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Kayo Dot › Coyote

cd • 5 titres • 39:48 min

  • In Five Parts
  • 1Calonyction Girl 7:59
  • 2Whisper Ineffable 11:14
  • 3Abyss Hinge 1: Sleeping Birds Sighing In Roscolux 3:45
  • 4Abyss Hinge 2: The Shrinking Armature 13:40
  • 5Cartogram Out Of Phase

enregistrement

Produit, mixé et enregistré par Randall Dunn - Co-produit par Toby Driver - Masterisé par Mell Dettmer

line up

Toby Driver (basse et chant), Mia Matsumiya (violon et guitare), David Bodie (batterie , gong, percussion), Daniel Means (saxophone alto), Terran Olson (saxophone ténor, orgues, synthé, claviers), Tim Byrnes (trompette)

remarques

chronique

Styles
avant garde
doom metal
musique classique
contemporain
ovni inclassable
Styles personnels
musique de chambre (froide)

Après trois albums aux titres à rallonge évoquant presque Mars Volta et leur manie des mots tarabiscotés, Kayo Dot is back in black, plus opaque et équilibriste que jamais, avec un disque au sobriquet sobre et énigmatique. Kayo Dot et Coyote, deux mots qui sonnent similaires, et qui auraient pu augurer d’un revirement de la part de Toby Driver le bien nommé, grand ordonnateur de ce qu’il convient désormais d’appeler un orchestre, plus qu’un groupe, et encore moins de métal ou de rock. Vous l’aurez compris, de revirement il n’y a point, Kayo Dot reste sur la pente entamée avec Blue Lambancy Downward. En moins jazzy et plus tendu toutefois, mais Driver refuse toujours de se retourner vers son passé metal avant gardiste, réclamé à cor et à cri par les fans. Il n’y a pas de guitares sur Coyote. A la place, le compositeur un rien agaçant livre un travail extrêmement abouti au niveau de son jeu de basse, seul élément mélodique de l’album, qui contrebalance l’orage désordonné et glacé des deux longues pièces-clés de l’album, surtout The Shrinking Armature, qui a une véritable vie souterraine sous ses klaxons abrutissants évoquant un long calvaire gris et inhumain. Blue Lambency Downward m’avait charmé mais un peu égaré, voire vexé par son côté distant et luxueux, presque snob dans sa mise en scène lynchienne. Deux ans après, comme selon un rythme de croisière établi, sort Coyote, qui marque les esprits de par son titre et pochette inhabituelle et en rupture avec l’univers du groupe. Mais l’explication est clairement donnée dans le beau digipak : L’album est dédicacé à Yuko Sueta, artiste japonaise atteinte d’un cancer du sein pour laquelle la communauté artistique new-yorkaise s’était mobilisée, afin de payer les frais médicaux, exorbitants au pays de l’oncle Sam dès que l’on commet le péché de tomber gravement malade. L’histoire ne dit pas si c’est ce manque de moyens qui a permis au cancer de l’emporter il y a quelque mois, durant la post-production de Coyote… Du coup, l’album prend un air assez sinistre, puisque entièrement basé sur des textes de Sueta (le projet date d’Avril 2008), qui semblent conter son combat contre la maladie et son voyage vers les limbes… Vous aussi, vous trouvez que ça rappelle les deux premiers Mars Volta ? Ainsi, le beau digipak dévoile l’illustration d’une frêle jeune fille sur un lit, sertie des mots "Help me, I’m disappearing…", premiers mots du princier Calonyction Girl (fille-fleur de lune, pour une fois que c’est mieux en français…), où Toby déroule de sa voix toujours plaintive – les détracteurs ne changeront pas d’avis – un récit angoissé et halluciné dans lequel les portes respirent, et qui s’achève en un grand plongeon orchestral lugubre et baroque. Le soupir ineffable que laisse s’échapper la machine Kayo Dot s’apparente ensuite à une apnée dans un nuage gorgé d’électricité et de neutrons instables… On ne reprend son souffle que sur la première partie d’Abyss Hinge, perle noire du disque par sa mise en son minutieuse, organisation d’un cataclysme en plan séquence, grandiose comme un tableau de Jerome Bosch, qui donne une idée de ce que ces alchimistes cherchent inlassablement en expérimentant avec une telle opiniâtreté depuis le premier album. Car on peut tout reprocher à Toby Driver, y compris de ne pas mériter sa jolie violoniste (on en connaît qui n’en pensent pas moins), mais pas de ne pas prendre de risques. Il cherche, et parfois, trouve. Cela paraît étrange pour une musique aussi écrite (il faut voir la gueule du truc sur scène, aussi inutile visuellement qu’un concert d’électro sans effets visuels), mais Kayo Dot explore l’inconnu, navigue sur des planètes désertiques, aux reliefs accidentés totalement incongrus pour une oreille non habituée aux musiques dites contemporaines. Pourtant Coyote se veut un album joué live, puisqu’il devait être à la base un projet scénique spécial en collaboration avec Yuko Sueta, nommé The Kayo Dot Auxiliary Unit. En cela, il se rapproche donc de Drowsing Anemone, au niveau du concept… Les fans seront également contents d’apprendre le retour du multi-instrumentiste Terran Olson, ex-Maudlin of the Well, qui n’avait pas joué sur un album de Kayo Dot depuis Choirs of the eye. Qu’ils n’espèrent pas la moindre concession au post-rock ou à la musique populaire, tout simplement, car les structures éclatées sont ici parfois lourdes à digérer, en dépit d’ambiances évoquant parfois le dernier Asva (la présence de Randall Dunn, sans doute) ce qui n’est pas vraiment une qualité en soi… La formation peine à maintenir un intérêt constant sur les deux très longues pièces principales, surtout The Shrinking Armature, voyage introspectif hébété mais fort peu narratif, en rupture avec l’ambition de Driver de nous raconter une histoire avec cet album. Album qui se termine d’ailleurs bien platement sur le presque ridicule Cartogram out of phase, fort peu pertinent avec sa rythmique doom-jazz, après de tels morceaux-mastodontes où la batterie de l’étonnant David Bodie, ex-Time of Orchids vagabonde avec fluidité et espièglerie. On pourrait disserter pendant des heures sur cette musique fascinante et d’une audace formelle assez incontestable, Coyote reste une œuvre ambigue, ne recelant finalement aucune des émotions qu’il laisse entrevoir aux premières écoutes, perdant même de sa puissance ténébreuse à mesure que l’on apprend à le connaître, cas assez rare pour ce type de musique. La faute à ce visage-pâle à la voix hautaine et boursouflée, qui aurait franchement gagné à se taire et à insuffler un peu de tripes à son œuvre. Une étoile à la lumière décroissante, une naine blanche, voilà ce qu’est ce Coyote. Normal, pour un album-concept sur la mort d’un proche.

note       Publiée le jeudi 29 avril 2010

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notes

Note moyenne        8 votes

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saïmone › vendredi 2 octobre 2020 - 19:54  message privé !
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Dans la foulée, celui-là, toujours plus opaque, flou, un papier calque à la place des lunettes, dans les oreilles. Distinguer ? N'y penses pas, le couloir est étroit. Suffisamment en tout cas pour y récupérer une boule tombée là, dans entrebâillement de la porte. à noter que ça se marie bizarrement hyper bien avec de la littérature à tendance Grands Anciens (genre le dernier Kiernan - bien plus que du death metal par ex...)

saïmone › samedi 15 mars 2014 - 22:01  message privé !
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Je lui redonne sa chance, allez

HiM › dimanche 26 décembre 2010 - 16:04  message privé !

Ouaip, mais c'est une seule pièce de 20 minutes, très réussie d'ailleurs.

Note donnée au disque :       
saïmone › jeudi 16 décembre 2010 - 15:47  message privé !
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Encore un nouveau ??

HiM › jeudi 16 décembre 2010 - 13:04  message privé !

Tiens as-tu écouté Dariev leur récent EP "Stained Glass"? Je serais curieux de connaître ton avis..

Note donnée au disque :