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Gustav Mahler (1860-1911) › Symphonie n°6

cd1 • 3 titres

  • Symphonie n°6 "Tragique"
  • 11. Allegro energico, ma non troppo (Heftig, aber markig)23:12
  • 22. Scherzo. Wuchtig12:52
  • 33. Andante moderato14:33

cd2 • 3 titres

  • 14. Finale. Allegro moderato29:48
  • Beethoven
  • 2Ouverture Fidelio6:39
  • 3Ouverture Leonore n°314:36

enregistrement

Bethanienkirche, Leipzig, Allemagne, juin 1966.

line up

Gewandhausorchester Leipzig, Vaclav Neumann (direction).

remarques

Moins célèbre que d'autres, cette interprétation de Vaclav Neumann est pourtant terrible, brutale, ad hoc.
Les deux ouvertures de Beethoven, en fin de programme (couplage incongru s'il en est, d'ailleurs) ne sont pas chroniquées ici.

chronique

Styles
musique classique
moderne
Styles personnels
musique symphonique

"Il est indécent !" s'indignait Nikolaus Harnoncourt lorsqu'on lui demandait si, après Mozart, Beethoven et Bruckner, s'éloignant toujours plus du répertoire baroque qui avait fait sa gloire, il comptait bientôt diriger l'oeuvre de son plus moderne compatriote. Si ce reproche devait avoir un sens, c'est bien à cette sixième symphonie de Mahler qu'il faudrait l'appliquer. Terriblement indécente, oui, et terrible tout court, elle s'engouffre dans le chaos au rythme d'une marche, un peu comme la cinquième. D'ailleurs, on rassemble en général la trilogie instrumentale des symphonies n° 5, 6 et 7 : la précédente plus fameuse, la suivante aux contours escarpés plus difficiles d'accès, elles n'en demeurent pas moins liées, dédiées toutes trois "à la nuit". Quel beau programme. La nuit, celle qui étend les ombres, donne libre cours à l'imagination, se révèle propice aux dialogues avec les terreurs intimes que chacun a en soi, mais propice aussi à la contemplation, à l'écoute, à l'angoisse aussi bien qu'au repos. De repos, ici, il ne sera point question toutefois : cette nuit-là n'est que silhouettes inquiétantes qui s'allongent, peurs sourdes et oppressantes. On exalte souvent en Mahler un compositeur-prophète qui, à l'instar de Kafka, aurait anticipé dans son oeuvre les grandes tragédies du vingtième siècle. Mais, comme pour l'immense écrivain pragois, ce serait réduire son propos que de le limiter à un message "politique", aussi précurseur soit-il : les angoisses des deux hommes, sans patrie, à qui le bonheur se refusait, étaient aussi toutes personnelles... et ils les rendirent universelles, reflétant ainsi les aspects les plus tragiques de la condition humaine, celle de l'homme sans Dieu, se débattant absurdement dans un monde de douleurs et de peines. Le premier mouvement, d'anthologie, débute par une funeste marche, donc, avançant irrémédiablement vers le gouffre, avec comme contrepoint un thème à l'aura céleste, des instants suspendus... avant que la marche ne revienne tout écraser. Il y a aussi des réminiscences de la troisième dans cette extraordinaire cosmogonie symphonique... Le troisième mouvement fait également tout pour que cette oeuvre mérite son sous-titre, avec son thème doux-amer qui diffuse un étrange malaise au fur et à mesure qu'il se développe, se recouvre d'un voile sombre, jusqu'à une élévation finale qui fait résonner l'harmonie des sphères. L'instrumentarium bigarré du finale, rehaussé de cloches, celesta... donne une couleur incroyablement morbide à ce nocturne pour grand orchestre ; la marche funeste du premier mouvement prend des allures de marche funèbre, valses diaboliques, échos égarrés du début de l'oeuvre. On fait souvent au compositeur le reproche classique d'éclatement, de dispersion dans un trop plein de motifs et d'émotions, comme si Mahler ne pouvait cesser de s'épancher et de verser des larmes, inépuisables - ce défaut n'en est pas un : c'est la conséquence toute naturelle d'un propos et d'une inspiration débordants, c'est la force brute qui maltraite l'unité de la grande forme. Plus rien n'est raisonnable, ici. Pour le genre humain, pour Mahler et sa conscience, c'est l'épreuve du deuil.

note       Publiée le mercredi 6 janvier 2010

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Wotzenknecht › mercredi 21 août 2013 - 23:24 Envoyez un message privé àWotzenknecht
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Je viens de découvrir cette oeuvre en direct, jouée par le SWR Sinfonieorchester, notre école ayant des tickets à prix spéciaux. J'aime que la chronique défende l'éclatement des motifs mais j'avoue que c'est épuisant (peut-être d'autant plus après une longue journée). Ca cogne, ca tabasse (si ce n'était que le marteau, mais les quatre cymbales jouées d'un coup font leur effet aussi), c'est apocalyptique ; nocturne je ne sais pas, ou bien une nuit aussi tranquille que douze Moussorgsky, ou que "Douce nuit" de Dino Buzzatti...

Moonloop › lundi 28 novembre 2011 - 12:58 Envoyez un message privé àMoonloop

Excellente cette symphonie, le premier mouvement est fabuleux... (écouté la version de John Barbirolli et le New Philharmonia Orchestra pour ma part).

Note donnée au disque :       
escusezmoidexister › mercredi 6 janvier 2010 - 18:24 Envoyez un message privé àescusezmoidexister

Génial Je ne connaissait pas Mahler, et j'ai eu la chance de voir cette symphonie il y a deux mois. Ca m'a transcender. Et que dire des trois coups de marteau assénés avec cette terrible violence.....