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Yellow Magic Orchestra › Yellow Magic Orchestra

cd | 10 titres | 37 :35 min

  • 1 Computer game (theme from "The Circus") [1:48]
  • 2 Firecracker [4:51]
  • 3 Simoon [6:27]
  • 4 Cosmic surfin' [4:54]
  • 5 Computer game (theme from "The Invader") [1:01]
  • 6 Yellow magic (Tong Poo) [6:14]
  • 7 La femme chinoise [5:53]
  • 8 Bridge over troubled music [1:16]
  • 9 Mad Pierrot [4:21]
  • 10 Acrobat [1:12]

extraits vidéo

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enregistrement

studio 'A', Shibaura, Tokyo, Japon, du 10 juillet au 5 septembre 1978. - Produit par Haruomi Hosono - Enregistré par Norio Yoshizawa et Atsushi Saito - Mixé par Norio Yoshizawa et Harry Hosono - Ingés-son : Norio Yoshizawa & Atsushi Saito

line up

Haruomi Hosono (basse, électronique, claviers, arrangements), Ryuichi Sakamoto (claviers, électronique, percussions), Yukihiro Takahashi (batterie, percussions, électronique, voix)

Musiciens additionnels : Chris Mosdell (lyrics), Hideki Matsutake ("Micro Composer programming"), Shunichi Hashimoto (chant sur Simoon), Masayoshi Takanaka (guitare électrique sur "Cosmic Surfin" et "La femme chinoise"), Tomoko Nunoi ("Sexy Voice" sur "la femme chinoise"), Minako Yoshida (voix sur Tong Poo, sur la version US)

remarques

l'édition US (pochette du haut), dure 36:04 et contient un mix avec plus d'écho, moins la track "Acrobat". Le mix est réalisé aux studios Capitol Records, à Hollywood, du 12 au 16 Fevrier 79 par Al Schmitt. Pochette de la version us : Lou Beach.

chronique

Ce disque est rigolo. Très rigolo. La première fois que je l'ai écouté, impatient de découvrir le "sympathique" voire "mythique" Yellow Magic Orchestra, je désirais bien évidemment connaître les débuts du grand Ryuichi Sakamoto. Et je n'ai pas été déçu. Voilà donc d'où venait la musique des vieilles consoles Nintendo 8 bits. Comment décrire l'electro-pop prodiguée par le groupe nippon ? Imaginez la musique de variété la plus sirupeuse possible, faites-la remixer par Kraftwerk, puis ajoutez-y une touche orientalo-kitsch, les harmonies qu'on entend sur les vieilles cassettes passées en boucle dans les restaurants chinois pour l'ambiance. Un truc pas possible, donc, et outrageusement daté de surcroît. Heureusement, après la première impression vient la seconde. Et elle fut beaucoup plus favorable : ces mecs-là sont intelligents, ils ajoutent au répertoire traditionnel japonais qu'ils prétendent transfigurer une touche de Nouvelle Vague à la française ("La femme chinoise", "Mad Pierrot"), une lichette de pop américaine ("Bridge over troubled music", juste pour le clin d'oeil), ils aiment déconstruire, et surtout, ils ne se prennent pas au sérieux, ils déconnent, s'amusent, et, bien vite, nous avec. Et puis ce premier album du groupe gagne à être réécouté, ce n'est pas une simple clownerie : tous les titres ont leur force - la petite ritournelle du doublon "Computer game/Firecracker", hilarante au début, finira par vous poursuivre dans tous vos rêves pixellisés ; même chose pour "Simoon" (ha, le vocoder...) et autres "Cosmic surfin'" : on s'attend à voir Yoshi sortir de son oeuf, mais c'est diablement efficace. Toutefois, le meilleur est pour la fin : les distorsions synthétiques de l'ouverture de "Tong Poo", qui laissent présager une transe démoniaque ; "La femme chinoise" avec ses paroles en Français et sa guitare électrique en fin de course ; le triomphant final "Mad Pierrot"... À l'époque, tout cela fut considéré comme novateur ; le succès fut considérable au Japon. Aujourd'hui, on peut encore écouter tout ça subjugué, béat d'admiration, ou tout simplement le sourire au lèvres. Car ce disque a beau avoir vieilli, il reste rigolo. Très rigolo.

note       Publiée le samedi 14 août 2010

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chronique

Styles
electro
pop
world music
Styles personnels
paradis artificiel

Il faut pas faire des disques comme ça. Vraiment. Les gens qui font ça n’ont aucune pitié pour les rêveurs comme moi, ils savent bien que les mondes qu’ils dépeignent n’existent pas, et que leur imagination démesurée a pour effet secondaire de rendre le mondé réel subitement encore plus grisâtre et immobile. Moi aussi, quand j’ai voulu écouter Yellow Magic Orchestra, que tout ceux qui ont attrapé le virus appellent familièrement YMO (prononcer « ouaillaime haut »), je tombai de mon siège. On m’avait parlé de « Kraftwerk japonais », de précurseurs de toute l’électro à venir, etc, mais rien ne pouvait laisser présager une telle claque. Aux premières écoutes, c’est en effet la grosse marrade : là où Kraftwerk joue la sobriété et la réalité de la vie industrielle, YMO raconte un univers totalement fantaisiste, un ailleurs perpétuel, entre exotisme bon marché pour les occidentaux (une Asie colorée et pop-art) et fantasme d’occident pour les japonais. Bien sûr que c’est kitsch, ça l’était déjà en 78, et le mot est d’ailleurs trop faible ici. En fait, Haruomi « Harry » Hosono, au moment de manigancer cet album, en février 78, est déjà passé maître dans l’art de jongler avec les clichés touristiques sur l’asie pour mieux les sublimer. Il invite à une bouffe Sakamoto et Takahashi un beau jour en leur faisant lire sur une page de son mémo « Penser à reprendre Firecracker en bon gros disco électronique à synthés, pour vendre 4 millions de disques dans le monde » (anecdote rapportée par Hosono). Tous les trois sont déjà des pointures absolues de la production, surtout Hosono, et ont des tonnes de disques à leur actif… Pourquoi acceptent-ils ce défi, qui devait à la base être un pur one-shot récréatif ? Pour se marrer, probablement. Pourtant, le disque est soigné de la première à la dernière seconde, à tel point qu’on pourrait presque parler d’album-concept. On y suit un piano (seul véritable instrument dans ce marasme de pious pious électroniques) tel un fil conducteur dans cette immense salle de jeux où les mélodies surgissent de chaque cube comme des diables sur ressort, rebondissent sur les murs en chamallow, avant de ressurgir un peu plus loin… Chaque face s’ouvre sur un collage aride de bleeps de jeux vidéo tout droit sorti des bornes d’arcade Space Invaders : pas très commercial comme approche... Et surtout tellement cheap que c’en est drôle. Le contraste avec la reprise du Firecracker de Martin Denny est saisissant, par exemple. Aux balbutiements préhistoriques du jeu d’arcade (on ne parlait pas encore de 8 bits à l’époque, et encore moins en tant que style musical) succèdent de grands loopings de piano et un synthé yamaha avec un preset « imitation cordes hollywoodiennes ». On entre tout simplement dans un autre monde, dans une asie miniature, réduite aux dimensions d’un parc d’attraction, où un orchestre classique serait contraint de jouer uniquement du synthé pour servir de fond au ballet infernal des automates… Le pianiste, génial Stromboli nippon tirant toutes les ficelles de ce mont-sans-souci en pixels, s’énerve au fond de la fosse de l’orchestre à 3min34, laissant entrevoir l’horlogerie musicale pharaonique à laquelle tout cela est suspendu. Simoon, avec le recul, est un peu la pause café de ce disque effréné, un slow crooné dans une oasis climatisée à Dubaï, l'ironie cachée derrière un vocoder... Les premières écoutes sont rudes, pleines de ces voluptueux frissons de honte qui envahissent les grands gourmands en perdition… Et puis les défenses finissent par céder, on se rend compte que l’on sifflote mentalement la moindre mélodie débilitante avant-même de l’entendre, et que cet album a été composé avec une rigueur digne d’une symphonie, avec le but sadique de transformer notre cerveau en pop-corn bondissants. YMO se joue de son propre kitsch, de l’imitation cheap du romantisme à l’occidentale, et des sons de jeux vidéo typiquement japonais qui allaient envahir le monde quelques années plus tard… Rien n’est laissé au hasard, tout est minutieusement calculé avec un sourire malicieux en coin. Si la face A jouait surtout sur la redite et le détournement de thèmes occidentaux, la face B est une véritable fresque touristique d’une Asie complètement « larger than life », un peu comme si 2 milliards de petits hommes jaunes exécutaient tous en même temps un ballet de 20 minutes façon cérémonial de Corée du Nord, mais en Cosplay, et dans un monde où plus personne n’a faim, ni peur, ni soif, puisque tout le monde serait devenu un joli robot tout brillant. Le programme est divulgué en ces mots au cours de l’inoubliable La Femme Chinoise : « Les notes, sans fin. Les visages, identiques. » Il faut ici mentionner le talent incommensurable du poète Chris Mosdell, qui en quelques mots fait déferler un torrent d’images et d’impressions dans notre cerveau, contrastant avec le vulgaire assumé de la musique. « discrétion noiraude, Confucius livre rouge, arrières pensées qui sait, un monde fini. ». Quand tombent ces mots, on ramasse ses dents et on court jeter les trois quarts de sa collection. Combien de titres allient avec autant de fourberie montagnes de mélodies sucrées (ici, c’est un fujiyama en glucose, rien de moins), poésie minimaliste et profondeur insondable ? Très peu, voilà combien. Il faut imaginer, dès l’intro en montée progressive de Tong Poo, un gros soleil rouge se lever sur une immense fourmilière, où tout ces automates s’affairent en rythme, et où nous, pauvre touriste qui n’y voit que du feu, glissons à 300 à l’heure dans les cieux de l’Empire du Milieu, comme sur des rails, tandis qu’en bas, des immenses édifices se construisent à vue d’œil… Le piano Steinway est toujours là, en guise de rail, et il semble jouer une partition à la Mike Garson (Alladin Sane, ça vous dit quelque chose ?) autour de laquelle se greffent mille chinoiseries réglées comme du papier à musique. Il y a même des pingouins qui chantent le gimmick de Let’s all Chant. On entend le train ralentir au début de La Femme Chinoise, comme pour mieux nous montrer ce ballet mécanique, digne d’un opéra chinois communiste, ou encore de la cérémonie d’ouverture des J.O. de Pekin… ça fait presque peur, jusqu’à ce que la voix de Takahashi débarque pour se jouer de nous : il nous parle de Fu Manchu, des filles faciles du « Floating World » de l’ère édo, dont Suzy Wong, une prostituée qui nous fera oublier notre blues, il suffit de traverser la mer jaune… On dirait une accroche de pub pour agence de voyages, sauf que la voix de la fille française, qu’on imagine moins facile, nous ramène à la réalité pendant que le dernier mot de Takahashi s'évapore... « she’s the mistress, the scent of the orieeeeeeent ». Stop. Ces mecs sont trop forts, beaucoup trop forts. Après avoir surplombé le tumulte depuis le sommet du grand huit, notre wagon redescend tout doucement avec la voix complètement déphasée de Mad Pierrot, qui au passage dévoile tout un pan de l’inspiration du groupe (Pierrot le fou, godard…), avant que l’acrobate ne vienne nous jeter un peu de sable pour nous endormir, adieu monde virtuel… Cette face B aurait aisément pu n’être qu’un seul morceau. Terminons par quelques faits : la discographie de YMO est assez bizarroïde. Cet album, par exemple, ressortira en 79 aux USA avec la même tracklist mais une pochette plus criarde et un mix différent, plus catchy et moins ouvertement « jeu vidéo », ajoutant même une voix de soubrette sur Tong Poo. Au moment de sa sortie initiale, « Yellow Magic Orchestra » est censé être le nouveau solo d’Haruomi Hosono, rien de plus… Indices : Cosmic Surfin’ est déjà sortie sur son album « Pacific », sorte de recueil de pastiches d’exotica (une imitation d’imitation, donc), et la même année sort « Paraiso », album d’Hosono sorti sous le nom de Harry Hosono & the Yellow Magic Band (un nom à la con pour sonner "exotica"). Les deux autres sont alors ses accompagnateurs… Jusqu'à ce que ce disque fasse le carton prévu, et que suite à un concert à Tokyo, l'on propose aux 3 comparses de se produire aux USA. C’est ainsi qu’ils décideront de faire durer la blague un peu plus longtemps… Pendant 5 ans, ils vont dominer la planète techno-pop, inspirant des centaines de formations, sans que jamais aucune ne parvienne à reproduire l’orfèvrerie enfantine de ce disque de grand malade. A l’exception cependant d’une : le Konami Kukeiha Club, sorte de comité interne à Konami (l’éditeur de jeux vidéos) en charge de la musique de leur jeux… A l’écoute des B.O. de Goemon et de Parodius, on sent que les mecs ont clairement capté le côté déraisonnable du truc. C’était « Le saké et ses ravages, chapitre premier », par Dalievo Sutandozou, à vous les studios.

note       Publiée le dimanche 15 août 2010

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sergent_BUCK › lundi 24 juillet 2017 - 18:11  message privé !
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hah, trop bien !

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dariev stands › lundi 24 juillet 2017 - 15:51  message privé !
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https://www.youtube.com/watch?v=IQk5Uyx-RCI ils sont bien cools ces inédits du premier YMO déguisés en expats éthiopiens de 1984...

NevrOp4th › mercredi 27 novembre 2013 - 14:46  message privé !

Et toujours aussi galère à mettre la main sur ce disque, même quand on est sur place. Ce groupe me rends dingue.

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(N°6) › mercredi 27 novembre 2013 - 13:39  message privé !
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35 ans il y a quelques jours. Et YMO "Men of the Decade" pour GQ Japan.

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Seijitsu › lundi 1 avril 2013 - 13:24  message privé !

Terrible ce disque: Nobuo Uematsu feat Kraftwerk.

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