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Yello › Claro Que Si

cd | 10 titres | 37:56 min

  • 1 Daily Disco
  • 2 No More Roger
  • 3 Take It All
  • 4 The Evening's Young
  • 5 She's Got A Gun
  • 6 Ballet Mecanique
  • 7 Cuad El Habib
  • 8 The Lorry
  • 9 Homer Hossa
  • 10 Pinball Cha Cha

line up

Dieter Meier (voix), Boris Blank (musique), Chico Hablas (guitare), Beat Ash (percussions), Zine El Abidine (chant sur "Cuad El Habib")

remarques

Le remaster digipack 2005 comme tous les autres jusqu'à Flag contient quelques titres bonus (inédits, live ou remixes) : 11/ Tub Dub (tiré de l'album de remixes The New Mix in One Go / 1986) - 12/ She's Got a Gun (version live enregistrée au Palladium en 1985, présente sur la face-B du single Goldrush / 1986) - 13/ Daily Disco (tiré de l'album de remixes The New Mix in One Go / 1986) - 14/ Evening's Young (tiré de l'album de remixes The New Mix in One Go / 1986) - 15/ Pinball Cha Cha (remix présent à l'origine sur l'édition 33 tours anglaise / 1983) - 16/ Desire for Desire (face-B du 33 tours allemand de You Gotta Say Yes to Another Excess / 1983)

chronique

Styles
new wave
ovni inclassable
Styles personnels
synth pop insolite

La Lune est verte. La nuit, turquoise. Cette histoire-là se terminera au pied d’un flipper, au rythme d’un cha-cha-cha androïde, dans un de ces bars comme on en trouvait que dans les années 80, à côté de boîtes du même acabit. Confortablement glauques, pour ainsi dire. Y’a pas que les bords de verre à cocktail qui sont givrés, dans ce bar-là. Le bar tender (on ne dit pas barman à moins de croire qu’il s’agit un humain, on dit "tender" - comme dans "Love me tender") de la boîte a de vieux airs de Vincent Price, mais un Vincent Price qui aurait joué dans Tron. Les clients sont assez fascinants, si on fait fi des lego et playmobil qui se trémoussent sur la piste de danse en gestes mécaniques : de gauche à droite, un débile en camisole qui tape sa tête contre le comptoir pour qu’on remplisse son verre imaginaire, une vendeuse de charmes qui se prend pour Rita Hayworth et qui s’appelle Sue, un privé à tête d’ornithorynque assis dans le fond, qui reluque toutes les quinze secondes par-dessus son épaule comme si la banquette arrière allait lui manger son trench-coat… le tableau est cocasse. J’engage un flirt avec la miss en sirotant mon Marie Brizard-Curaçao-Get 31, sous les néons bleutés du boui-boui, tandis que Price joue du shaker en gardant un œil sur le bifton qu’a laissé le dernier matelot, comme s’il s’attendait à ce que ceux qui ne sont pas en camisole le chipent. La sono laisse cracher à pleins tubes le Disco Quotidien, et on sentirait comme un vent glacé nous passer sur la nuque, un furtif instant… les synthés sans doute, mh oui c’est sûrement ça… bien sûr. Ornithorynque-man assure les refrains et le cinoque nous assomme les couplets en prenant Sue à parti, la langue pendante. Ils veulent la voir bouger, danser, toute la nuit... moi aussi. La réalité n’est pas ce qu’elle est ici : les silhouettes sont trop géométriques. Des triangles pour les têtes et des polygones pour les troncs ou genre, un peu comme l’esthétique du cendrier St Raph dans lequel je laisse tomber les cendres de ma 100s... Vincent joue au crooner avec son vocoder pourri chipé à Kraftwerk, sur un beat claudiquant sorti d’on ne sait où… l’ambiance vire de plus en plus au Buffet Froid, c’est net. Tous ne sont pourtant que personnages sortis de mon imagination multizophrène, alors je me dis "relax". La suite des évènements n’est qu’affaire de rythmes, de trip technoïde & de danses traditionnelles recyclées par R2D2 & HAL 9000, de cartoon, aussi. Les Residents nous surveillent du coin de leur œil géant depuis le début, je viens d’entraver leur présence, ils étaient planqués derrière le juke-box les salauds !... Mmmh. Relax. Dansons un peu. Parlons en dansant. Je raconte mes voyages à Sue, prenant tour à tour le rôle du maître chanteur, de l'escroc, ou du flic cliché de polar qui bercé par son sifflotement nonchalant et ses pas solitaires se réverbérant dans les ruelles traque cette tueuse d'hommes qui porte un revolver à la cheville. Je vis tout ça ou en donne la parfaite illusion, pourtant… car je suis un acteur. Je suis Vince, le sinoque et l’ornithorynque, ma belle. Et chaque film, et chaque vie que j’ai vécus, je ne les ai pas vécus vraiment : c’est un rôle savamment préparé et interprété sur un canapé en cuir de lounge 4 étoiles, mais 3 minutes me suffisent et me suffiront toujours pour faire croire que je suis allé à Venise, Rio de Janeiro, Marrakech, Pékin, que j’ai joué aux divas sur la Toundra avant de devenir gigolo dans un hôtel parisien pour finir dans la banlieue grise, sans jamais sortir de ma minuscule Suisse, ni changer de tenue. Smoking. Je ne suis qu’un caméléon un peu fou pris dans la glace des rythmes et machines de cette nouvelle vague. Millionnaire Helvète qui s’invente toutes ses vies entre deux parties de golf. Tête d’affiche de la filmographie synthétique & métissée de Blank, mythomane grandiose qui cache les performances les plus extravagantes sous son plastron immaculé. L’ami Blank ne fait pas que porter la moustache comme votre non-serviteur : il pilote mieux que quiconque ces claviers magiques, ceux qui impriment des paysages tout autour, le décor est souvent à s’y méprendre mais le son ne trompe pas : rêve ou cauchemar, tout est synthétique, froid, parfois même spatial, même quand le rythme vient des pays chauds. Les années freezer et leurs formidables soleils en PVC. B.B. est le réalisateur, je suis l’acteur, et je me coltine même la plupart des rôles secondaires, par goût de l’aventure. À bord de ce vaisseau à rêves pop & synthétique, nous avons trouvé notre mode de fonctionnement. Si cette nouvelle histoire au parfum de dadaïsme mentholé & d’After Hours laisse augurer moult nuits de folie futures et n’a pas la variété de teinte des suivantes, elle en a l’audace et une noirceur bien plus tangible. Elle restera aussi celle qui, dans cette riche œuvre qui est la nôtre, aura le plus trahi l’endroit où nous nous trouvons réellement tous les deux : la cellule capitonnée.

note       Publiée le lundi 8 février 2010

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luhje › jeudi 13 août 2015 - 09:47  message privé !

Pas le meilleur de leurs chef d'oeuvre mais l'ambiance est, comme dans son successeur, très cohérente et à la fois dépaysante à chaque titre ... Au delà des tubes, No More Roger et BAllet Mecanique sont de délicieuses étrangetés, avec des sons assez inouis ! Plus abouti et mature que leur Solid Pleasure

E. Jumbo › mercredi 26 décembre 2012 - 21:27  message privé !

Définitivement meilleur que Solid Pleasure, plus maîtrisé et moins épars. Les passages dark ambient cinématographiques sont vraiment superbes...

Note donnée au disque :       
stankey › mercredi 26 décembre 2012 - 13:51  message privé !

Pas de doute, je suis chez moi. Celui là est vraiment particulier, j'adore son atmosphère débridée complètement futuriste. Au fil de l'album me viennent à l'esprit les fantasmes technologiques des années 70 et 80 dans leur démesure, la musique de Kraftwerk, les paysages de Tron, un exotisme fourre-tout à la Blade Runner, les touches d'humour en plus. Très clean, coloré malgré la froideur. Ivresse, la gueule dans les néons....quelle ambiance, le son des remaster est en plus excellent ! Une réussite, assurément !

Note donnée au disque :       
zugal21 › vendredi 30 avril 2010 - 17:41  message privé !

ça sautille, ça pétille, c'est rigolo comme tout

Note donnée au disque :       
E. Jumbo › samedi 27 février 2010 - 16:12  message privé !

C'est vrai qu'il est fichtrement chouettos cet album, je le préfère à Solid Pleasure qui part peut-être un chouïa dans trop de directions différentes (mais vraiment un chouïa).

Note donnée au disque :