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Matching Mole › S/t

lp | 8 titres

  • Side A
  • 1 O Caroline
  • 2 Instant Pussy
  • 3 Signed Curtain
  • 4 Part Of The Dance
  • Side B
  • 5 Instant Kitten
  • 6 Dedicated To Hugh, But You Weren't Listening
  • 7 Beer As In Braindeer
  • 8 Immediate Curtain

enregistrement

Décembre 1971-Février 1972 aux CBS Studios, London

line up

Phil Miller (guitare), David Sinclair (piano, orgue), Robert Wyatt (batterie, chant, mellotron, piano sur la 3)

Musiciens additionnels : Dave MacRae (piano électrique)

chronique

En 1971, Robert Wyatt, qui comme chacun sait est l'un des chanteurs les plus originaux jamais sortis de l'humide Albion, quittait Soft Machine. Un geste suicidaire, diront certains, vu le statut de dieux vivants qu'avait acquis la formation depuis la sortie de Third. Sans forcément renier le virage jazz fusion tirant sur l'expérimental opéré par Mike Ratledge & co - la preuve, ce Matching Mole en est truffé - Wyatt souhaite exploiter ce fabuleux larynx dont la nature l'a doté, ce qu'un Soft Machine instrumental et de plus en plus cérébral ne lui permet plus. En guise de boutade, Wyatt nomme le groupe chargé de l'accompagner en tournée solo (pour l'album The End of an Ear, on imagine) Matching Mole, jeu de mots sur "Machine Molle", la traduction française de Soft Machine et sur "Taupes assorties", qui est donc le sens littéral de ce nom, ce qui explique la pochette très "vent dans les saules". Poussé par sa maison de disque, peut-être à cause de la notoriété de David Sinclair, membre de Caravan, Wyatt décide de sortir un album de son nouveau groupe, ce qui n'était pas prévu. C'est compliqué, hein ? Bienvenue dans la très incestueuse scène Canterbury, qui produisait à cette époque un nombre conséquent d'albums par an, truffés d'allusions et de renvois les uns aux autres... L'illustre Progmonster aura laissé quelques perles de côté, qui se doivent pourtant de figurer ici, et ce premier Matching Mole en fait partie... Rien que pour O Caroline, pop song pure, diaphane et naïve, où Wyatt touche par sa déclaration d'amour à une muse qui, chante-t-il, lui permettrait de mieux jouer, si elle était près de lui. Si ça c'est pas de la chanson d'amour, alors où on va, je vous le demande ? Mais pas la peine de vous enthousiasmer en pensant que vous allez enfin pouvoir offrir un disque de prog à votre dulcinée, le titre suivant s'appelle "Instant Pussy", expression argotique qu'on pourrait traduire par "chaudasse". Pourtant, le contenu est toujours aussi touchant et frais comme la rosée. Wyatt continue d'y mettre à nu sa voix éraillée, et le titre semble avoir été improvisé juste après O Caroline, tout comme l'hilarant Signed Curtain, aux paroles qui poussent encore l'ingénuité un cran plus loin : "ceci est le 1er coupleeeeeeeet, et ceci est le refraiiiiiiiin, et ceci est le second coupleeeeet, ou peut-être est-ce un poooonnnt", etc... Tout ceci, précisons-le, est d'une perfection mélodique assez incroyable, même si on sent Wyatt, dans ces paroles, assez critique envers la pop, voire envers sa propre sensibilité mélodique, et d'ailleurs le naturel revient au grand galop sur Part of the Dance, compo de Phil Miller (futur National Health) qui conclue la face A dans de magnifiques gerbes d'étoiles, acrobaties croisées du clavier, de la guitare, de la basse et de la batterie, qui se hissent sans problème au niveau du Soft Machine de l'époque ! La face B continue dans cette lignée : aventureuse et instrumentale, ce qui tend à prouver que Wyatt ne savait pas très bien ce qu'il voulait. Finit les couleurs pétantes de la face A, la taupe est rentrée dans son terrier et déterre de drôles d'asticots sous acide dans ses galeries. Si Instant Kitten (qui porte bien son nom malgré qu'il soit aussi souterrain que Instant Pussy était solaire) est une petite gâterie instantanément mémorisable de par son allure pataude, on plonge juste après dans les profondeurs d'une expérimentation qui n'était pas du goût de Dave Sinclair (co-auteur de O Caroline), qui fait de son mieux pour adoucir le tout avec ses claviers dorés au four typiques du son canterbury - dont l'album est d'ailleurs truffé, avis aux amateurs. Après un Dedicated to Hugh jazzy et en double hommage à Soft Machine, (le titre "dedicated to you..."... et Hugh Hopper) dont l'ombre est décidément bien imposante, on largue les amarres pour deux dernières plages limite bruitistes, où la Machine Molle semble s'emballer et vriller de tous ses boulons, offrant de belles dissonances et autres raclements dadaïstes. Un peu incohérent tout cela, Mr Wyatt, mais l'entrée en matière est si unique au monde et la maîtrise de l'art Canterbury si complète, qu'on vous pardonne aisément.

note       Publiée le vendredi 4 juin 2010

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Rikkit › samedi 18 juin 2016 - 01:42  message privé !

Premier disque de Canterbury me concernant. Trouvé le LP en pressage néerlandais de 72 chez King Bees à Agen y a bien 4 ans maintenant. je préfère à Soft Machine, parce que Phil Miller.

Énorme.

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Rikkit › mercredi 8 juin 2016 - 20:44  message privé !

Mdr mon gars

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nicola › mercredi 8 juin 2016 - 19:34  message privé !

Ben non, pochette molle.

Rikkit › mercredi 8 juin 2016 - 15:38  message privé !

Pochette Moche ?

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Kid A › lundi 30 novembre 2015 - 14:11  message privé !

Merveilleux album. Je me suis longtemps contenté de l'indicible suite des trois premiers morceaux mais je redécouvre la suite, dédale complexe mais tellement riche en perspectives insoupçonnées qui se renouvellent à chaque nouvelle écoute...

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