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Pura Paku Alaman (Jogyakarta) › Java/Javanese Court Gamelan (Explorer Series)

cd | 4 titres | 47:34 min

  • 1 Ketawang Puspawarna [4:46]
  • 2 Gending Tejanata/Ladrang Sembawa/Ladrang Playon [18:53]
  • 3 Gending Mandulpati/Ladrang Agun-Agun [21:50]
  • 4 Bubaran Hudan Mas [2:05]

enregistrement

Enregistré dans la grande salle de réception (pendopo) du Pura Paku Alaman, Jogyakarta, le 10 janvier 1971 par Robert E. Brown.

line up

Orchestre du Pura Paku Alaman de Jogyakarta (gamelan), K.R.T. Wasitodiningrat (direction, rebab), Niken Larasati (chant féminin sur 1, 3), Nyi Tasri (chant féminin sur 1), Nyi Djiworetno (chant féminin sur 3)

chronique

Styles
world music
Styles personnels
gamelan>flot d'outre-mondes

Ici, les métaux lourds s’écoulent. En nappes denses mais lestes. En cours, en flots lents et puissants qui irriguent l’esprit, le nourrissent et l’élèvent en même temps qu’ils le bercent. Qui enveloppent l’écoutant à des ondes concentriques qu’on jurerait pouvoir toucher. Dans les mouvements changeants de rythmes qui -subtilement, imperceptiblement- s'évasent et se contractent, le basculent et le baignent. Quelque chose comme une substance qui s’absorbe à nos pores, à nos sens avivés lorsque s’apaise l’intellect. Aux matières et volumes des lieux où elle s’épand. Peut-être, aussi, y a-t-il erreur, accidentel ravissement ! Une part du mystère, dans cette lumière liquide, chaude, impavide, que l’on n’entendait pas infuser à la source. Ces notes en cycles alanguis, en pulsations dilatées, en vibrations que l’on pourrait dénombrer, presque, ne serait la fascination où elles nous plongent… Il y a là quelque chose qui -littéralement, parce qu’il n’est pas de notre monde, de notre latitude- n’est pas de notre temps, du compte qu’on en fait, des conceptions apprises par quoi l’on s’y tient. Qui le perturbe et le saisit, au point qu’on le croirait figé, soudain. Un système sonore, simplement, une logique des timbres, battements, ondoiements, qui tout entiers diffèrent, échappent à nos réflexes, au vocable de nos goûts et de nos œuvres. Sans doute l’hypnose qui nous prend -avec la part d’ombre, de magie aux buts inconnus qu’on lui prête- doit-elle au moins autant, d’abord, à notre parfaite ignorance de ces desseins et articulations, de ces proportions là-bas très familières, entendues dès que s’ouvre l’ouïe, qu’à l'essence voulue des pièces ici jouées. Des pièces de concert, par surcroît, musique "pure", donc, détachée des exigences de la danse, du ballet, du corps visiblement en branle. Au fil des écoutes, pourtant, à mesure qu’on y revient, qu’on dépasse l’enivrement premier, qu’on en pénètre l’élément, la brume vaguement inquiète qui nimbe d’abord l’objet se dissipe quelque peu, graduellement, jusqu’à n’être plus perceptible. On finit par entendre, dans ces voix haut-sinuées sur des chœurs étales, par distinguer les mélodies, les variations, les consonances de ces entrelacs qui -au début- nous parvenaient comme déformés, voilés, irrésistiblement attirants mais autres, irrémédiablement. On rencontre, on aperçoit ce qui habite ces formes, qu’on avait par défaut reçu comme hantises. Et puis l’on entre, chaque fois un peu plus, aux méandres supposés de cette singulière prise de son -choix délibéré ? Limitations techniques ?-, où s’entendent en échos les résonances du palais, la distance qu’elles insufflent aux chants, aux cordes, aux gongs enrobants. On ne tient plus pour bruits les mouvements de la rue qui percent parfois du dehors, les appels des oiseaux dans les jardins et les patios. Enfin, on mesure ce que certains, plus proches de nous, supposément, ont su prendre à cet art sans parvenir -le voulaient-ils ?- à le dupliquer, à transvaser vraiment ces autres alchimies. Ce que Debussy, le sensuel Claude, voulut en extraire, d’inédits et forts parfums. Les contours et cellules qu’avait repris, dessiné librement, d‘après nature et selon son trait propre le Benjamin Britten du Prince des Pagodes. Les profondeurs, harmoniques, nombres atomiques décelés là par John Cage qui, empiriquement, se mit à en chercher les lignes, les espaces, les charges dans les entrailles et mécanismes de ses pianos préparés… Et nous frappent l’écart, la part manquante de ce qu’ils avaient prélevé. Le Tout des fragments par eux appropriés. Les beautés qui se chantent là -d’une Majesté Céleste, des cours munificentes, des motifs de fleurs en modes énumérées- nous parviennent entières, délestées des traductions. Les oscillations de leurs vitesse, le raffinement des voix filées, rejointes, conjointes, divergées ; les infimes changements aux amplitudes des métaux vibrés, qui s’enflent en basses rayonnantes ou montent par paliers, en gammes, en voix de tête ; les glissements d’atmosphères qui s'épaississent ou bien s’allègent par la vertu d’un ton placé à l'impromptu ; les cheminements par-delà les évidentes phases que l’on avait d’abord reconnues (lorsque par exemple les métallophones avaient submergé la place laissée ouverte par le chœur). L’étrangeté demeure, bien sur, peu ou prou. Mais elle n'est plus confuse, illisible. Et c’est sans crainte, l’œil décillé, qu’on en contemple, qu’on en parcours l’immensité. Cette île, encore -et à jamais, sans-doute- n’est pas notre. Mais on en dit le nom qui se dit sur ses terres. Et nous inonde encore le chant d'or de ses averses.

note       Publiée le jeudi 8 juillet 2010

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Klarinetthor › jeudi 30 janvier 2014 - 02:14  message privé !

Le gros set de cloches, c'est une replique de l'instrument retrouve dans le tombeau du marquis Yi de Zeng (qui a 2400 ans). j'ai vu un joueur de maillets metalliques pour les notes aigues et un joueur avec une grosse tige en bois pour les grosses cloches inferieures. Je crois qu'em tout ils pouvaient jouer a 5 de cet instrument ultra-large.

Note donnée au disque :       
saïmone › mercredi 29 janvier 2014 - 21:48  message privé !
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Oh pas vu que c'était chroniqué ça !

Dioneo › mercredi 29 janvier 2014 - 19:31  message privé !
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Ah oui, j'avais pas vu tes photos... Checké ça du coup, merci. Je pense reconnaître une partie des instruments (l'orgue à bouche - un sheng ? ; l'espèce de guqin (cithare/harpe) ou assimilé...) mais l'ensemble de cloches/métallophones (si je me trompe pas...) au fond m'intrigue assez, j'avoue. Je ne crois pas avoir entendu/vu ça dans des musiques chinoises, en fait (musiques que je suis très très loin de connaître à fond, ceci-dit, hein). Ça semble différer des orchestre gagku (on dit comme ça en Chine ?), par exemple, ne serait-ce que dans la disposition des instrus qu'on voit sur la plupart des images. Tu sais si c'étaient des musiques de cour ou quoi ou autre, ce concert ? (Ouep, si t'as moyen de faire né-tour, j'y jetterais bien l'oreille, net).

Klarinetthor › mercredi 29 janvier 2014 - 18:54  message privé !

Les musiciens ont ete presente, mais c'etait en chinois forcement (j'ai mis des tofs sur fcbk). Sinon j'ai ramene un cd enregistre joue sur le meme type d'instruments, mais en 1989 donc pas avec les memes musiciens. faut encore que je l'ecoute (je peux enfin, au bureau), mais je ferai tourner.

Note donnée au disque :       
Dioneo › mercredi 29 janvier 2014 - 15:31  message privé !
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Oh ? Euh, une idée de ce que/qui c'était ?! (J'imagine que c'était du entendu "au fil" sans débriefing en langue par nous compréhensible mais bon... C'est que ça m'intéresserait, un peu. C'est assez rare que je tombe sur des musiques qui me semblent s'apparenter à celles pour Gamelan - qu'il soit de Java ou de Bali, d'ailleurs. Quelques trucs captés autre part en Asie du Sud Est - au Cambodge surtout, en fait - mais sinon... Du coup si par miracle t'as pu choper des bouts de références, je prends).