons, raffinés, distillés en harmonies subtiles, mèneront en souplesse, en d’autres places plus discrètes le destin du chaland ; sans détour toutefois : au claque, aux baldaquins. Oui… Sur ces pavés, dans ces cours, par ces voies, glissent et se croisent, se lient et s’entrechoquent les espoirs et douleurs (tragiques et anodines) de tout ceux qui passent ou restent en leur espace. L’amour immémorial, toujours vif ou bien usé des vieilles familles qui en furent maîtresses. La course sans fin, les girations et traversées impromptues de ceux qui veulent en être, s’y fondre, participer de leur lumière. Les brûlures sourdes ou tout en pointes de ceux qui, transis par la lourdeur de son ancienneté, voudraient la déchirer pour la faire renaître. Tout innerve, ici, un espace idéal parce que jamais figé. Si l’on aspire, alors, à se civiliser, c'est pour affiner les désirs et affermir les impulsions, sans pour autant masquer ce qu’il recèlent de risques et défaites potentielles, de ces déséquilibres, simplement, qui meuvent calculs et impromptus. En cette poésie si rare : dont les lueurs ne veulent pas consoler du réel, venger par la chimère nos aspirations les moins avouées. Plutôt, en les exposant fugitivement, dévoiler un instant la grâces de proportions, de rythmes, de métriques, de timbres sans restreinte à quoi veulent tendre toujours mieux nos gestes. Ainsi va l’étincelle, de faubourg en quartier... ‘Ramasuri’, au fait, est un vieux terme de dialecte. Il évoque ronds-points, confusion, commotion… Paniques et fêtes : de celles qui assaillent les remparts et saturent l’air des soupentes.

note       Publiée le mardi 5 octobre 2010

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Coltranophile › vendredi 15 octobre 2010 - 16:54  message privé !

Oui, un beau disque, loin d'être inabordable, même jouant une certaine séduction avec une pointe d'ironie en marge. L'écriture de Nagl est d'une grande fluidité, arrangeur sans en avoir l'air.

Note donnée au disque :       
Dioneo › lundi 11 octobre 2010 - 01:56  message privé !
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En fait le disque l'est... Pourtant pas du tout harsh, 'difficile' quand on l'écoute, dès les premières fois (comme peuvent l'être beaucoup de trucs free d'abord, j'entends) ; pas non plus lénifiant, vraiment pas (comme peuvent paraître nombre de jazzeries aux oreilles d'ici-guts) ; juste... Y'en a, derrière les belles façades, qui se passe.

dariev stands › dimanche 10 octobre 2010 - 22:43  message privé !
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très intriguant...