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Leevi Madetoja (1887-1947) › Symphony n°2

cd • 6 titres • 65:20 min

  • 1Comedy overture, Op. 538:31
  • Symphonie n°2, Op. 35|42:19
  • 2Allegro moderato12:35
  • 3Andante14:28
  • 4Allegro non troppo10:04
  • 5Andantino5:12
  • Kullervo, poème symphonique, Op. 15
  • 6Kullervo14:06

line up

Tampere Philharmonic Orchestra; Paavo Rautio (direction)

remarques

Je ne connais évidemment aucune autre interprétation, je ne sais même pas s'il en existe. On peut certes regretter que le Tampere Philharmonic ne puisse logiquement déployer la splendeur de timbres capiteuse avec laquelle Karajan défendit du haut de sa Rolls berlinoise les oeuvres de Sibélius. Mais le chef et son orchestre se montrent d'une grande élégance et d'une technicité irréprochable. En outre, pour les fans de turbulences orchestrales et de sombres harmonies, ce disque se finit sur le poème symphonique Kullervo, plutôt spectaculaire.
Il s'agit de la réédition sous le label Apex de Warner classics d'un disque Finlandia de 1985.

chronique

Styles
musique classique
romantique
Styles personnels
musique symphonique - romantique

Allez... un peu de militantisme. La course à la modernité comme valeur artistique est une invention du XXième siècle. Elle est née d'abord de la révolution industrielle, puis explosa lors de sa percussion en pleine course avec la première guerre mondiale et ses violentes désillusions. Cette notion de l'art reflet de son époque, de l'art progressiste, a eu un impact radical, et majoritairement positif, sur l'évolution de l'art durant le siècle fraichement passé. Mais elle a aussi eu quelques conséquences un peu fâcheuses, comme le dénigrement systématique des expressions artistiques se satisfaisant de vocabulaires établis, dans leur quête de beauté. La scandinavie, dont le décalage s'explique notamment parce qu'elle fût à l'abri aussi bien de l'industrialisation que de la première guerre, incarne parfaitement cette ségrégation critique. Sibélius lui-même lorsque, crédibilisé par la figure de Grieg, il creva les frontières à coup de beautés si éclatantes que le reste de l'europe et du monde durent s'y résoudre, alors qu'il remportait les plus hauts suffrages critiques, se faisait pareillement qualifier d"éternel vieillard"; Carl Nielsen quant à lui, était en 1928, année de son pourtant intemporel et invraisemblable concerto pour clarinette, considéré comme une personnalité conservatrice, et sans doute notamment par lui-même. C'est un fait : le scandinavisme naquit dans l'après midi d'un romantisme dont il usa des ultimes feux crépusculaires avec une splendeur inégalée, avant de s'engager dans une acceptation de ses propres acquis, pour continuer de développer une musique conservatrice, hautement picturale, perpétuant son ode à la nature et aux légendes nordiques, mais sans jamais vraiment retrouver les neiges éternelles de ses pères fondateurs, de Grieg à Nielsen l'étranger. Ceci posé, je vous le dis comme je le pense : la beauté n'a pas d'époque, et si on encense aujourd'hui les Howard Shore et consort, parlons donc de ceux qui furent incontestablement leur plus grande source d'inspiration : n'oublions pas que le scandinavisme connut un immense succès aux états-unis jusqu'à la fin des années 30, Sibélius y était déifié et le jeune Atterberg mettait tout le monde à genoux à coup de symphonies pyrotechniques, mais fondamentalement tonales. C'est ainsi que j'entreprends de dresser modestement sur notre site un (petit) panorama de cette école particulière, méconnue puisque négligée, de cette musique du nord, que j'affectionne, et qui dans le fond comme dans la forme, a tant à voir avec les rêves et les cauchemars d'une grande partie de ceux qui fréquentent les couloirs de notre bibliothèque. Et Madetoja, c'est le scandinavisme tendance Kalevala dans toute sa splendeur. Démons et merveilles, nature et découvertes : ça part de la forêt, au creux de la vallée, et ça nous hisse jusqu'aux cimes des montagnes, dans la demeure glacée de la sorcière des neiges (et c'est pas ton amie!). Attention, oui, car souvent, chez les romantiques, les joliesses les plus douces, les tendresses joyeuses finissent par s'emporter, ou pire : par se mettre à chialer ; et souvent, chez les scandinaves, l'évocation de la nature superbe et des heures heureuses se couvrent rapidement de nuages, noirs, lourds, menaçants; souvent, chez les finlandais, on prie Dieu Sibélius. La symphonie n°2 de l'élève Leevi Madetoja ira jusqu'à susciter l'admiration du maître. Il faut reconnaître que cette explosion romantique, vivante et colorée mais profondément orageuse et turbulente, a de nombreux atouts. Un déploiement des timbres de l'orchestre et une densité mélodique remarquables; un sens des dynamiques, du silence, qui n'a d'égal que sa capacité à la violence, déferlement d'orchestre à la puissance terrible et aux textures multipliées, dont les sons les plus acérés irradient les hautes fréquences en nous sciant les tympans. Dans la pure tradition, Madetoja enchaîne, accumule les images d'arbres immenses aux prises avec le vent, d'océans fous furieux, et de hautes montagnes noires, dans une orgie romantique balayée par la tourmente et l'envie des ténèbres. Ca commence pourtant dans le plus délicieux buccolisme, flûtes en papillon et cors rassurants comme la brise sur les blés; mais déjà les premières déviances mélodiques, les premières traces d'angoisse désorientent le sourire et la légèreté des violons. Des frappes de timbales grondent, en retrait, trois petits tours et puis s'en vont. Le premier mouvement c'est la douceur qui lutte contre l'ombre, toujours plus lourde, du pathos qui s'éveille, qui s'agite, se dévoile... le tout en mélodies. Il ne faudra d'ailleurs pas si longtemps avant que cette danse ralentie, cet étrange échange de politesse entre le rire et les larmes, ne se mue en la force souterraine des contrebasses, et ne se libère finalement en éclatant l'écorce comme la lave d'un volcan, dans un déluge d'orchestre au thème pessimiste, violent, nous terrassant sur place par sa puissance sonore, sa force motrice, aussi lourde qu'inexorable. Durant les trois quart d'heures que couvre sa partition, le finlandais va ainsi chercher les apocalypses romantiques lâchées dans la fureur orchestrale la plus décomplexée : tragédies naturelles, sabbat des éléments, danses des dieux, chant d'un pays sauvage ou la nature fascine, et domine. Mais ces scènes turbulentes aux prises avec les forces vivantes, Madetoja va aussi, et surtout, s'employer à les mettre à distance les unes des autres, par de longues plages brumeuses, mais lustrées de détails subtils, mêlant "pastoralisme" scandinave et mélancolie sombre, dans une ondulation émotionnelle constante. L'andante est une merveille. Initié par le chant solitaire et perdu d'un hautbois, il prend forme par la réponse du cor, comme un ami au loin, avant que les cordes nuageuses ne tissent un peu de matière. Dans le silence sitôt revenu, le hautbois, alors, s'interroge à nouveau... mais la réponse du cor se fait alors plus attristée... quelque chose a changé. Il règne dans ce deuxième mouvement un mélange de silence et de lueurs acoustiques, bois soliste, cordes de soie, le tout dans une lenteur qui confine à la méfiance, et où l'on sent couver, de fait, la possibilité d'un drame dont les prémices lointains se font parfois entendre, venant gonfler les cordes, agiter les hautbois et réveiller les cuivres. Un drame qui se révèle, à mesure que la forêt s'agite de mille présences. La mer, lentement, balance. Le mouvement s'accélère, la mélodie noircit. Alors, enfin, l'orchestre se libère, explosant dans une douleur profonde, empreinte de résignation, avant qu'elle-même ne succombe, comme à bout d'énergie, laissant à nouveau la place à la douceur des flûtes, comme si le compositeur n'avait pu se résoudre à tout abandonner. En fait, il prépare tout simplement son prochain fleuve, sa prochaine avalanche... telle l'entrée du troisième mouvement qui après la mort lente de son prédécesseur dans un souffle terminal qui parut infini explose ex-nihilo : des cordes et des basses cuivres qui vous collent au fauteuil avant le coup de grâce de cymbales crève-tympan. Constamment nourrie de mélodies inspirées, raffinée et versatile, cette symphonie révèle un compositeur à la technique vaste et précise; des couleurs chatoyantes, virtuosité dynamique, du plus ténu au plus massif, profondeur harmonique; l'ensemble est impeccable. Il n'en demeure pas moins que cette très belle partition reste tout naturellement dans l'ombre de celles auxquelles elle se réfère. Il manque à la sensibilité de Madetoja un sens de l'émotion nue, qui aurait donné à la partition une dimension supplémentaire, que la trop simplement tempétueuse symphonie n°2 n'atteint pas. Pour pleinement justifier une telle débauche d'effets, il manque à l'élève Leevi la toute profondeur du maître Jean. Reste une page de musique symphonique de haute qualité, contrastée, éprouvante et tumultueuse, constellée de perles mélodiques et de finesses sonores... entre deux réveils, violents et implacables, d'un Vésuve démoniaque.

note       Publiée le dimanche 3 janvier 2010

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