Les objets chroniqués

Vous êtes ici › Les groupes / artistesBJacques Brel › Brel

Jacques Brel › Brel

  • 1997 - Barclay, 810 537-2 (1 cd digipack)

cd | 12 titres | 48:06 min

  • 1 Jaurès [3:37]
  • 2 La ville s'endormait [4:36]
  • 3 Vieillir [3:42]
  • 4 Le Bon Dieu [4:44]
  • 5 Les F... [3:27]
  • 6 Orly [4:20]
  • 7 Les remparts de Varsovie [4:06]
  • 8 Voir un ami pleurer [3:53]
  • 9 Knokke-le-Zoute tango [5:10]
  • 10 Jojo [3:11]
  • 11 Le Lion [3:27]
  • 12 Les Marquises [3:53]

enregistrement

Studio Hoche, Paris, France, en septembre et octobre 1977.

line up

Jacques Brel (voix), François Rauber (direction d'orchestre), Gérard Jouannest (piano), Marcel Azzola (accordéon).

remarques

On appelle souvent cet album "Les marquises" (et il apparaît ainsi dans certains catalogues) bien que ce ne soit pas son titre original.

chronique

Styles
chanson

"Mourir, cela n'est rien, mourir, la belle affaire..." Ce disque-testament est, tout entier, un exorcisme, une dernière chasse aux démons, avant la victoire de la Faucheuse qu'on sait toute proche. Il serait vain de s'appesantir, aux vues de la masse de documentation disponible sur Jacques Brel, sur les circonstances dans lesquelles il fut enregistré. Pourtant, elles sont si éloquentes... Déjà opéré d'un cancer, Brel se retire en Polynésie pour y jouer l'avion-taxi. Il veut mourir là-bas, mais refait un saut à Paris pour y enregistrer le disque qu'on nomme communément "Les Marquises", son chant du cygne avant de retourner dare-dare dans l'hémisphère sud finir ses jours. "Brel", c'est donc l'ultime danse. Celle où l'on donne tout ce qu'il reste en nous. Le sexe et la mort en constituent d'ailleurs la thématique principale ; cet album est donc, et dans tous les sens du terme, essentiel. C'est le plus extrême de Brel, et, sans doute, le plus sombre. Mais venons-en aux faits. Le sexe, d'abord : c'est le génial "Knokke-le-Zoute Tango" où Brel étale phantasmes et misères sexuelles, tour à tour suprêmement arrogant et terriblement pathétique ; et ce sont ces mêmes obsessions qui traversent tous les titres. La mort, ensuite. Omniprésente dans ce disque... elle est l'occasion des chansons les plus tragiques, les plus terribles de Brel : les ouvriers qui "rampent jusqu'à la vieillesse" dans "Jaurès", où la voix de l'artiste est presque nue, accompagnée seulement par un accordéon triste ; "La ville s'endormait... et mon cheval boueux et mon corps fatigué...", fulgurance d'images de lassitude, sans syntaxe, déroulée sur des cordes mélancoliques et monotones ; "Vieillir" : un bras d'honneur à la Camarde qui approche, chanson magnifique en forme d'auto-suggestion, comme pour se persuader des bienfaits d'une mort prochaine ("mourir baiseur intègre entre les seins d'une grosse..." dans un autre contexte, on pourrait presque en faire une apologie du suicide) ; "Orly" et l'adieu des amants : "la vie ne fait pas de cadeaux..." : il s'adresse à nous, à lui-même, en rendant l'anecdote universelle. Ce dernier album est aussi celui où Brel règle tous ses comptes, sans aucune pudeur, comme pour se délivrer enfin... "Mais les femmes toujours ne ressemblent qu'aux femmes, et d'entre elles les connes ne ressemblent qu'aux connes" (La ville s'endormait) ; il balance sa haine et ses insultes, sans vergogne, aux nationalistes flamands qui d'après lui pourrissent sa région natale ("Les F...") Et puis il y a de ces chansons à coeur ouvert, d'amour et d'amitié, que Brel chante les tripes à l'air en nous emmenant avec lui, comme personne d'autre ne peut le faire, sans jamais tomber dans la mièvrerie (et il aura ainsi séduit tant d'artistes qu'on croirait aux antipodes) : "Le bon Dieu", "Voir un ami pleurer", "Jojo", qui ne voit plus d'ami pleurer mais qui pleure un ami. Seuls deux morceaux réellement légers (quoique très plaisants, bien sûr) viennent rompre l'atmosphère dominante : "Les remparts de Varsovie" et "Le lion", mais ça n'est que broutilles. "Les marquises", qui clôture l'album, est étrangement détachée du reste, en apesanteur, comme si, effectivement, en sachant qu'il allait retourner à l'autre bout du monde pour ses derniers mois de vie, Brel avait déjà dépassé la mort, se prélassait dans un au-delà aux contours flous et attrayants... Je me souviens de conversations au lycée, sur les mérites respectifs du chant dans le rock et dans la musique classique. Nous en étions venus à la conclusion que le plus important, ce n'est pas de chanter juste, ni bien, c'est d'y mettre son âme, ses tripes, tout son être... En ce sens, et nous étions trop jeunes pour le savoir, Jacques Brel, qui ne faisait pourtant ni rock ni musique classique, était un des plus grands chanteurs de tous les temps.

note       Publiée le dimanche 7 février 2010

Dans le même esprit, Trimalcion vous recommande...

partagez 'Brel' sur les rseaux sociaux

ajoutez des tags sur : "Brel"

Vous devez être membre pour ajouter un tag sur "Brel".

ajoutez une note sur : "Brel"

Note moyenne :        19 votes

Vous devez être membre pour ajouter une note sur "Brel".

ajoutez un commentaire sur : "Brel"

Vous devez être membre pour ajouter un commentaire sur "Brel".

boumbastik › jeudi 23 novembre 2017 - 18:12  message privé !

Dans la série "je découvre les classiques sur le tard", après Hendrix, Brel. Tout a été dit sur cet album. Certains morceaux laissent pantois dès la 1ère écoute (La Ville s'endormait, Jojo, Orly). Le côte emphatique de l'ensemble me gêne un peu aux entournures, ce qui ne m'empêche pas d'être ému parfois jusqu'aux larmes.

(N°6) › mercredi 22 février 2017 - 22:37  message privé !
avatar

Quand je pense que pendant des semaines (mois ?) je me suis fait réveiller par cet album. "Jaurès" pour te tirer du tes rêves, "Vieillir" en ingérant ton petit dej et "Voir un ami pleurer" au moment de sortir dans la rue. Les journées les plus oisives, finir au lit au son des "Marquises"...

Note donnée au disque :       
dimegoat › mardi 20 octobre 2015 - 16:08  message privé !

ah oui je l'ai réécouté dimanche dernier. Pluie + moral en berne = Brel. Bien aigri, bien sombre, bien méchant. Et les titres bonux sont vraiment bons aussi (Sans exigences, argh!)

Brainback › mardi 20 octobre 2015 - 11:31  message privé !

Ce disque n'est peut-être parfait (Le Lion), mais il contient des chefs d'oeuvre absolus qui vous frappent en plein cœur. Jaurès, Orly, La Ville s'Endormait, Voir un Ami Pleurer, Jojo, Vieillir, Le Bon Dieu... sans oublier le fabuleux Les Marquises. De l'humanité à l'état brut. Avec un grand "H".

Note donnée au disque :       
zugal21 › vendredi 31 mai 2013 - 20:56  message privé !

Ah oui, celui-là. Le génial dernier Brel. Alors voilà, hors sujet : le dernier Brel avec son pur ciel bleu et ses nuages ; je peux pas m'empêcher de penser aux poumons de Brel. En attendant, sur celui-ci ce sont les titres "drôles" qui retiennent mon attention.

Note donnée au disque :