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Bernd Kistenmacher › Beyond the Deep

cd | 6 titres | 60:42 min

  • 1 1 Ouverture 9:04
  • 2 2 Tsunami 16:01
  • 3 3 Clayoquot Sound 6:22
  • 4 4 Lost City 14:13
  • 5 5 In the Black Smokers Bar 5:32
  • 6 6 Who will Save the World? 9:39

line up

Bernd Kistenmacher: Roland Fantom G9 Workstation, Memotron, Moog Voyager, V-Synth, V-Synth GT, JD800, RD200 E-Piano, Synthé Juno Stage et séquenceur Octopus

remarques

Pour en savoir plus sur Bernd Kistenmacher, vous pouvez consulter son blog à l’adresse suivante; http://bernd-kistenmacher.blogspot.com/

chronique

Beyond the Deep est un appel planétaire de la part de Bernd Kistenmacher afin que l’homme cesse d’ignorer ce vaste monde sous nos pieds et de le respecter, car si la nature prenait sa revanche, cela viendrait probablement de là. Dramatique? Inquiétant? Humm… Oui, tout comme les structures musicales de Beyond the Deep, 17ième opus du synthésiste Allemand qui y va de superbes envolées orchestrales à faire renaître notre passion oubliée pour Vangelis. D’ailleurs c’est ce qui saute aux oreilles dès l’ouverture d’Ouverture; grandes vagues aquatiques qui roulent sous la coque d’un galion hydraulique et les caquets des mouettes qui se meurent dans les chants des profondeurs abyssales. Un étrange contraste mer et monde où les coups de synthé rappellent les dramatiques approches des galères conquérantes espagnoles qui lorgnaient les cotes du Nouveau Monde. Bouleversant, le synthé est superbe et crache des souffles symphoniques qui s’appuient sur des percussions, tels ces vieux voiliers s’appuyant sur la force des rameurs esclaves poussés par les frappes de tambours. La ressemblance est frappante, mais superbement musicale avec un doigté tellement sensible que l’on se croit sur ces navettes du désespoir, échappant au scorbut et aux flèches des futurs convertis. Le monde et la mer! Deux liens indestructibles que Kistenmacher étale et étoffe avec toute la complexité de ses équipements électroniques, moulant ainsi une œuvre aussi unique que le message porteur. Un splendide refrain s’échappe de cette force du courant jet, donnant un second souffle à Ouverture qui devient soudainement aussi harmonieux qu’il pouvait être dramatique. Un synthé qui échappe ses bribes mélodieuses parmi des percussions roulantes, telle une marche conquérante au travers les mers. Des mers aux fins arpèges scintillants qui flottent autour d’une superbe aura mellotronnée, étalant toute la sensibilité d’un Kistenmacher qui tisse ses arrangements orchestraux avec autant de savoir et de panache qu’un Vangelis ou John Williams. Des cris de sternes au dessus d’une mer agitée, l’intro de Tsunami gronde avec puissance et inquiétude déversant sous le côté sombre des ondes et des voix de sirènes trappées dans un étrange plasma aux accords suspendus. Un tendre mellotron en émerge, flirtant avec un piano aux accords aussi hésitants que nostalgiques baignant dans une romance halieutique. Là où la mélodie se perd dans l’infini, dans une bourrasque d’accords qui flottent autour d’un suave mellotron, tout en embrassant une structure chaotique qui finit par prendre son envol avec un lourd piano galopant sur une mer remuante. Une course folle où le rythme ne s’explique plus, mais se vit avec acharnement par les accords d’un piano féroce qui dansent frénétiquement dans les brumes d’un lourd Mellotron, comme la formation d’une immense vague de Tsunami qui s’écrasera avec fracas. La musique de Kistenmacher se vit et se conte merveilleusement bien sur cette ode océanique où la progression des structures sonores s’arrime avec l’imagination de son auteur. Après la tempête, c’est le calme avec le mélodieux Clayoquot Sound où guitare acoustique et Mellotron flûté chantent la sérénité sur une structure très près des racines du folk progressif. En progression, Kistenmacher y ajoute de belles strates d’un synthé très symphonique qui couvre des arpèges au rayonnement scintillant et ce superbe Mellotron mélancolique. Lost City est un autre splendide titre où la dualité des rythmes et des harmonies est en constante ébullition sur de très beaux arrangements orchestraux. L’intro coule comme une rivière des cantons Vietnamiens avec un Mellotron à la flûte de Pan qui épouse des arpèges tissés dans la soie. Un doux filet harmonieux qui coule dans un cosmos hybride où le monde terrestre rejoint celui céleste. Vers la 3ième minute les accords frétillent sous des coups d’archets mellotronnés saccadés et des roulements de tambours, reflétant les complexes univers orchestraux de Geoff Downes. Lost City sera constamment tiraillé entre la douceur mélodieuse et les denses orchestrations aux approches dramatiques, sous un synthé discret dont les accords spasmodiques et les strates symphoniques envahissent peu à peu cet univers où le rythme se gagne à coups d’archets et des percussions anarchiques avant de sombrer dans la quiétude d’une finale qui rejoint son introduction. Un gros titre qui vaut l’achat de Beyond the Deep. Un peu comme son titre l’indique In the Black Smokers Bar offre une structure jazzée. Une structure de night club avec une belle et langoureuse ligne de basse et un synthé aux souffles aphrodisiaques qui détonne de l’ambiance de Beyond the Deep et qui rappelle les rumbas cosmiques de Jarre sur ses premières œuvres. Who will Save the World? reprend les orchestrations mellotronnées avec de tendres violons qui déchirent une douce ambiance intimiste où une belle flûte flotte dans une brumeuse mystique. Magnétiques, des vocalises aux trémolos fragilisés accompagnent cette marche symphonique qui ajoute à sa noblesse avec des accords de clavecins qui sillonnent un synthé cosmique. Un autre très beau morceau avec un non moins beau refrain qui gratte et chatouille l’oreille sur de très belles orchestrations. Beyond the Deep est un petit bijou musical. Loin de créer de la MÉ conventionnelle, Bernd Kistenmacher a plutôt choisi une approche très symphonique à son dernier opus, reléguant les mouvements séquentiels, les approches cosmiques et les ambiances éthérées en arrière-plan, mettant toute ses émotions dans une grande œuvre classico-électronique digne des meilleures tentatives de Vangelis. Et là je ferais un lien avec 1492 et Alexandre que je serais encore loin de produit final. Non! Kistenmacher va plus loin dans l’exploration de ses équipements en redessinant tout leurs potentiels avec une créativité qui égale celle de très grands compositeurs. Je sais que je choquerai bien des yeux, et des oreilles, mais Kistenmacher a bel et bien dépassé son mentor (Klaus Schulze) en signant ses dernières œuvres d’une audace musicale que même Vangelis a refusé de pénétrer. Une très belle œuvre! De la très belle musique qui n’a rien à voir avec la MÉ telle que la Berlin School nous a tellement habitué.

note       Publiée le lundi 9 août 2010

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