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Kurt Atterberg (1887-1974) › Symphonie n°9 "sinfonia visionaria"

cd • 13 titres • 60:35 min

  • Symphonie n°9 "sinfonia visionaria" pour solistes, choeurs et orchestre, Op.54 (1956) | 40:45
  • 1Beginning2:36
  • 2"Heid hon hette"2:45
  • 3"Jag jättarna minns"3:26
  • 4"Hon sag vida"3:14
  • 5"Väl vet hon"3:06
  • 6"Med spjut sprängde oden3:38
  • 7"Vid heta källors"3:08
  • 8"Jag ser längre fram"2:15
  • 9"Mycket jag fattat"4:02
  • 10"Hur är det med asar?"1:51
  • 11"Rym styr un östern2:07
  • 12"Nu stundar friggas"2:24
  • 13"Solen svartnar6:13
  • Älven (la rivière), poème symphonique Op.33

informations

Enregistré au Grosser Sendesaal Hanover, janvier 2003 par Martin Lohmann. producteurs executifs : Hansjoachim Reiser, Burkhard Schmilgun.

Atterberg est encore assez peu revisité, et l'intégrale des symphonies gravée par Rasilainen pour CPO est, au delà de la référence, l'entreprise qui a permis de redécouvrir le suédois. Les deux solistes méritent eux aussi d'être salués : technique irréprochable et une sobriété lyrique en adéquation parfaite avec le sujet (contrairement à cette pochette...)

line up

Satu Vihavainen (mezzo-soprano); Gabriel Suovanen (baryton); NDR Chor; Prager Kammerchor; NDR radiophilarmonie; Ari Rasilainen (direction)

chronique

  • musique symphonique - anachronique

"La vie heureuse des dieux, la première guerre entre les Ases et les Vanes, la mort de Balder suivie du déclin de l'ordre ancien, la mort d'Odin au combat et la destruction finale"... c'est dans un poème islandais vieux de plus de mille ans qu'Atterbeg est allé chercher son ultime symphonie; un texte opaque et mystérieux dont le suédois tire une œuvre singulière, obscure, sévère. Partition d'une grande homogénéité, la "Visionaria" alterne les parties pour soliste à l'orchestration atmosphérique dépouillée et aux lueurs glauques, et les apocalypses chorales archaïques, dont les ouragans de cordes et de cuivres s'abattent dans des explosions de cymbales comme des vagues gigantesques sur des falaises de roches noires. L'orchestre est ce décor désolé, cette terre aride, triste et sauvage, sur laquelle la mélodie du chant erre comme une âme en effroi; des mélodies à la fois sérieuses et graves, que le compositeur raffine de détours inquiétants ou lunaires. Les vibrations lointaines de quelques violons et le soutien sombre du cor, des plans harmoniques blafards, dont la lente évolution, les nuances de flûtes ou de clarinettes s'installent sous les arias comme une lande de pénombres et de mystères douloureux. Le chant s'exprime dans une nuit aux étoiles raréfiées, dans la fraîcheur morte de la brise, se perdant sans écho dans la désolation d'un paysage livide. Atterberg fait preuve ici d'une très grande maturité mélodique : ses arias sont à la fois graves, expressifs et singuliers, baignés d'étrangeté harmonique aussi belle que subtile. Leur cheminement funèbre occupe le premier plan d'une musique à l'orchestre en embuscade, tapi dans le silence en attendant l'armée des chœurs : ultime incarnation des puissances originelles, des assemblées de dieux de guerre, des batailles titanesques et des montagnes infranchissables du destin; car cette histoire des origines raconte aussi la destruction, le crépuscule d'un ordre divin et les forces terribles qui se sont affrontées. Dans des déclamations massives et écrasantes, le chœur se dresse et réveille avec lui des bourrasques de cordes et des tempêtes de cuivres; Atterberg le symphoniste aguerri déploie ses hordes en canons et croise les pupitres dans une organisation progressive de thèmes noirs et violents et de souffles épiques... des à-pic de chœurs rocheux de plusieurs centaines de mètres de haut sur lesquels s'écrasent sans relâche le ressac monstrueux de l'océan antédiluvien. A la pénombre verdâtre des arias, les levées de chœurs et d'orchestre opposent le noir charbon. Dans cette triste épopée où l'on erre de solitude inquiète en scènes d'effroi mythique, le compositeur a mis ses velléités démonstratives de côté au profit d'un déroulement lisible, primitif, rendant presque invisible la science incontestable avec laquelle il assemble ses constructions, peint ses scènes de batailles, utilisant des lâchés de contrepoints orchestraux et des accumulations rythmiques progressives dont les surprenantes montées en puissance finissent dans la froideur colossale d'un millier de voix glacées. Jusqu'à l'ultime "Solen svarntar" (le soleil noircit), où les voix assemblées se retirent en douceur, dans un long balancement harmonique apaisé et céleste, sous la lumière duquel le baryton trouve enfin une forme de repos, comme une fin adoucie, une mort acceptée. Rigoureuse et austère, profondément singulière, cette dernière symphonie de Kurt Atterberg est une couleur à part, un objet solitaire dans la carrière du compositeur, et dans l'histoire de la musique. Un retour, une vision des temps anciens et de la naissance des mythes à l'écriture à la fois originelle et fondamentalement raffinée, quasi runique. Une œuvre d'une beauté ambiguë, entre archaïsme et intemporalité, silence et fureur, cratères de cendres et océans. Une bizarrerie fascinante, dont l'aura étrangère ne se déflore jamais, malgré le temps qui passe, et les maîtres de musique.

note       Publiée le dimanche 17 janvier 2010

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LUC FOUCART Envoyez un message privé àLUC FOUCART

Merci du commentaire magnifique que je viens de trouver sur votre site. Je cherche également le texte en français du livret de cette symphonie. Est-il disponible ? La 2ème symphonie de Kurt Atterberg est la première que j'ai découverte de ce grand compositeur. Je ne comprends pas qu'il soit aussi méconnu par rapport à ses contemporains tels Alfven et Sibelius.

shinjuku thief Envoyez un message privé àshinjuku thief

Grandiose, superbe découverte !

Note donnée au disque :       
Sheer-khan Envoyez un message privé àSheer-khan
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La 4 est une vraie merveille. Et oui, l'intégrale de dausgaard est incontournable, j'ai pu ranger mes vieux jaarvi pour la 4 et 6... et mon rodensvensky pour la 1ère, bien qu'il garde toute mon affection

Arno Envoyez un message privé àArno

Excellent (Je disais ça parce que je viens de recevoir les symphonies par Dausgaard, je n'ai encore écouté que la première, mais elle est déjà devenue ma symphonie scandinave préférée... bien qu'elle soit au final assez peu scandinave)... (Je n'ai jamais entendu un son aussi phénoménal que dans cet enregistrement)...

Sheer-khan Envoyez un message privé àSheer-khan
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Aaaaaahhhhhhh, Arno dans mes bras!! Oui, les sphères évidemment, et les symphonies "sombres", la 1, 4, 6, 10 et 15... (oui parce-que sur les 16, y en a un paquet de guillerettes classiques tout de même ;-) .... tu n'imagines pas tout ce qui est prévu, d'ailleurs :-)