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Ünol Büyükgönenç › Güzel Günler Göreceğiz

cassette | 12 titres | 44:45 min

  • 1 Yapıyla / Yapıcılar [poème de Nâzım Hikmet] [4:29]
  • 2 Hasret [poème de Nâzım Hikmet] [2:17]
  • 3 Tairyo Utai Komi [1:00]
  • 4 Japon Balıkçısı [poème de Nâzım Hikmet] [5:48]
  • 5 Bulutlar Adam Öldürmesin [poème de Nâzım Hikmet] [5:01]
  • 6 Arabacı Salih [reprise de Şehabettin Genç] [3:44]
  • 7 Dışarıda Kar Yağıyor [4:12]
  • 8 Dışarıda Bahar Geldi [poème de Nâzım Hikmet] [3:23]
  • 9 Aynı Daldaydık [poème de Nâzım Hikmet] [4:15]
  • 10 Nikbinlik [poème de Nâzım Hikmet] [4:15]
  • 11 Lümüne [5:01]
  • 12 Enstrümental [1:20]

extraits vidéo

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line up

Ünol Büyükgönenç (chant, instruments)

remarques

La réédition en numérique inverse les deux premières pistes et réunit les deux dernières sous un nom différent, mais le contenu reste le même.

chronique

Styles
folk
world music
Styles personnels
avant-folk poétique

C’est au sein de Kardaşlar, le groupe folk-rock de Cem Karaca, que Ünol Büyükgönenç se fait connaitre comme grand joueur de guitare et de bağlama. Quand Karaca quitte le navire, c’est Ünöl qui se met au chant le temps d’un single sorti en 1973, où il reprend notamment le traditionnel « Deniz Üstü Köpürür. Après la séparation du groupe, Büyükgönenç retrouve Karaca pour les trois premiers morceaux de Dervişan. C’est avec ces musiciens qu’il enregistre également en 1977 « Yeni Bir Türkiye », une chanson de soutien au CHP, le parti social-démocrate fondé par Atatürk, alors qu’une nouvelle crise politique se profile. La collaboration s’interrompt à nouveau et c’est en solo que le guitariste, fidèle à son idiome folk, poursuit son parcours, remportant deux ans plus tard la dernière édition du concours Altın Microfon, réactivé ponctuellement cette année là, avec le single « Dışarda Kar Yağıyor » fardé de riches orchestrations de cordes. C’est dans une version dépouillée de ces atours grandioses que le titre se retrouve sur son premier, et unique, album, avant tout un hommage au grand poète Nâzım Hikmet. Là où quelques années plus tôt, Fikret Kızılok avait adopté une approche quasiment anti-musicale, Büyükgönenç produit un pur disque folk et chante les textes d’une voix aussi perçante qu’expressive. Enfin, folk… Pas la forme traditionnelle jouée par les aşık, même si il utilise toujours bağlama et zurna, c’est d’abord une guitare acoustique, des percussions d’objects divers et quelques claviers aux sonorités merveilleusement artificielles. Les structures elles-mêmes prennent des détours inusités, comme si pour suivre la poésie de Hikmet, poète moderne, il n’était possible de se cantonner à la riche mais très cadrée tradition des troubadours. De façon étonnante, se dégage de l’interprétation de Büyükgönenç quelque chose renvoyant à un Orient plus extrême. Peut-être le fait que le morceau le plus marquant soit le fameux poème du « Pêcheur japonais », introduit par « Tairyo Utai Komi » emprunté directement à la tradition des chants folk de pêche nippons, qui sonne ici quasiment comme un interlude de YMO. Le poème en question, avec son balancement de barque et ses contrechamps de rameurs, donne l’impression d’une chanson d’enka turque. Troublante sensation surtout quand on sait que les deux langues sont étrangement voisines par leur structure. Ancien élève du conservatoire, Büyükgönenç fait montre de tout son savoir-faire, passant d’une guitare inspirée par le flamenco plongeant dans une atmosphère mystique de choeurs orientaux, « Bulutlar Adam Öldürmesin », à des percussions vocales sur « Arabacı Salih », aux pincées de cordes sèches. Des bruits de nature confèrent un aspect pastoral à un folk habité par un chant aux inspirations toujours très expressionnistes. Avant-folk, dirait-on dans les milieux chics. Et la poésie de Hikmet là-dedans ? Sans aller devoir chercher une traduction systématique, c’est la garantie de textes beaux et profonds même sans les comprendre, mais il est bon de se jeter sur le recueil « Il neige dans la nuit » pour goûter une des plus grandes plumes de la poésie turque, et mondiale. C’est peu de dire que Ünol Büyükgönenç lui fait honneur, pas une faute de goût malgré les petites excentricités de claviers, un jeu de bağlama sublime comme sur le sombre et merveilleux « Aynı Daldaydık », et ce chant certe souvent appuyé mais qui donne ce caractère très singulier, pour tout dire totalement unique, ne ressemblant à aucun autre album de folk de l’époque. Pour couronner le tout, Büyükgönenç se fait un dernier petit plaisir particulier en reprenant le traditionnel « Lümüne », sur lequel il jouait du temps de Kardaşlar pour la version d'anthologie de Cem Karaca. C’est bien sûr le moment le plus « orthodoxe » de l’album, celui qui vient se poser comme des flocons de neige sur la plaine, à la fin, la recouvrir de sa mélodie cotonneuse et lancinante comme on berce un enfant pour l’endormir. Le seul album de Ünol Büyükgönenç reste ainsi comme un joyau singulier de folk moderniste et de poésie, au moment au s’éteignent les derniers feux d’une décennie riche et troublée.

note       Publiée le lundi 6 novembre 2017

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Klarinetthor › lundi 6 novembre 2017 - 23:28  message privé !

ca sent la réorganisation automatique - je n'ai jamais ajouté un album entier sur ytube et j'en sais gré à l'uploadeur, c'est pas si facile à aller ecouter quand on ne lit pas le turc couramment.

(N°6) › lundi 6 novembre 2017 - 21:05  message privé !
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A part pour les pistes "japonaises" précitées et Lümüne à la fin (elle est sous un autre nom à l'antépénultième là), ça doit pas être un gros problème non plus. Mais ça reste super bizarre de foutre un album sans dessus dessous par ordre alphabétique !

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › lundi 6 novembre 2017 - 19:35  message privé !

du coup tu conseilles l'écoute nimp mais confortable ou d'aller cliquer pendant une heure sur la bonne piste en faisant DJ lidl? l'ordre importe-t-il totalement comme pour un conceptalbum?

(N°6) › lundi 6 novembre 2017 - 15:45  message privé !
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Oui. Quelle drôle d'idée ! A la con. Surtout d'avoir dissocié Tairyo Utai Komi du Pêcheur Japonais, dont il est une sorte d'intro. Pour les amateurs de Hikmet, Bernard Lavillier a adapté y a pas longtemps "La plus étranges des créatures", un de ses plus beaux poèmes, et c'est très bien.

Note donnée au disque :       
Klarinetthor › lundi 6 novembre 2017 - 15:40  message privé !

c'est bien celui-ci avec les pistes en ordre alphabétique ^^? https://www.youtube.com/watch?v=rld...