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Béla Bartók (1881-1945) › Quatuors à cordes n°5 et 6

  • 2000 • Erato 3984-25594-5 • 1 CD

cd2 • 12 titres • 72:22 min

  • Quatuor à cordes n°3 (1927)
  • 1Prima parte - moderato4:40
  • 2Seconda parte - allegro5:21
  • 3Ricapitulazione della prima parte . moderato - coda- allegro molto4:59
  • Quatuor à cordes n°5 (1934)
  • 4Allegro7:02
  • 5Adagio molto5:24
  • 6Scherzo - alla bulgarese4:42
  • 7Andante4:41
  • 8Finale - allegro vivace6:28
  • Quatuor à cordes n°6 (1940)
  • 9I.Mesto . vivace7:27
  • 10II.Mesto . marcia7:37
  • 11III.Mesto . burletta-moderato6:55
  • 12IV.Mesto6:14

enregistrement

Produit par Martine Guers-Fernoux. Ingénieur : Jacques Doll. Montage : Martine Guers-Fernoux, Anne decoville. Enregistrement : 24-26 nov 1993, 17-20 jan, 28 fév, 4 mars, 18-20 juin, 14-19 oct, 15-18 déc 1994 à la Salle de musique de Chaux-De-Fonds, Suisse.

line up

Quatuor keller : Andras Keller (violon I); Janos Pilz (violon II); Zoltan Gal (alto); Otto Kertesz (violoncelle)

remarques

J'avoue ne jamais avoir entendu d'autres versions que celle-ci dont je ne peux donc que vanter les qualités objectives, de son et de technique d'exécution (la réputation du Quatuor Keller n'étant par ailleurs plus à faire). Il s'agit de pièces centrales de la musique du XXième siècle et il y a probablement un nombre incalculable d'interprétations, dont certaines particulièrement brillantes. La parole est donc à ceux qui savent...
Il s'agit de la réédition dans la collection Ultima sous format double CD de l'édition de l'intégrale des quatuors par Keller de 1995.

chronique

Styles
musique classique
moderne
Styles personnels
musique de chambre : apocalypse

L'effroi et le drame, la folie et la peur, l'angoisse, l'attente... Bartok va désormais placer sa voix et son message en prémisse de toute chose; il va faire de la parole le départ et la finalité de son travail musical. Noirs, tragiques, ses deux derniers quatuors semblent dépasser la complexité du langage de leur auteur, la fondre dans un discours qui n'est plus qu'expression. Car ce n'est plus l'éprouvante originalité du vocabulaire qui prime ici, mais le chant, la peine, l'aveu d'un pessimisme qui a fini par vaincre. Le hongrois va plus que jamais s'attarder dans la tension, le silence, la complainte qui s'étire jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à l'extinction. Les rythmes volontaires qui continuent de structurer ses partitions sont rentrés dans le rang : distincts, épurés, guéris de leur épilepsie, ils sont repères, force motrice primaire à l'impact immédiat, et sans eux : c'est l'abandon. Le quatuor n°6 est une mise en relief du silence, chargée, oui, mais aussi foncièrement dépouillée, une glorification du moindre son comme événement, une écoute concentrée à l'extrême de notes qui se lamentent. L'achèvement du travail de la mélodie est ici absolu; la beauté se dispute à l'inconfort, la fluidité du discours legato sert de fil conducteur; Bartok a totalement digéré les nouveaux territoires de l'atonalité moderne et tisse des lignes à la croisée des mondes, toujours redevable, toujours soucieux du pouvoir d'émotion des écarts harmoniques classiques. "Burletta" : Bartok use de la danse et du rythme pour y trouver cette fameuse énergie du désespoir, à l'opposé de l'insouciance; "Alla bulgarese" : il nous parle d'un monde dont on est en train de souiller la mémoire... une mémoire qui l'habite, le dévore de l'intérieur. Mais c'est également dans ces ultimes quatuors que le hongrois manipule avec le plus de maestria les possibilités plastiques, acoustiques et ainsi expressives, visuelles, des instruments. Il joue du violon comme de la mandoline, il installe un ciel en vibration constante, tire sur les cordes, accélère à l'extrême les aigus des violons et maintient la tension à son plus intense niveau. Des serpents chromatiques rapides comme des mirages s'insinuent sur la plainte ralentie de l'alto, des pizzicati isolés, des éclats sourds de violoncelle tombent sur la toile musicale aérée. Le quatuor n°5 déroule des mélodies jusqu'à n'en plus pouvoir, legatos vertigineux qui se grimpent les uns sur les autres dans une course vers la sortie... mais quelle sortie? Bartok n'en sait rien, et c'est précisément de cela qu'il entend nous prévenir. Par sa science musicale, il nous entraîne de force sur des routes chaotiques, à l'instar du monde qui s'emballe, à l'image de la société qui s'est mise à courir, portée par l'appétit de sa propre explosion. Alors quoi, ces partitions ne sont-elles in-fine que les expériences expressionnistes d'un musicien pur, d'un cerveau présidant? Bien au contraire, elles sont avant tout un lieu de beautés nues qui se battent contre l'horreur, qui s'extraient en lumière d'un chaos noir et dense, un long chant de douleurs et d'incompréhensions, où la musique demeure l'argument principal; fin et moyens, outils et matière première, impulsion initiale, et ultime destination.

note       Publiée le mercredi 6 janvier 2010

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Moonloop › dimanche 26 août 2012 - 10:07  message privé !

Me suis repassé les quatuors à cordes de Ligeti, Métamorphoses nocturnes et le second, qui sont eux aussi vraiment passionnants, "immersifs", vivants, drôles et tourmentés...

Note donnée au disque :       
necromoonutopia666 › lundi 11 octobre 2010 - 21:35  message privé !

T'as toujours l'impression (surtout le 6ème) que quelque chose de chelou et d'atroce va se passer, mais rien ne viens... Et c'est ça qui fait la force de l'oeuvre.

Note donnée au disque :       
Trimalcion › mercredi 6 janvier 2010 - 22:42  message privé !
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Une "sortie à l'air libre" (si j'ose dire) pour Bartok après ses quatuors précédents, et un accomplissement inégalé dans la musique de chambre du XXème siècle, dans la musique de chambre tout court.