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Ludwig Van Beethoven (1770-1827) › Symphonie n°9

cd | 5 titres | 66:54 min

  • 1 I. Allegro ma non troppo, un poco maestoso [15:21]
  • 2 II. Molto vivace [10:04]
  • 3 III. Adagio molto e cantabile [16:50]
  • 4 IV. Presto [6:27]
  • 5 Presto - "O Freunde, nicht diese Töne !" Allegro assai [17:56]

enregistrement

Philharmonie de Berlin, Allemagne, 1977.

line up

Voix : Anna Tomowa-Sintow (soprano), Agnès Baltsa (alto), Peter Schreier (ténor), José Van Dam (baryton-basse). Wiener Singverein (choeur). Orchestre philarmonique de Berlin, Herbert Von Karajan (direction).

remarques

Karajan a gravé quatre intégrales des symphonies de Beethoven, une par décennie (années 1950, 1960, 1970 et 1980). Ce fameux enregistrement est tiré de la troisième, et c'est sans doute le plus fulgurant de tous. Parmi les interprétations plus récentes, Harnoncourt (Teldec), surprenant son monde à l'époque dans ce répertoire, vaut le détour. Parmi les versions "historiques", se distingue bien évidemment le mythique Furtwängler (EMI) dans un live à Bayreuth datant de 1951, grande ré-ouverture du festival, qui faisait peau neuve après le douloureux épisode de la récupération nazie (cette même édition qui vit le révolutionnaire "Parsifal" de Wagner mis en scène par Wieland, et dont la "bande-son" est chroniquée en ces colonnes.)

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
musique symphonique

"Prince, ce que vous êtes, vous l’êtes par le hasard de la naissance. Ce que je suis, je le suis par moi-même. Des princes, il y en a et il y en aura encore des milliers. Mais il n’y a qu’un seul Beethoven." Il est des chroniques impossibles à concevoir, tant elles paraîtraient dérisoires par rapport à leur objet. Celle-ci en est une. La neuvième de Beethoven... D'ailleurs, on pourrait tout aussi bien dire "la neuvième" tout court, tant ce numéro est devenu depuis lors associé au compositeur, de même que "le requiem" est devenu celui de Mozart. Une oeuvre immense. Une légende. Non pas une symphonie, LA symphonie. Après Beethoven, tous les compositeurs ont d'ailleurs tremblé avant d'aborder ce genre ; Brahms jugeait la neuvième indépassable, Wagner disait qu'elle resterait, quoi qu'il arrive, "la dernière des symphonies". Après Beethoven, les symphonistes ont également frémi avant d'aborder "leur" neuvième : il fallait qu'elle fût grandiose, la meilleure de toutes. Nul ne pouvait se dérober devant le défi. Chostakovitch, par exemple, provoqua un scandale en ne faisant qu'une "petite" neuvième - mais il y gagna la vie. Pour les autres, ils tentèrent tous de se surpasser... et ils y laissèrent leur peau. Schubert mourut après sa neuvième ; Mahler n'y survécut pas davantage ; Bruckner n'eut pas le temps de terminer la sienne, son chef-d'oeuvre absolu... Et Dvorak : il compose SA neuvième, la symphonie "du nouveau monde", et crac, il passe l'arme à gauche. Tous ces immenses symphonistes, postérieurs à Beethoven, furent en quelques sorte hantés par ce chiffre maudit. Beethoven n'avait pas dépassé neuf. Ils ne le purent pas non plus. Choeur et coeur du monde, la neuvième symphonie raconte le destin de l'humanité. La neuvième symphonie annonce la paix. La neuvième symphonie, choisie par le Conseil de l'Europe comme hymne européen ou symbolisant la psychè malade du héros dans "Orange mécanique", est le plus grand des rêves et le plus terrible des cauchemars. Monstre énorme et agressif émergeant d'un brouillard de guerre, elle devient libération, délivrance, catharsis. Approchons un peu la bête. Beethoven renverse de nombreuses conventions dans sa dernière symphonie (créée en 1824) : longueur inédite, présence de choeurs, interversion du "scherzo" et du mouvement lent - ces trois nouveautés seules feront d'innombrables émules. Mais ce dépassement formel marque aussi un dépassement de soi : l'âme (ou l'humanité tout entière...) sort des ténèbres pour entrevoir la lumière, et ce au terme d'un long et douloureux cheminement. Les brumes entretenues par les célèbres trémolos de cordes, au tout début (qui influenceront si fort Bruckner) sont percées par un motif surpuissant et démoniaque qui parcourra l'énorme premier mouvement. Des forces fantastiques émergent du chaos ; elles s'y ré-engloutissent, puis refont surface à nouveau, à chaque fois de façon plus sidérante - la tourmente de la création du monde. Et cette coda dantesque... Le célèbrissime scherzo qui s'ensuit commence lui directement par marteler sa fameuse introduction de six notes, interrompue par les coups de timbale. Son thème diabolique serpente ensuite dans tous les pupitres comme pour mieux nous subjuguer, le doux trio central constituant un répit salvateur. L'adagio arrive enfin, et les forces de la nuit sont vaincues. Jamais Beethoven, même dans sa sixième symphonie, n'avait composé de mouvement plus doux, plus serein. À ce niveau, ce n'est d'ailleurs plus de douceur et de sérénité qu'il s'agit, mais d'angélisme, d'échelles célestes (et là encore, Bruckner...) L'esprit atterrit enfin au son d'un thème solennel et grave, martelé. Le finale arrive avec tumulte et fracas tandis que le thème de "l'ode à la joie" apparaît, dans une variation inquiétante. La récapitulation des thèmes des mouvements précédents intervient à ce moment (un dernier clin d'oeil à la forme sonate ?) avant que ne résonne dans les cordes basses le fameux hymne cette fois-ci dans sa forme définitive, comme libéré de toute entrave. Puis il s'envole avec les violons, et triomphe avec les vents. Comme les choses sont simples, parfois. L'orchestre tout entier vibre ensuite, se colore de mille éclats... et la voix survient. Bon, tout le monde connaît plus ou moins la suite, les paroles édifiantes de Schiller, tout ça, et l'anecdote qui rappelle que cet hymne humaniste fut créé devant (et dédié à) un dictateur, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume III. N'empêche. La partie chorale dans ses multiples variations (et la tempête orchestrale qui va avec) est surpuissante ; elle nous catapulte direct au septième, se concluant en apothéose tonitruante et triomphatrice. Beethoven était l'exact contemporain de son compatriote philosophe Hegel. Le premier a réalisé dans le domaine symphonique, de même que dans le quatuor à cordes et dans la sonate pour piano, ce que le second a conceptualisé : s'éloignant de l'esthétique classique en musique (sans en faire complètement éclater les formes toutefois), il a insufflé à ces trois genres l'Esprit, le "je", les tourments de l'âme, le sujet qui souffre, qui vit et se délivre. Cela s'appelle le romantisme. Qui plus est, on sait (cela fait partie de la "légende beethovenienne", ma bonne dame), que le compositeur était complètement sourd lorsqu'il écrivit cet ultime chef-d'oeuvre. Il n'avait que sa "musique intérieure" pour le concevoir. Il ne l'entendit jamais autrement qu'en esprit. Mais Beethoven n'ennuie personne avec ses "problèmes personnels" : il transcende sa souffrance, s'en libère, et range bientôt ses sensations dans la catégorie des universaux. Il devient nous. Nous devenons lui. Et c'est beau.

note       Publiée le lundi 4 octobre 2010

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Kronh › vendredi 10 février 2012 - 13:33  message privé !

"Chostakovitch, par exemple, provoqua un scandale en ne faisant qu'une "petite" neuvième - mais il y gagna la vie. Pour les autres, ils tentèrent tous de se surpasser... et ils y laissèrent leur peau."

Philip Glass vient de sortir sa 9eme symphonie fin janvier. Il en a plus pour longtemps (-:

Wotzenknecht › jeudi 15 septembre 2011 - 18:53  message privé !

Sigillum S, quelle question

Note donnée au disque :       
julius_manes › jeudi 15 septembre 2011 - 18:47  message privé !

Difficile de faire abstraction du "poids culturel" de cette oeuvre (surtout quand on aime bien "Orange mécanique"). Bon, quoiqu'il en soit, c'est du 6/6 en ce qui me concerne...
Concernant la chronique, la comparaison philosophico-musicale Hegel/Beethoven est un concept développé par Adorno, non? Etrange ces rapports philosophie/musique (il y a d'autres exemples, genre Schopenhauer/Nietzsche avec Wagner...). Un peu comme si la représentation musicale était aussi, d'une certaine façon, une tentative d'explication du monde... Une question du coup : quel musicien se rapprocherait le plus de Sade?

Note donnée au disque :       
gibsonbacker › jeudi 31 mars 2011 - 07:39  message privé !

Je ne connais pas cette version, mais je mets mon grain de sel pour rappeler une évidence, à savoir qu'en musique classique les interprétations - au sens premier du terme, c'est à dire la vision que l'on se fait des choses - des chefs d'orchestre peuvent être résolument différentes : ainsi Abbado nous livre un magnifique 3e mouvement au rythme d'une valse lente (17 minutes) alors que le baroqueux Norrington expédie ledit mouvement en 11 minutes ! Je me garderai bien de tout jugement de valeur sur de telles différences de lecture, même si, dans ce cas précis, la calme majesté d'Abbado me séduit davantage que la nervosité baroque de Norrington. Ceci étant, la IXe est un monument. Merci Ludwig.

born to gulo › dimanche 31 octobre 2010 - 09:39  message privé !

grave

Note donnée au disque :